‹ Chirurgie des enfantsChapitre 23 sur 222 · RÉCENTS SUCCÈS DE L'ÉVIDEMENT · texte numérisé non relu

RÉCENTS SUCCÈS DE L'ÉVIDEMENT

taine et dont nous n'osions trop, M. Verneuil ni moi, espérer la guérison, marche, avec une canne, depuis le commencement de novembre et, après une cure, dans une station d'eaux que nous proposons de lui faire faire, sera probablement tout à fait guéri.

Cet exemple m'a montré combien on avait tort, combien j'avais eu tort moi-même, de traiter mollement la carie. Depuis, j'ai eu l'occasion de faire un assez grand nombre d'évidements. L'an dernier, j'en ai pratiqué sept ou huit, soit à la salle Sainte-Pauline, soit à la salle Saint-Gôme. Tous nos malades ont guéri, ou à peu près, les uns complètement, les autres en conservant quelques fistulettes. Nous n'avons perdu qu'une malade, mais elle était d'un tempérament excessivement lymphatique ; des eschares se développèrent au sacrum, le décubitus devint insupportable dans la gouttière : c'est là le seul fait de notre expérience qui témoigne contre l'évidement.

Parmi les observations des malades opérés heureusement par moi dans mon service, je ne vous en citerai que deux très intéressantes, la première au point de vue du mode de réparation qui a suivi l'évidement. Cette réparation a, en quelque sorte, dépassé le but : il y a eu hyperostose et formation exubérante d'un os nouveau, qui a dû être traité comme un séquestre, c'est-à-dire enlevé par une opération consécutive. L'autre opération montre aussi la combinaison d'un processus ossifiant avec les lésions de la carie.

Le jeune Goyos, Eugène, âgé de 10 ans, est entré dans mon service le 20 juin 1881. Il présentait, à son entrée, tous les caractères d'une carie superficielle, à la partie inférieure du tibia gauche. Le 23 juin, je pratiquai l'ouverture cunéiforme du foyer ramolli et le grattage de l'os avec la cuiller de Volkmann. Dans la suite, il s'établit de la suppuration et il y eut formation évidente d'un séquestre que

j'enlevai le 27 octobre avec la gouge et le maillet. Ce fragment osseux avait la forme et le volume d'une grosse noix. L'état général s'améliora constamment; une suppuration franche et non accompagnée de fièvre s'établit ; il y eut un bourgeonnement très actif et une guérison complète le 25 décembre.

Dugourgeot, Victor, âgé de 8 ans, est entré dans notre salle Saint-Gôme, le 19 juillet 1881. Il était atteint d'ostéite chronique, à la partie inférieure du tibia gauche, depuis environ deux mois avant son entrée. Le 20 juillet, il y eut ouverture d'un abcès qui resta fistuleux et hyperostose consécutive. Le 8 novembre, je procédai à l'évidement et pénétrai, à travers des couches compactes superficielles, jusqu'à un centre ramolli, dans lequel l'instrument, évoluant subitement avec une aisance et une rapidité imprévues, produisit une fêlure articulaire qui, d'ailleurs, n'a été suivie d'aucune arthrite. Il y eut, pendant les jours suivants, une fièvre légère et un état gastrique assez accentué, qui disparurent bientôt, pour faire place aune guérison totale, vers la fin de décembre.

Avant d'étudier le traitement de la carie, dont cette opération est, je ne vous le cacherai pas, la pièce la plus importante, il est nécessaire de présenter, au moins dans ses traits généraux, l'histoire peu attrayante de cette affection, car, sans cette étude, les indications du traitement ne seraient pas suffisamment comprises.

Qu'est-ce donc que la carie? Depuis qu'au milieu du siècle dernier Louis a créé le mot nécrose pour désigner la mortification du tissu osseux, la carie a été, en général, considérée comme l'ulcération de ce même tissu. Confondue avec la nécrose par quelques chirurgiens, ou considérée par eux comme une nécrose du tissu spongieux, elle présente à

Page 1