CINQUIEME LEÇON
Carie, maladie fréquente, trop communément abandonnée à elle-même. Récents
succès de l'évidement.
La carie est l'ulcération du tissu osseux, dont la nécrose est la mortification.
Est-elle une forme, une terminaison de l'ostéite ou une maladie spéciale ?
Opinions de Yirchow, Otto Weber, Billroth, Volkmann, d'une part;
de Bonnet, BérarJ, Denouvilliers, Ollier, Ranvier, de l'autre. Causes de la carie. Son siège, ses symptômes, sa marche, sa terminaison, ses
variétés.
Traitement général, local. Injections modificatrices, cautérisation actuelle ou
potentielle. Abrasion ou évidement. Manuel opératoire. Amputation.
Messieurs,
Nous allons nous occuper aujourd'hui de l'étude de la carie et de son traitement.
Vous avez pu voir, en parcourant nos salles et celles des chroniques, combien cette affection est commune et combien il est encore peu d'usage de la traiter. Autrefois, lorsqu'un carieux se présentait à nous, on se bornait à lui prescrire de l'huile de foie de morue, du phosphate de chaux, des bains de Barèges, puis, au bout d'un certain temps de ce traitement, on l'envoyait en convalescence, soit à la Roche- Guyon, soit à Berck-sur-Mer, sans s'en occuper beaucoup par la suite et pourtant ces malades ne succombaient pas.
Gomme les autres chirurgiens, je me bornais à faire peu de chose contre la carie, lorsque l'an dernier, au mois de juillet, je fus appelé en consultation à la Maison municipale de santé, près d'un jeune malade venu de province et que soignait M. Marc Sée. Ce malade présentait les signes
manifestes d'une carie très étendue du grand trochanter gauche, et souffrait tellement au moindre mouvement, que la pensée seule d'un examen et la présence du chirurgien ou de ses aides auprès de son lit lui inspiraient les plus vives appréhensions.
La suppuration était très abondante et les trajets fistuleux très nombreux. Nous décidons de l'endormir pour explorer sa carie et pour voir jusqu'à quelle distance elle s'étend.
Dans presque aucun point on n'arrivait jusqu'à l'os ; on tombait sur un tissu fongueux, élastique, mais nulle part on n'avait la sensation caractéristique de sucre mouillé que donne la carie. Après une série de péripéties qu'il serait trop long de vous énumérer, ce malade, auquel une opération curative et radicale avait été offerte en vain, me consulta de nouveau avec M. le professeur Verneuil, et ce dernier, en présence de l'état d'émaciation du sujet, de son aspect cachectique et de sa fin probable à bref délai, me conseilla de faire une opération qui, selon lui, eût été, dans l'espèce, pratiquée depuis longtemps à Londres ou à Vienne, je veux parler de l'évidement de l'os.
Aidé des conseils et de la longue expérience de M. Verneuil, je fis cette opération sur notre malade, que nous avions préalablement placé à Neuilly, dans les meilleures conditions hygiéniques possibles. Après l'avoir endormi, nous eûmes à fouiller, à piocher, pour ainsi dire, pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure dans le grand trochanter, que nous enlevâmes presque complètement, au milieu d'une plaie mesurant 22 centimètres de long sur 14 de large, que nous fûmes obligé de créer, pour le découvrir. La cavité osseuse fut bourrée de gaze phéniquée et un pansement de Lister fut appliqué.
Malgré l'étendue et l'importance du délabrement laissé par l'opération, ce malade, voué d'abord à une mort cer-