HYDROCÈLE CONGÉNITALE, VAGINALE, ENKYSTÉE DU CORDON
inflammation plus ou moins intense, propagée du testicule et de l'épididyme à la tunique vaginale. Le caractère inflammatoire de l'épanchement séreux de f hydrocèle se révèle, en effet, par l'existence de petits flocons dans ce liquide, ou même par sa coagulation spontanée au contact de l'air.
L'épanchement, de nature inflammatoire, beaucoup plus fréquent que l'hypersécrétion pure et simple de la séreuse ou hydropisie de la cavité vaginale, à peu près inconnue en dehors de l'hydrocèle congénitale, est surtout observé dans l'enfance; on le trouve dans la vaginalite, consécutive à l'orchite, due à la masturbation. Que de fois n'avons-nous pas observé à l'hôpital des Enfants, à notre consultation, de jeunes garçons qui, porteurs d'orchites bien caractérisées, sans aucun écoulement uréthral d'ailleurs, nous affirmaient que cette phlegmasie provenait, soit d'un coup de pied, soit du frottement d'une corde ou d'une rampe, alors qu'un interrogatoire, discrètement et prudemment mené, nous faisait bientôt arriver à cette conclusion, que des manœuvres solitaires répétées avaient déterminé l'orchite et la vaginalite consécutive à cette phlegmasie.
En général, le liquide que contient l'hydrocèle de l'enfant est albumineux et d'un jaune citrin. Rarement on a l'occasion d'observer dans l'enfance ces colorations brunes ambrées, qui ne se trouvent guère que dans les hydrocèles anciennes.
On n'y voit pas non plus, et à plus forte raison, ces altérations de la tunique vaginale dont les parois ne s'épaississent, ne deviennent cartilagineuses et presque ossifiées qu'après une longue durée de l'état chronique. Quant à la suppuration de l'hydrocèle, je ne l'ai jamais observée qu'une fois; ce n'était point chez un enfant, et l'hydrocèle se trouvait être survenue, comme complication, après une
intervention chirurgicale. Je reviendrai sur ce fait qui a son intérêt, même pour notre but spécial, à propos du traitement.
Rarement douloureuse, si ce n'est dans les cas de vaginaîite, l'hydrocèle ne se révèle le plus souvent que par son volume et par la gêne qu'elle apporte au libre exercice de la marche. Au point de vue clinique, le seul qui nous intéresse, et sans tenir compte des diverses classifications qui ont été établies, nous considérerons seulement, par rapport aux signes qui les révèlent et aux symptômes qu'elles produisent, l'hydrocèle vaginale et l'hydrocèle enkystée du cordon.
Dans le premier cas nous observons une tumeur sphéroïde, parfois pyriforme, régulière, enveloppant le testicule de toutes parts, sans qu'il soit possible, par le palper, de trouver le point où cet organe se dissimule ; tout au plus arrivet-on à déterminer sa présence par la provocation de la douleur testiculaire à la pression et par l'existence d'un point, peut-être un peu opaque, au milieu de la masse absolument translucide que présente la tumeur examinée à la lumière.
Dans la forme enkystée, au contraire, on sent nettement, à l'extrémité inférieure de la tumeur scrotale, le testicule qui s'y trouve pour ainsi dire accolé et comme surajouté. Cette distinction est, disons-le, dès à présent, très nécessaire à établir, surtout au moment d'intervenir chirurgicalement.
De la présence ou de l'absence du testicule, au bas de la tumeur scrotale, découle en effet l'indication de ponctionner, comme on le fait d'habitude, au sommet de la tumeur, ou au contraire sur les parties latérales.
Ceci nous amène à la constatation du signe vraiment pathognomonique de l'hydrocèle : je veux parler de la transparence, ou pour être plus correct, de la translucidité. Loin d'affirmer en effet comme certains chirurgiens et entre autres Percival Pott, que la transparence doit être considérée
TRANSLUCIDITÉ. SIGNE DB i/hYDROCÊLE. "63
comme le signe le plus trompeur et le plus incertain, nous sommes au contraire absolument convaincu que ce signe existe dans l'immense majorité des cas, et qu'il est facile à percevoir a l'aide de certaines précautions sur lesquelles nous allons insister.
La première condition est d'éviter le grand jour. La conde de bien tendre la peau des bourses. La troisième, de placer la lumière assez près des bourses, pour que l'œil de l'observateur, suffisamment isolé #de la lumière ambiante, soit à l'aide de sa main disposée en cornet, soit à l'aide du stéthoscope ou du bonnet d'astrologue de Chassaignac, puisse percevoir nettement l'éclairage de la cavité kystique. Les cas d'erreurs de diagnostic viennent, en effet, d'un manquement à ces divers préceptes : ou les rideaux mal fermés laissent pénétrer trop de lumière diffuse, ou, et c'est le cas le plus fréquent, la peau du scrotum mal tendue conserve, par suite, une épaisseur beaucoup trop grande pour que les rayons lumineux puissent la traverser, ou bien enfin l'aide chargé de tenir la lumière, craignant de brûler le malade, la porte à une trop grande distance, alors qu'il est indispensable de la porter presque au contact.
Là translucidité est donc un signe pathognomonique de l'hydrocèle. Il a pu arriver, dans certains cas exceptionnels, qu'on ait trouvé certaines hydrocèles dépourvues de transparence, mais une exception aussi rare n'ôte rien à l'autorité du signe en lui-même; le fait observé par Roux, que certains sarcocèles sont translucides, serait beaucoup plus grave, s'il était admis; mais, sans rien ôter a la grande autorité du célèbre chirurgien de l'Hô tel-Dieu, ne peut-on pas supposer qu'il a été induit en erreur par cette mince couche de liquide qui borde pour ainsi dire quelquefois le sarcocèle et qui peut faire illusion, dans un examen un peu superficiel?
Les cas d'hydrocèle sans translucidité sont absolument exceptionnels. Dans le cas cité par Vidal, le liquide était absolument laiteux; dans les autres cas, le liquide avait la couleur et la consistance du chocolat; mais, comme le fait observer Velpeau, ce sont là des cas d'hydro-hématocèle et non pas d'hydrocèle pure. Quant aux cas dans lesquels l'épaisseur des parois peut déterminer l'opacité, ils appartiennent aux hydrocèles chroniques anciennes, qui, comme nous l'avons déjà dit, n'appartiennent pas à l'enfance, et partant nous intéressent peu.
La fluctuation franche de l'hydrocèle, si différente de la sensation élastique que Ton trouve dans le cancer encéphaloïde, nous éclairerait également, si la tension extrême de la poche, due à l'abondance du liquide, ne rendait pas quelquefois ce signe difficile à percevoir. Il est alors nécessaire d'employer, pour le retrouver, la manœuvre suivante : la tumeur est pour ainsi dire cernée, à l'aide de deux doigts de la main gauche et de deux doigts de la main droite, puis on enfonce brusquement la pulpe de l'index droit, au sein de la masse distendue. Une sensation de flot refoulé, d'abord en arrière, puis revenant battre le doigt, sensation absolument identique au ballottement perçu comme signe de la grossesse ou à la fluctuation des abcès rétro-pharyngiens, ne pourra laisser de doute, si elle est nettement perçue.
Les deux signes précédents, à savoir la fluctuation et la translucidité, ont une bien plus grande valeur que la pesanteur spécifique légère de la tumeur clans l'hydrocèle. Nélaton a insisté, avec raison, sur les difficultés extrêmes que présente l'évaluation de cette pesanteur spécifique, étant donnée l'adhérence intérieure delà tumeur avec des tissus de densité différente; aussi Nélaton pense que la valeur de ce signe est absolument contestable, pour ce qui touche au diagnostic entre l'hydrocèle et des tumeurs réputées beau-