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FISSURES TOLÉRANTES ET INTOLÉRANTES

facilité déplorable et qu'elle se convertit souvent en une fissure intolérante. Cela revient à dire que la fissure tolérante n'aurail pas d'existence propre et serait seulement le premier degré de la fissure intolérante ou fissure confirmée. La fissure intolérante que l'on pourrait appeler fissure de Boycr.rn mémoire de la belle description que ce chirurgien en a laissé, se caractérise : 1° par une perte de sang peu eonsidérable à chaque garde-robe; 2° par un sentiment de brûlure ou de déchirure extrêmement violente après la défécation et se prolongeant souvent de une à six heures après. Cette douleur est continue avec exacerbation. Toute situation devient intolérable. Le malade ne peut s'asseoir, encore moins se tenir debout. Il se couche et se roule dans tous les sens. Sa figure exprime l'angoisse et les expressions les plus fantastiques ; les comparaisons les plus imprévues, lui viennent sur les lèvres traand il veut exprimer ses souffrances. Les uns disent qu'on leur enfonce un fer rouge; les autres qu'on les tenaille. L'accès une fois passé, il ne reste au malade qu'une crainte poussée jusqu'à la terreur, celle du retour de la douleur au moment de la prochaine défécation. Aussi fera-t-il tout son possible pour s'y soustraire, soit qu'il se laisse constiper pour reculer le moment fatal, soit qu'il charge son gros intestin de lavements trop souvent inutiles à son soulagement. J'ai connu un malade qui se levait à 3 heures du matin et qui, à 7 heures du matin avait déjà pris 32 lavements dans ce but.

L'exploration, qu'il n'est possible de faire qu'après une accalmie, révèle les signes suivants : ulcération, gerçure assez profonde placée au lieu d'élection, c'est-à-dire à la partie postérieure de l'anus, saignant au moindre contact et s'étendant de 1 à 3 centimètres en intéressant la peau et la muqueuse de la région.

Comment expliquer les douleurs intolérables caractéris-

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tiques pathognomoniques de la fissure anale ? Contrairement à l'opinion émise par M. Gosselin, je crois avec Boyer que, dans les cas de fissure, la constriction du sphincter est sensiblement augmentée et que l'effort pour vaincre cette résistance est beaucoup plus considérable qu'à l'état normal. L'ulcération, produite par une cause quelconque, et entretenue par le contact fréquent des matières fécales, finirait donc par intéresser le sphincter, dont elle amènerait petit à petit la contracture ; mais il faut pour cela que la fissure elle-même ait atteint une assez grande profondeur, ce qui n'arrive pas dans la fissure au premier degré.

Il est possible, à la rigueur, que la fissure intolérante devienne spontanément tolérante. Mais, devant les souffrances aiguës du malade, l'expectation est inhumaine et presque coupable, d'autant plus que l'intervention n'est retardée par aucune difficulté sérieuse, par rapport au diagnostic. Le diagnostic sera toujours facile à établir, même de visu, si le toucher rectal n'est pas toléré, car il n'y a que deux affections qui puissent faire un peu d'illusion, sans donner le change, le chancre fissurai qui ressemble extérieurement à la fissure de l'anus, mais qui n'est pas douloureux, et la névralgie anale qui n'a pas les caractères extérieurs de la fistule de l'anus et qui, très douloureuse, l'est par crises qui n'ont aucun rapport avec les selles, tandis que les douleurs que la fissure anale fait naître commencent toujours après une garde-robe.

Traitement. — Il n'y a pas d'inconvénient à employer, pour les fissures tolérantes, le ratanhia, soit sous forme d'extrait, sur un petit plumasseau de charpie, soit sous forme de lavements à la dose de 4 grammes pour 150.

Quant aux fissures intolérantes, quand on a expérimenté (toujours en vain) les laxatifs, les purgatifs, etc., il faut en arriver aux grands moyens, à l'incision ou à la dilatation.

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