HISTORIQUE
relatif à l'abcès sous-périostique pur et simple ; l'autre extrêmement grave et toujours mortel, si l'on n'a pas recours à l'amputation, relatif à l'ostéomyélite (1).
L'école de Strasbourg, représentée surtout par Bœckel, voulait que l'inflammation débutât toujours par le périoste et que l'os, gagné à son tour par l'inflammation, s'altérât couche par couche de dehors en dedans (2). La maladie, ainsi constituée nosologiquement, sous le nom de périostite phlegmoneuse, fut acceptée et défendue vigoureusement par Giraldès, peu conséquent d'ailleurs avec cette doctrine, puisqu'il proposa la résection comme moyen de traitement d'une affection débutant par le périoste et limitée au périoste dans un grand nombre de cas.
M. Gosselin, un peu plus tard, sous le titre d'Ostéite épiphysaire (3), nommée ostéite juxta-épiphysaire par l'école de Lyon, a considéré l'épiphyse comme le point de départ constant de l'ostéomyélite, laquelle affecte les os plats et les os courts dépourvus d'épiphyse, tout aussi bien que les os longs.
D'après les recherches histologiques (car c'est à l'histologie que paraît revenir l'honneur d'avoir élucidé la question), d'après les travaux de Ranvier, de Robin, etc., dont les idées ont été fort bien exprimées dans la thèse de M. Culot, le point de départ de l'affection serait toujours la moelle; mais, bien que ce point de départ reste le même, la prépondérance des altérations de l'os et du périoste devient sou-
(1) Chassaignac. Des abcès aigus sous-périostiques (Mém. Soc. chir., IV, p. 286). Mémoire sur F ostéomyélite {Gaz. méd., 1854, n° 33). Discussion sur l'ostéomyélite à la Société de chirurgie [Bulletin, t, VI, p. 284 et 509).
(2) V. Bœckel. De la périostite phlegmoneuse (Gaz. méd. de Strasbourg , 1858). — Hédoin. De la pérsiotite (Th. de Strasbourg, 1858).
(3) V. Gosselin. Mémoires sur les ostéites épiphysaires des adolescents. (Archives, 1858), t. XI, p. 513.) — Gamet. Ostéopèriostite épiphysaire. (Thèse de Paris, déc. 1862.)
104 PÉRIOSTITE PHLEGMOSEUSE ET OSTÉOMYÉLITE.
vent incontestable et constitue des cas dans lesquels l'importance des symptômes ostéopériostiques masque les symptômes médullaires initiaux. Or, même dans les cas où l'inflammation médullaire cède, il n'en est pas moins vrai que l'inflammation ostéopériostique, quelle qu'en soit l'issue (une nécrose superficielle ou la formation d'un abcès), est une conséquence de la médullite initiale.
Ces faits, qui seront démontrés par l'anatomie pathologique aussi bien que par l'observation, nous permettent d'admettre, avec Lannelongue, une ligne de conduite beaucoup moins radicale que celle de Chassaignac. On se rappelle que, pour ce chirurgien, il y avait ou un abcès sous-périostique à ouvrir, ou un membre à amputer.
Nous dirons nous : il y a un abcès sous-périostique à ouvrir ou un os à trépaner, et, bien que la première indication soit, suivant ce que nous avons observé, beaucoup plus fréquente que la seconde, la seconde, appliquée en son temps, nous donnera souvent des résultats immédiats, indiscutables, susceptibles de convertir les plus sceptiques.
Puisque l'histologie ou mieux l'anatomie pathologique nous ont fourni la clef de l'énigme, il est intéressant de résumer ici les travaux qui ont été accomplis en ce sens.
Les os longs, et en particulier ceux du membre inférieur, paraissent être le siège de prédilection de l'ostéomyélite, surtout à leurs extrémités et dans le voisinage du cartilage épiphysaire.
Bien que la rapidité de cette affection soit pour ainsi dire foudroyante, on a pu cependant lui assigner, au point de vue anatomo-pathologique, deux degrés. Dans le premier, la moelle est rouge, piquetée par places de taches et augmentée de consistance; le microscope y révèle une dilatation vasculaire considérable et une disparition des cellules graisseuses. Le tissu osseux est rouge, pointillé de taches