HUITIEME LEÇON
Tumeurs blanches. Complexité et commodité de ce vieux terme. Arthrites fongueuses. Bonne dénomination anatomique. Classification de Loyd et de Brodie, d'après la nature des tissus primitivement affectés. Anatomie pathologique. Etiologie. Rôle des diathèses et de la mauvaise hygiène. Symptomatologie. Diagnostic. Traitement. Son évolution historique.
Méthode conservatrice ou française.
Méthode anglaise, résections. Comparaison de ces deux méthodes.
Messieurs ,
Nous allons étudier aujourd'hui une des affections les plus fréquentes de l'enfance et surtout de l'enfance cachectique et malheureuse que vous avez l'occasion de voir dans notre hôpital ; je veux parler des tumeurs blanches. Que de critiques n'a-t-on pas faites contre cette appellation qui persiste pourtant et qui persistera longtemps encore, en raison môme de sa forme vague. Le terme complexe de tumeurs blanches éveille en effet dans l'esprit une notion assez conforme à la réalité clinique, celle d'un groupe de lésions différentes les unes de autres, mais reliées entre elles par la condition commune de leur évolution, le développement anormal du tissu embryonnaire formant des fongosités. C'est là ce qui donne aussi une grande valeur à l'appellation d'arthrites fongueuses, que Panas a voulu substituer à celle de tumeurs blanches, sans arriver pourtant à la faire oublier. C'est que, en dehors de ce caractère commun, subsistent de nombreuses différences sur lesquelles les chirurgiens de tous les temps ont essayé d'établir une classi-
fication naturelle des tumeurs blanches. C'est ainsi que Loyd et Brodie ont distingué des tumeurs blanches débutant par les os, par les cartilages, par la synoviale, par les tissus fibreux.
Admettons que cette classification laisse encore quelque chose à désirer. Ce n'est peut être pas la faute de ses auteurs. Elle est fondée sur l'anatomie pathologique, et si cette anatomie était indiscutable, il faudrait l'accepter sans contestation. Malheureusement, l'autopsie étant très, rare au début des tumeurs blanches, il est très difficile de savoir en beaucoup de cas si l'affection a commencé par les os, par les cartilages, par la synoviale ou par les ligaments. L'état même de la synoviale, qui doit être examinée avant toutes choses, ne nous est connu que par analogie, à la suite des expériences que MM. Richet et Paquet (1) ont faites sur les animaux. Les efforts de ces expérimentateurs, pour produire, artificiellement, chez les animaux, une inflammation des articulations, ont réussi à constater, d'abord, une injection notable du tissu sous-séreux, puis, une rougeur Vive de la séreuse elle-même, qui perdit bientôt l'aspect lisse et poli qu'on lui connaît, pour devenir villeuse. Chacune de cesvillosités se développa bientôt sous forme de granulations qui, devenant une véritable fongosité, se recouvrirent d'une fausse membrane boursouflée, œdématiée, analogue à la muqueuse du chémosis.
La séreuse épaissie mesure jusqu'à 2 millimètres.
Hâtons-nous de le dire, il y a analogie et non identité entre ces produits franchement inflammatoires du traumatisme sur un organisme sain et les véritables fongosités de l'arthrite fongueuse ou tumeur blanche. Ces dernières, d'une structure analogue à celle des bourgeons charnus,
(l\ V. Richet. Mémoire sur les tumeurs blanches. Académie des sciences, t. XVII.