PRONOSTIC ET TRAITEMENT
il est beaucoup plus difficile de savoir si l'on a affaire à la muqueuse seule ou à toutes les tuniques du rectum, ou encore à une portion du côlon invaginée dans le rectum avec le cul-de-sac péritonéal. L'existence d'un petit sillon qu'on a donnée pour signe de la chute complète n'a pas de sens pour moi et n'en aura pas pour vous si vous réfléchissez cà ce qu'est ce petit sillon quand il existe. En effet, on dit généralement que dans réversion pure et simple de la muqueuse il n'y a pas de ligne de démarcation entre la tumeur et la peau du voisinage, tandis qu'il y en a une dans la chute complète des tuniques rectales, mais on ne réfléchit pas au rôle du sphincter ou plutôt des sphincters. Si effacé que soit ce rôle, car il faut avouer que ces agents de constriction se laissent assez facilement dilater par la pression qui leur vient du dedans au dehors (la défécation le prouve), le sphincter interne ne cède pas tout de suite et ne perd pas toute faculté de se contracter d'une façon intermittente, comme il fait quand il coupe le bol fécal, et alors la tumeur n'est pas complètement vomie à l'extérieur et l'on peut constater l'existence d'un petit sillon entre elle et le sphincter externe, sillon limité en haut par le sphincter interne. Mais ce sillon peut se rencontrer et se rencontre aussi bien et mieux dans le prolapsus muqueux, quand le poids de toutes les tuniques ne pèse pas sur le sphincter interne, que dans le prolapsus total des tuniques rectales. Il n'a donc pas de valeur diagnostique.
Le pronostic de l'affection, assez sérieux pour l'adulte et le vieillard, tant par rapport à la difficulté de la guérison qu'à cause des complications graves dont nous avons parlé, est d'une bénignité exceptionnelle pour l'enfant. La guérison est de règle et les complications sont extrêmement rares.
Considérons maintenant la série des moyens proposés
pour remédier à cette affection. Et d'abord, existe-t-il un traitement prophylactique ? Etant donné un enfant prédisposé, peut-on empêcher le prolapsus? Oui, en le constipant légèrement s'il a de la diarrhée, et au contraire, s'il est constipé, en lui donnant des laxatifs ; dans la première alternative, vous aurez recours à l'opium, à la poudre de glands, comme l'a proposé Allingham, et dans l'autre, à l'eau de Pullna. Pour mon compte, je donne des pilules d'extrait gommeux d'opium de i centigr. et j'obtiens toujours ainsi des selles moulées, puis je combats la constipation possible à l'aide de fruits acides pris le matin à jeun. Je donne ainsi deux ou trois oranges, le matin, et deux ou trois pilules d'extrait d'opium de 1 centigr. le soir.
Je préfère de beaucoup, pour ma part, l'emploi de ce moyen aux précautions, d'un effet assez douteux, qu'on conseille généralement, comme de faire coucher l'enfant sur le dos ou sur le côté pour aller à la selle, ou encore de l'y faire aller debout ou à genoux. On conseille encore de procéder à cette fonction le soir, pour que le prolapsus reste ensuite réduit toute la nuit ou de comprimer avec les doigts la peau des bords de l'anus pendant la défécation (mission délicate s'il en fut). Supposons que, malgré tous ces moyens et d'autres encore, le rectum soit sorti ; il faut le réduire, mais comment le réduira-t-on? On a proposé toutes sortes de moyens. Dans le peuple, les mères placent leur enfant entre leurs jambes, la tête en bas, les fesses élevées, et manient la tumeur jusqu'à ce qu'elle rentre. Ce moyen de faire rentrer le boyau, pour être populaire, n'en est pas plus mauvais. Il a pourtant un inconvénient, qui lui est, du reste, commun avec d'autres procédés de réduction beaucoup plus scientifiques, c'est que, excellent pour faire remettre le rectum à sa place, il est impuissant à l'y retenir. Si les mères avaient la constance, comme le conseille Jamieson, de maintenir un doigt dans