CARIE. SON TRAITEMENT
tante ou fongueuse, et torpidè ou atonique, la seconde étant d'un pronostic beaucoup plus grave que la première. Nous devons faire une réserve pour le cas où les bourgeons, au lieu d'être roses et vermeils, sont pâles et violacés; j'ai remarqué d'ailleurs, clans toutes les opérations que j'ai faites, que les fongosités, quelle que fut leur nature, étaient, surtout auprès des articulations, un des obstacles les plus sérieux à la guérison. Quoi qu'il en soit, la division de Billroth mérite d'être conservée ; elle correspond à peu près à celle qui admet une carie rouge et une carie jaune, caractérisée surtout par la prédominance d'un tissu jaune, gras, friable, à peine vascularisé.
L'indication générale du traitement découlera de ce que nous avons dit relativement à la tendance désorganisatrice de la maladie. 11 faudra remplacer le processus nécrobiotique par des processus actifs, capables de reproduire activement du tissu osseux.
Il est d'observation, et c'est Ollier qui a fait cette remarque, que la moelle des os reste rouge tant que l'os s'accroît; quand la période de croissance s'est accomplie, elle change de coloration et de texture par le développement de ses éléments graisseux; mais si on irrite la moelle, à cette période, soit par le grattage, soit par des titillations, on arrive à lui rendre ses propriétés ossifiantes. On en fait une moelle rouge apte à produire de l'os. Nous savons bien que c'est une tout antre chose d'irriter une moelle qui n'a que son âge contre elle, et une moelle qui a déjà subi la dégénérescence granulo-graisseuse. Aussi, bien que l'irritation n'agisse pas dans les deux cas de la même manière, nous constatons avec plaisir que, moyennant l'accomplissement de certaines conditions, nous obtenons des résultats analogues, qui tendent à la restauration du pouvoir ossifiant de la moelle.
Le principe de cette thérapeutique est la méthode substitutive qui rend tant de services dans les diverses branches de l'art de guérir. Maintenant, comment agit cette méthode? Est-ce en réveillant les propriétés végétatives des tissus envahis par l'altération granulo-graisseuse? Est-ce en hâtant leur mortification, leur élimination, et en réveillant la vitalité des éléments voisins ? Il est difficile de se prononcer. Ollier n'hésite pas cependant à croire que la substance osseuse n'est pour rien dans le processus réparateur et que c'est la moelle qui fait tout. L'indication est donc formelle ; il faut détruire fos carié et laisser la moelle travailler.
Un mot maintenant sur l'exploration des trajets fistuleux à l'aide du stylet. Je vous l'ai dit déjà, rien n'est plus déplorable que les sondages qui déterminent un écoulement de sang, d'une abondance de plus en plus grande, et amènent la fièvre. On retrouve ces phénomènes toutes les fois qu'on se sert du stylet. Il agit probablement en broyant le tissu carié et en produisant des matières septiques résorbables qui amènent, surtout à l'hôpital, de l'érysipèle, de la fièvre hectique. Le stylet, dit explorateur, considéré comme un instrument anodin, a tué plus de malades que le bistouri. Aussi serons-nous très sobres de sondages inutiles et laisseronsnous la carie évoluer, nous réservant d'explorer au moment où nous serons prêts à intervenir radicalement.
Devra-t-on, dans cette affection, négliger le traitement général ? Non, messieurs ; c'est ainsi que nous prescrirons le vin à haute dose, dont les heureux effets ne sont pas encore appréciés comme ils le méritent ; le phosphate de chaux. Eclairés par les heureux résultats qu'on a obtenus à Berck, en France, à Margate, en Angleterre, et dans les nombreux asiles maritimes de l'Italie, nous ne négligerons pas non plus l'influence de l'air salé et du bain de mer chaud, sans tomber dans l'engouement de quelques-uns de nos contempo-