TABLEAU DE L? AFFECTION
des mêmes symptômes locaux et généraux, la même nécessité d'opérer promptement, car le salut du malade dépend toujours d'une intervention rapide.
Quelle est done cette affection? A coup sûr, nous n'avons pas affaire à un phlegmon diffus ; outre l'extrême rareté de ce dernier dans l'enfance (pour ma part, je n'ai eu l'occasion de l'observer que deux fois, en dix ans de pratique dans cet hôpital), on n'en trouve pas les signes, tous superficiels, à savoir la rougeur violacée, marbrée des téguments ; le gonflement énorme du tissu cellulaire sous-cutané et surtout l'œdème à la périphérie de la tuméfaction principale accompagné des phlyctènes caractéristiques. Il faudrait admettre, pour que la confusion fût possible, un envahissement de toute l'épaisseur du membre, une sorte d'infiltration sphacélique désorganisatrice, entre les couches musculaires, et encore vous n'auriez pas, au milieu de ce désordre, la sensation bien nette d'une phlegmasie tout à fait orofonde, c'est-à-dire d'une phlegmasie osseuse, car c'est l'os dans ses éléments intimes, ou pour le moins le périoste, qui est atteint dans ce cas.
Que pouvons-nous, en effet, trouver en dehors de cette affection aiguë pour donner les mêmes symptômes ?
Eliminons la périostite chronique dont la marche lente n'a rien de commun avec ce qui nous occupe ; l'ostéopériostite strumeuse ou tuberculeuse, dont l'évolution dure des mois et quelquefois des années; rien de tout cela ne peut nous satisfaire. Nous sommes en présence d'une affection intéressant les différents éléments du squelette, et les envahissant violemment, brutalement, à la façon d'un incendie qui éclate et non à la manière d'une inondation lente et progressive.
On peut se demander, messieurs, et c'est ici, je crois, la place de cette question : que devenaient jadis les malades
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atteints de cette affection dont l'histoire n'est pas bien ancienne ?
Que leur faisait-on et comment les soignait-on ? Le plus souvent, il faut bien le dire, on ne les soignait pas. On ne faisait même pas le diagnostic. On mettait ces graves symptômes sur le compte de l'état général, d'une affection gastro-intestinale, au début de la croissance ; et quand une terminaison fatale venait promptement clore la scène, on accusait la mauvaise constitution du malade bien plus que la coupable inertie du praticien.
Quel est l'historique de cette affection dont les symptômes méconnus ont dû se présenter de tout temps et dont la nature même n'a été élucidée que depuis peu ?
Chose singulière ! quand on examine ce que nos prédécesseurs nous ont laissé relativement à cette affection, on trouve dans leurs travaux tous les éléments épars de l'histoire de la maladie. Si cette histoire n'a pas été faite plus tôt, c'est moins par faute de renseignements que par l'esprit peu éclectique de nos devanciers, qui préféraient en général à l'étude complète et critique d'un sujet, une campagne vigoureuse et exclusive avec un côté seulement de la question pour objectif.
La littérature médicale est, je le répète, riche en documents par rapport à l'affection qui nous occupe. En effet, tous les points relatifs aux maladies des os, du périoste et de la moelle ont été abordés par Gerdy dans ses mémoires insérés dans les Archives (1), et Ghassaignac a placé de bonne heure la question sur son véritable terrain en décrivant deux degrés bien distincts dans la marche des abcès aigus sous-périostiques , l'un sérieux, justiciable de l'incision,
(1) V. Gerdy. De la périostite et de la médullite [Arch. gèn. de mèd.. août 1853 . Mémoire sur l'état matériel ou anatomique des os malades (Archi gèn. de mèd., février 1836).