‹ Chirurgie des enfantsChapitre 42 sur 222 · EXAMEN CLINIQUE · texte numérisé non relu

EXAMEN CLINIQUE

nous occupe a semblé donner raison à toutes ces opinions, si diverses cependant. C'est ainsi qu'alors que Bonnet signale l'injection et la riche vascularisation de la synoviale, Ricliet s'étend sur l'aspect lisse, lavé, anémique, de cette môme membrane.

N'envisageons que pour mémoire les accidents extrêmes et consécutifs à l'hydarthrose, tels que la rupture de la synoviale, les luxations consécutives, l'hypertrophie des extrémités osseuses, et constatons seulement ce qui est le plus ordinaire, et ce que nous pouvons montrer sur notre malade, une laxité extrême des ligaments et, par suite, la possibilité de faire exécuter au genou quelques mouvements de latéralité.

De quantité très variable (depuis quelques grammes jusqu'à un demi-litre), le liquide offre lui-même les plus grandes variétés. Tantôt clair et citrin, tantôt visqueux et trouble, il contient quelquefois des cellules épithéliales claires ou graisseuses, ou bien des concrétions hordéiformes et des débris pseudo-membraneux.

Nous ne pouvons pas apprécier chez notre malade, en raison du peu de développement de son hydarthrose, les signes relatifs à la déformation du genou; mais, grâce au procédé que nous vous recommandons, nous constatons parfaitement la motilité de la rotule, d'autant plus que nous n'avons pas ici à nous défier de l'illusion signalée par Panas et relative à la fausse fluctuation que peuvent présenter des genoux trop gras.

Gomme l'a indiqué Bonnet, la jambe est, ainsi que vous le pouvezvoir, dans la demi-flexion, position la moins gênante, étant donné ce développement anormal de synovie.

L'hydarthrose que je vous présente a-t-elle une marche menaçante, et doit-on craindre la rupture de la capsule? non certes, j'espère au contraire une résorption du liquide,

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et ne conserve qu'une crainte, celle de la transformation possible en synovite fongueuse, surtout si Ton a égard à la constitution strumeuse de l'enfant.

Ai-je besoin, messieurs, de passer en revue devant vous les nombreux moyens dits curatifs de l'hydarthrose ; à savoir: les applications de sangsues qui n'ont jamais donné de résultats que dans l'arthrite ; l'émétique que Gimelle donnait à dose rasorienne, depuis vingt centigrammes jusqu'à un gramme. J'ai assisté à deux cas d'empoisonnement presque complet, dus à ce mode de traitement.

Parmi les grands moyens, notons l'incision de Desault, condamnée jusqu'à ces derniers temps, mais remise à la mode, grâce à la méthode antiseptique ; toutes les ponctions , sous-cutanées ou autres, avec ou sans aspiration, méthodes essentiellement dangereuses, et qui ont, à mon avis, fait couper plus de cuisses que les grands traumatismes.

Tous ces moyens inutiles ou dangereux ne sont pas comparables aux méthodes mixtes, dont je vous donnerai tout à l'heure un spécimen.

Revenons pour le moment à notre petite malade. Son traitement jusqu'ici s'est borné à peu de chose. Elle a été, dès le lendemain de son entrée, soumise aux applications continues de solution saturée de chlorhydrate d'ammoniaque. Vous savez la grande confiance que j'ai dans cette préparation, au point de vue résolutif ; et les succès nombreux que vous m'avez vu obtenir, soit dans l'hydrocèle, soit dans les hématomes du cuir chevelu, sont bien faits pour entretenir cette confiance.

Chez notre malade, la résorption est excessivement lente; je dirai plus (et ici je suis, je crois, l'écho des impressions que j'ai cru remarquer sur les élèves de mon service), il serait possible qu'elle fût nulle et que l'envie que nous avons

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de voir diminuer celte tumeur nous illusionnât sur la réalité de sa régression.

Que ferons-nous s'il nous est définitivement impossible d'ospcrer la régression de cette tumeur? C'est ce que nous allons exposer.

Messieurs, je dois vous avouer qu'ayant eu l'occasion de constater de graves accidents à la suite d'une intervention chirurgicale malencontreuse dans les hygromas, je suis disposé à les traiter avec une grande prudence, mais cette prudence n'exclut pas la fermeté. Chose curieuse, en effet, ce n'est pas une incision, ni une large ouverture du kyste qui ont amené les accidents dont j'ai été témoin, ce sontles essais timides d'intervention, par la ponction, l'introduction d'un drain.

Le premier de ces faits malheureux remonte à l'année 1857. J'étais interne de Chassaignac. Vers le milieu de l'année entra dans son service une jeune fille de 18 ans atteinte d'un liygroma du genou gauche. Vous savez quel amour paternel, on peut le dire, Chassaignac avait pour le drainage. Aussi, sans hésiter, le lendemain de l'entrée de cette malade, embrocha-t-il l'hygroma de son long trocart et y passa-t-il, immédiatement après, un tube de caoutchouc vulcanisé. Dès le soir de l'opération, je constatai une fièvre intense, un gonflement considérable de toute l'articulation. Ces troubles s'accentuèrent le lendemain et le surlendemain. Il ne fut plus possible de douter qu'on eût affaire à une arthrite purulente. L'articulation fut largement ouverte et la malade soumise à l'irrigation continue . Les troubles, un moment enrayés . se manifestèrent bientôt avec une intensité nouvelle. Huit jours après le malencontreux drainage, la malade était amputée de la cuisse et succombait sept jours après l'amputation, après avoir présenté tous les signes de l'infection

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purulente. Elle avait payé cher le drainage d'un simple hygroma.

Ce fait m'était resté dans l'esprit; et, en toute occasion, m'avait fait repousser, dans l'espèce, toute espèce de ponction, suivie ou non de l'introduction d'un tube à drainage. J'employais invariablement le procédé que j'avais vu maintes fois appliquer par Jarjavay et par Maisonneuve : c'est l'incision cruciale du kyste, suivie de l'application de cataplasmes. Je n'avais jamais observé le moindre accident, et j'aurais dû m'en tenir toujours à cette excellente méthode, quand, il y a quatre ans, j'eus la malheureuse idée d'employer, contre un hygroma très volumineux, la ponction sous-cutanée.

On sait l'abus quotidien qui se fait de la ponction suivie d'aspiration; j'ai déjà eu l'occasion dem'élever maintes fois contre cette méthode, à propos des abcès par congestion. Je me laissai à ce moment circonvenir parles élèves de mon service et je pratiquai la ponction, à l'aide de l'appareil Dieulafoy, appareil excellent, d'ailleurs, quand la ponction capillaire est bien indiquée.

Les accidents ne se tirent pas attendre, et, comme chez la malade de Ghassaignac, éclatèrent le soir même de la ponction. Douleur excessivement vive, fièvre intense, délire, rougeur et tuméfaction, nous observâmes tous ces symptômes le lendemain à notre visite. Comme les accidents paraissaient encore bien limités à la bourse prérotulienne, j'ouvris largement cette cavité et une quantité considérable de sérosité purulente s'échappa aussitôt.

A mon grand étonnement, l'amélioration ne se produisit pas, et quatre jours après une arthrite purulente se manifesta.

Comme les accidents généraux devenaient de plus en plus menaçants, je procédai à l'ouverture large de l'articulation après avoir au préalable immobilisé le genou dans un appa-

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