CARIE. SYMPTÔMES
bles. Si l'on presse, en effet, entre les doigts quelques gouttes de ce liquide, on sent qu'il renferme de petits corps irrégulièrs qui donnent à la pulpe du doigt la sensation de petites aiguilles.
Lorsque le stylet est introduit dans la plaie, on se tromperait si l'on croyait rencontrer partout une surface raboteuse semblable à celle de la nécrose. Cette sensation n'est pas perçue à cause des fongosités qui séparent l'instrument du tissu osseux et donnent toujours lieu à un petit écoulement de sang. Le pus coule pendant plusieurs jours, puis il devient séreux et moins abondant et ne réapparaît qu'après une nouvelle exploration. Des bourgeons pâles, violacés, variés en grosseur, obturent l'orifice. On peut observer pendant ce temps quelques accès de fièvre. Les doulenrs cessent et la carie n'en continue pas moins son œuvre. Le stylet s'enfonce alors dans les trabécules osseuses comme dans du sucre mouillé. Bientôt un nouvel abcès indique l'envahissement d'une nouvelle région osseuse; de nouvelles fistules se produisent, sans que la première ouverte se ferme pour cela.
Le membre prend une forme particulière. Tuméfié au niveau du mal, il est amaigri au-dessus et au-dessous par le fait de l'atrophie; sa forme est celle d'une double gourde. Le malade maigrit, tousse, a la diarrhée, mais les conséquences de cet état sont infiniment moins graves pour l'enfant que pour l'adulte.
Celui-ci, en effet, est pris bientôt de fièvre hectique et ne tarde pas à mourir, tandis que les enfants peuvent se maintenir dans cet état pendant un temps indéfini. Ceci est très important au point de vue de l'indication d'une intervention chirurgicale, qui souvent est inutile. Chez les enfants, en effet, on a observé plusieurs fois la résorption du pus suivie de guérison. On sait, depuis les travaux de Bouvier, que les
abcès par oongestion peuvent se guérir sans s'ouvrir (1), et je n'ai commencé à le croire, malgré mon grand respect pour ce maître, que quand j'ai eu observé moi-même la disparition d'abcès de ce genre, au bout de cinq ou six mois, chez deux jeunes filles de la ville. Or, il n'est pas impossible que ce qui se produit pour les abcès froids arrive aussi pour la tumeur carieuse, à la faveur de la tolérance remarquable de l'enfant pour l'état général qui résulte chez lui de cette affection.
Ollier a été plus loin : il a remarqué que non seulement la résorption du pus était possible sans ouverture de la poche, mais que des parties osseuses pouvaient ainsi disparaître. Il a même observé une résorption presque complète de la tête du fémur, sans qu'il y eût abcès. On voit donc, au moins par analogie, tout ce qu'on peut espérer de l'action favorable du temps sur l'état d'un jeune carieux, et cette considération nous conduit tout naturellement à parler du traitement de la carie.
Avant d'aborder le traitement, laissez-moi vous dire deux mots sur la carie sèche, récemment étudiée et qu'il ne faut pas confondre avec la carie sèche des anciens. Cette dernière n'était pour eux qu'une nécrose où l'on voyait au fond de la plaie un os blanc et desséché, c'est-à-dire un séquestre. Virchow décrit sous le nom de carie sèche une ostéo-périostite syphilitique, observée le plus souvent, par Volkmann, à la partie supérieure de l'humérus. Je ne mentionne cette affection, qui est une ostéite raréfiante atrophique, que pour en déblayer notre terrain .
Je fais bien plus de cas, dans la pratique, d'une classification proposée par Billroth,. qui divise la carie en végé-
(1) V. Bouvier. Leçons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur, p. 56.