CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES FRACTURES
spontanément; c'est ainsi que Coulon, interne de Marjolin, aurait observé de véritables courbures des os longs sans fracture.
Quel que soit, pourtant, le bon résultat que vous soyez en droit d'attendre d'une fracture chez un enfant, réservezvous toujours une porte de derrière relativement au pronostic, et ne promettez jamais une guérison complète d'une manière trop absolue. Sans parler, en effet, de la pseudarthrose, accident rare, mais dont on ne peut jamais se flatter de conjurer le danger, que d'ennuis, que de mécomptes, le chirurgien a parfois à subir au sujet de la rectitude parfaite de la consolidation.
Que cela tienne, en effet, au choix de l'appareil, au relâchement de la surveillance qui ne doit jamais se démentir, à la turbulence et à l'agitation des enfants, il arrive parfois que le résultat final ne ressemble en rien au résultat qu'on était en droit d'espérer. Les cals vicieux ou difformes qui se produisent alors, amenant soit le raccourcissement, soit l'impuissance du membre, ont surtout une importance énorme au voisinage des articulations.
Aussi suis-je convaincu qu'il y a toujours un grand intérêt à faire des réserves, quand on est appelé pour une fracture du coude par exemple. Quelle que soit, en effet, la pureté du résultat que vous ayez obtenu, il restera, longtemps après la guérison, soit dans la flexion, soit dans l'extension, une certaine raideur qui mécontentera les parents, qui nécessitera de la part du chirurgien une série de manœuvres, de manipulations, d'autant plus pénibles à supporter qu'elles ont le tort de commencer alors que l'on croyait tout terminé, et l'on vous saura mauvais gré de ce surcroît de besogne. Déclarez, au contraire, dès le premier jour, que la fracture du coude est une chose grave, relativement surtout à la conservation des mouvements, que l'on
a observé des cas d'ankylose, et que tout ne sera pas fini quand la fracture sera consolidée ; les parents, prévenus, s'attendront à tout et vous sauront gré des résultats que vous aurez obtenus, alors même qu'ils laisseraient quelque peu à désirer. Dans le premier cas, vous aviez promis beaucoup et vous avez tenu peu. Dans le second, vous n'aviez rien promis et vous avez donné quelque chose. Cette réserve, ces précautions devront surtout présider à la surveillance de vos appareils. N'employez jamais, dès le début, les appareils inamovibles. Autrement vous vous réserveriez des surprises bien pénibles au moment où vous les enlèveriez. Appliquez, au contraire, des appareils mobiles que vous pouvez faire et défaire facilement.
Cela vous permettra de surveiller souvent le membre fracturé, et pour peu qu'il survienne un petit accident, soit dans la consolidation, soit dans la forme du cal, vous pouvez y remédier. Dans tous les cas, en admettant même que le résultat laisse à désirer, vous ne pouvez pas être taxé de négligence.
Fractures du crâne. — Assez communes chez les enfants pour qu'il soit habituel d'en observer sept à huit cas par an dans mon service d'hôpital, ces fractures ne mériteraient pas de description particulière, si l'enfance ne leur communiquait, pour ainsi dire, un intérêt spécial, au point de vue de leurs symptômes et de leur terminaison.
La fracture classique de la base du crâne, dont la description pourrait, avec fruit, être précédée par un rapide coup d'œil sur cette région, représentée par notre figure 16, observée presque exclusivement chez l'adulte, et son cortège également classique de symptômes, l'ecchymose sousconjonctivale, l'écoulement sanguin, puis séreux, par l'oreille, etc., manquent très souvent chez l'enfant, proba-