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TRAITEMENT DE LHYGROMA. ACCIDENTS

reil plâtré et je fis des pansements avec l'huile phéniquée ainsi que des lavages fréquents à l'eau-de-vie camphrée.

Cette fois, plus heureux que mon maître Chassaignac, j'eus la satisfaction de voir s'arrêter le mal. La fièvre tomba bientôt et, cinq semaines après la dernière opération, la malade put marcher avec des béquilles.

Deux mois environ après, elle sortait de l'hôpital munie d'un appareil à tuteurs, lui permettant de marcher, le genou raide. J'ai eu l'occasion de la voir plusieurs fois depuis. Des mouvements limités se sont manifestés dans son articulation, et elle m'a, à plusieurs reprises, pressé d'en augmenter l'étendue. J'ai résisté jusqu'ici, et je crois qu'après les dangers que cette fille a courus, il serait imprudent de réveiller, dans une articulation aussi sujette à caution, des troubles inflammatoires.

Quand on rapproche l'un de l'autre ces deux faits, le premier, absolument déplorable, le second, moins triste, mais en somme malheureux, au point de vue des résultats, on se prend, comme je vous le disais au début, à garder visà-vis des hygromas une attitude respectueuse et une sage réserve, à moins que l'intervention chirurgicale la plus franche et la plus hardie ne soit imposée par les circonstances du cas et vous avez vu que cette conduite, tout en étant la plus ferme, est aussi la plus sage.

Que se passe-t-il, en effet, dans les cas malheureux analogues à ceux que je viens de vous citer et qui ne sont pas absolument rares? Existe-t-il, ainsi qu'on l'a avance, une communication si étroite qu'elle puisse être, entre la bourse séreuse prérotulienne et la grande articulation fémorotibiale? Gela est possible, bien que, dans les deux cas dont je vous ai parlé, l'existence de cette communication fût difficile à établir au point de vue clinique et que j'aie pu, comme chez la petite malade de mon service, constater l'ir-

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réductibilité absolue du liquide de l'hygroma. En tous cas, si la communication existe, elle n'est pas possible à diagnostiquer. Doit-on, au contraire, pour suppléer à la première explication, supposer une inflammation propagée par contiguïté, par voisinage, sans admettre la moindre communication entre la grande et la petite cavité séreuse ? Je me rallierais plus volontiers à cette opinion. Ce qui importe bien plus que l'explication des accidents dont nous venons . de parler, c'est de savoir quelle conduite nous devons tenir dans un cas donné. Allons-nous en venir chez notre petite malade à l'incision cruciale? Je le ferais et je l'aurais déjcà fait si l'hydarthrose ne se trouvait derrière. Je sais bien que cette considération doit être atténuée par le secours qu'on trouverait dans la méthode de Lister, qui doit rendre cette incision inoffensive; mais ce secours est-il si certain? Pomma part, je vous déclare que si j'avais une hydarthrose, je me refuserais avec la plus grande énergie à l'ouverture de mon genou, fût-ce par Lister en personne, et j'ai l'habitude de régler ma conduite comme chirurgien, d'après le précepte moins appliqué peut-être à notre art qu'il ne devrait : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toi-même.

Quel sera donc notre moyen de traitement? J'estime que nous en avons un excellent à notre disposition que vous nous voyez pratiquer tous les jours ; je veux parler de la cautérisation au fer rouge, suivie de la compression ouatée et de l'immobilisation.

Longtemps, messieurs, j'ai pratiqué la cautérisation actuelle, et longtemps, j'en fais l'humble aveu, je l'ai pratiquée d'une manière insuffisante. Instruit par l'exemple de beaucoup de nos maîtres, je me bornais à couvrir l'articulation malade de pointes de feu, en général trop rapprochées ; puis, sous prétexte d'atténuer les douleurs du ma-

lade, toujours vives après une semblable ustion, je faisais tenir, en permanence, sur l'articulation, des compresses mouillées. Sans parler des douleurs et des cuissons qui duraient au moins une journée, j'avais sous les yeux, pendant un temps fort long, une suppuration que rien ne pouvait tarir et dont le résultat, fût-il relativement satisfaisant, était en somme chèrement payé, pour le malade, parla douleur subie, la perte de temps, l'incapacité de travail qui résultent de ce traitement.

J'avais fini par considérer ces accidents comme une conséquence fâcheuse, mais inévitable, de la cautérisation au ferrouge, quand le hasard me fit me rencontrer, il y a environ trois ans, avec un de mes excellents confrères, le Dr Leroux, près d'une jeune fille israélite atteinte d'une synovite fongueuse de la jambe.

En raison de la sensibilité exagérée de la jeune fille, j'hésitais à pratiquer la cautérisation au fer rouge, et je fis pari de mes hésitations au Dr Leroux. Il me parla alors d'un procédé de cautérisation qu'il employait souvent, et qu'il tenait, du reste, de M. Théophile Anger, procédé à l'aide duquel, disait-il, on n'avait ni douleur excessive à craindre ni suppuration interminable à redouter.

Séduit par ces promesses, je l'engageai vivement à cautériser notre jeune fille de la sorte. Je suivis avec attention l'opération et j'assistai l'opérateur de mon mieux. Je dois dire que le succès dépassa mes espérances, et que, sans parler du merveilleux résultat obtenu relativement à la synovite fongueuse, le programme fut fidèlement rempli, quant à l'absence de douleur et de suppuration.

Absolument converti à cette nouvelle méthode de cautérisation, j'en fis, par la suite, la plus large application, et les résultats obtenus ont été invariablement satisfaisants.

Voici en quoi consiste cette méthode. Avant tout, établis-

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sons en principe qu'une cautérisation, au fer rouge, ne saurait être faite avec succès, si le patient n'est pas anesthésié. Quelle que soit, en effet, la vaillance du malade, il lui est impossible de ne point faire de petits mouvements instinctifs, involontaires, qui font dévier le fer chaud et compromettent la régularité de l'opération.

Il faut donc, avant toutes choses, que le malade soit chloroformé.

Gela fait, on saisit un des fers que l'on a préalablement fait rougir dans un foyer voisin.

Qu'il me soit permis, messieurs, d'ouvrir ici une parenthèse. Beaucoup d'entre vous sont surpris de me voir préférer les fers rougis au feu, suivant la vieille méthode, au thermo-cautère qui les a remplacés, à ce qu'on croit, avantageusement, dans la pratique de la cautérisation actuelle. J'ai la plus grande estime pour M. le DTPaquelin, l'inventeur du thermo-cautère, et pour M. Colin son habile constructeur, je trouve cet instrument élégant, pouvant suffire dans beaucoup de cas, mais je dois dire que je le trouve insuffisant et surtout infidèle pour les grands usages auxquels on a le tort de l'appliquer. En voulez-vous une preuve? Demandez à un de nos grands chirurgiens, sur le point de partir en province, pour faire une cautérisation, la permission d'ouvrir son sac de voyage : vous y trouverez bien, à la plus belle place, un thermo-cautère au grand complet, mais allez jusqu'au fond du sac, vous y trouverez aussi trois ou quatre vieux cautères, tout rouilles, mais bien emmanchés et bien en main. C'est la réserve, qu'on ne fera donner que si les troupes légères mollissent, mais qui n'aura pas de défaillance, que rien ne pourra arrêter, et qui terminera sûrement l'opération. Il faut avouer, en effet, que le thermocautère est d'une délicatesse de constitution qui le rend d'un maniement insupportable.

La bouteille à essence minérale est trop pleine, — elle ne l'est pas assez. L'éponge, qui contient parfois l'essence dans ses pores, s'est desséchée, et l'essence s'est évaporée. On s'est trompé ; ce n'est point de l'essence, mais du pétrole. L'aide maladroit, car il y en a de tels, casse la bouteille; il n'y a pas assez d'alcool; la mèche charbonne. — A la dernière cautérisation, on a négligé de porter au rouge blanc le thermo-cautère avant son extinction et le couteau ne rougit plus. Un des tubes de caoutchouc a une fuite. La poire de caoutchouc a été, pendant la nuit, exposée à un froid vif; elle ne fonctionne plus. Voyez combien ces nombreuses causes de défaillance peuvent fournir à la réserve, constituée par les cautères, d'occasions pour intervenir.

Dans un grand feu de bois, de charbon de terre, de coke, de gaz, ont été disposés trois cautères tout emmanchés et tous trois coudés ; rien n'étant incommode comme un cautère droit. Le premier est le cautère dit en rondache.Les deux autres sont les cautères ditsolivaires. Le malade étant complètement anesthésié, c'est-à-dire jusqu'à résolution complète, le chirurgien se fait apporter ou saisit lui-même le cautère en rondache. Il examine à quelle température il a été porté. S'il est, comme cela arrive le plus souvent, rouge-cerise, il doit le laisser refroidir jusqu'à ce qu'il soit descendu au rouge ponceau. Arrivé à ce point, il a la température voulue. A l'aide de cet instrument, le chirurgien trace lentement de 6 à 7 raies de feu sur l'articulation. La première longitudinale, depuis le haut du cul-de-sac supérieur jusqu'au ligament rotulien ; les autres décrivant des courbes concentriques, et s'éloignant de plus en plus de la première. La dernière de ces courbes doit se trouver au niveau des deux ligaments interne et externe de l'articulation.

Gela fait, le chirurgien saisit un des cautères olivaires qui, lui, doit être porté au rouge-cerise, ou même au rouge blanc,

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et pratique, dans ehacime des petites rainures tracées parle cautère en rondache, une série de pointes de feu, distantes les unes des autres d'un centimètre environ.

Pour peu que l'on veuille faire une cautérisation encore plus active, on peut les rapprocher davantage ; mais jamais -de plus d'un demi-centimètre.

Un cautère olivaire suffit en général pour les trois courbes de droite ou de gauche, à condition de procéder avec rapidité. L'autre cautère sert aux trois courbes du côté opposé.

M. Théophile Anger tient essentiellement, pour éviter la suppuration, à ce qu'on ne pratique de pointes de feu que dans les rainures tracées par le cautère en rondache. J'ai d'abord, à titre d'essai, puis définitivement, en me basant sur l'expérience acquise, placé des pointes de feu entre les dites rainures, et j'ai pu me convaincre que ces dernières ne suppuraient pas plus que les autres, si l'on a la précaution de pratiquer la compression ouatée, immédiatement après la cautérisation.

La cautérisation une fois terminée, une couche uniforme de fécule ou mieux de fleur d'amidon est répandue sur toute la surface du genou, et l'ouate est ensuite appliquée.

Pour ce faire, on a disposé à l'avance plusieurs rouleaux d'ouate non vernie, dite ouate de Schaffouse. Ces rouleaux sont appliqués autour du genou, jusqu'à ce qu'on ait obtenu une couche d'une épaisseur suffisante. L'ouate est ensuite assujettie à l'aide d'une ou deux bandes de flanelle. Il est inutile d'envelopper ainsi toute la jambe et le pied, si le genou seul est à compresser, l'expérience m'ayant surabondamment démontré que si l'épaisseur d'ouate est assez considérable, on n'a point à craindre le gonflement ou l'œdème du pied.

Il est bon, après l'application des bandes de flanelle, de

rendre la construction plus énergique à l'aide d'une bande de toile.

Le malade qui s'est en général réveillé pendant l'application de la dernière bande est reporté dans son lit.

Chose remarquable, la douleur si vive après la cautérisation au fer rouge, quand on la fait suivre de l'application de compresses mouillées, est ici presque nulle.

Au bout de quatre jours environ, on remarque que la compression est moins énergique. Sans toucher et V appareil, une nouvelle bande est appliquée par-dessus, et rétablit la compression à son point voulu. Il faut, pour que ce résultat soit obtenu, que de petites chiquenaudes, données sur le genou, donnent à l'oreille un résonnement assez sonore.

Tous les quatre ou cinq jours, il sera nécessaire de faire la même manœuvre, jusqu'à ce qu'on ait atteint la limite des vingt jours réglementaires. Le vingtième jour, on enlève tout l'appareil et l'on est surpris de voir qu'aucune raie aucune pointe de feu n'a donné de suppuration. Les eschares sèches se détachent, par parcelles ou par languettes, et la cicatrisation est parfaite au-dessous.

Tel est le moyen que nous allons employer chez notre petit malade, et l'expérience acquise nous permet d'espérer un bon résultat.

Dans le cas où ce résultat ne serait pas complet, le desideratum porterait certainement sur l'hygroma, car je suis absolument convaincu que l'hydarthrose cédera à ce traitement énergique.

Admettons pour un moment que ce résultat soit incomplet.

Nous n'aurions pas pour cela perdu absolument notre temps ; car nous aurions converti en une affection simple, accessible àtous les moyens thérapeutiques, une lésionmixte, qui nous paralysait dans notre traitement en raison des complications que nous étions en droit de redouter.

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Une fois libéré de cette inquiétude, je n'hésiterais pas à employer, vis-à-vis de l'hygroma rebelle l'incision cruciale, au besoin même, suivant la nature plus ou moins louche du liquide, un léger grattage serait exécuté. Après quoi un tube à drainage serait placé dans le fond de la plaie, de manière à permettre le libre écoulement des liquides, et le pansement antiseptique serait appliqué.

Ce plan, je le répète, est absolument conditionnel; car j'espère une guérison simultanée et de l'hydarthrose et de l'hygroma.

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