‹ Chirurgie des enfantsChapitre 26 sur 222 · CARIE. ANAT0MIE PATHOLOGIQUE. ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

CARIE. ANAT0MIE PATHOLOGIQUE. ÉTIOLOGIE

que la désagrégation des parties osseuses en reste le phénomène le plus saillant. H y a, à nos yeux, la même différence entre la carie et la nécrose, qu'entre une plaie et un ulcère. Vous le savez, messieurs, la plaie tend à guérir, tandis que l'ulcère s'agrandit de plus en plus.

Bien qu'il soit presque impossible, en raison du mélange des divers processus de la carie, très irréguliers dans leur succession, d'établir des phases bien distinctes clans l'évolution anatomo-pathologique de cette affection, on peut cependant, en se basant sur l'aspect même de l'os carié, établir trois périodes distinctes :

Dans la première, il y a une vascularisation exagérée de l'os et une infiltration purulente ou granulo-graisseuse de ses corpuscules.

Dans la seconde, il y a suppuration et désagrégation de l'os carié. La troisième est caractérisée par la réparation de l'os, qui peut être spontanée, comme on l'observe très souvent, ou résulter d'un traitement heureusement appliqué.

Laissez-moi vous dire un mot [des causes de cette affection. La principale cause est tout ce qui peut altérer la nutrition, surtout pendant la période de croissance du squelette. C'est ainsi que la scrofulose et la tuberculose ont été successivement considérées comme des causes initiales, et il faut bien, en effet, que le terrain soit préparé par une déchéance physiologique de cette importance, pour que des causes occasionnelles, aussi légères qu'une contusion, un refroidissement, puissent amener les désordres graves qui se produisent dans la carie. Pour qu'un sujet qui a reçu à la jambe un léger coup puisse contracter une carie de la moitié du tibia, il faut bien admettre une prédisposition scrofuleusc ou tuberculeuse, sans cependant songer k confondre ensemble la carie et le tubercule des os, le-

quel est facilement reconnaissableàses granulations caractéristiques.

La syphilis, dans sa période tertiaire, a été aussi invoquée comme cause initiale de la carie ; mais elle ne peut guère être incriminée qu'au moment de l'évolution de certaines gommes de l'os, distinctes d'ailleurs de la carie vraie, avec laquelle elles ne peuvent être confondues que par une erreur de diagnostic. Les douleurs qui précèdent généralement l'invasion de la carie ayant un caractère rhumatoïde. on a voulu rattacher cette affection au rhumatisme ; mais cette étiologie me paraît très peu fondée.

Examinons maintenant quel est le siège de la carie. Bien qu'elle puisse directement atteindre la diaphyse des os et affecter alors une forme superficielle, on peut dire en général qu'elle ne s'étend à la diaphyse que par propagation, car son siège d'élection est dans le tissu spongieux des os longs ou courts, c'est-à-dire dans l'épiphyse des os longs, le plus souvent à la suite d'une inflammation des parties molles, par lesquelles l'articulation est entourée. Notre petit malade de la salle Saint-Côme, atteint d'une carie du calcanéum, peut être considéré comme un type parfait du carieux.

Un serofuleux, atteint déjà d'abcès froids ou d'adénites suspectes, se plaint tout à coup de douleurs spontanées dans une extrémité osseuse. 11 se produit bientôt, à ce niveau, une tuméfaction indolente et dure, puis fluctuante. C'est cette fluctuation élastique peu franche, bien différente de celle des abcès ordinaires, que Denonvilliers refusai I d'appeler fluctuation et qui a pourtant conservé ce nom. Bientôt les douleurs cessent et le plus souvent on n'ouvre pas ces abcès, croyant avoir affaire à un abcès par congestion. Ils s'ouvrent alors spontanément, et il en sort un pus grumeleux, dans lequel on perçoit des corpuscules tangi-

Page 1