‹ Chirurgie des enfantsChapitre 6 sur 222 · CHLOROFORME. DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

CHLOROFORME. DIFFICULTÉS

Voyons maintenant quelles sont les difficultés que l'on peut rencontrer clans l'administration du chloroforme aux enfants. Certains d'entre eux sont anémiques, ce sont les enfants blonds et blêmes. Avec ceux-là, il faut prendre de grandes précautions, et surtout, comme l'a dit Ghassaignac, les ménager beaucoup quand il faut les déplacer, surtout pour passer de la situation couchée à la situation assise, Chassaignac ne voulait pas qu'on touchât à ces malades avant qu'ils fussent complètement réveillés.

Il y a d'autres enfants qui deviennent bleus, dès les premières bouffées de chloroforme, et qui ont dû, dans un temps, paraître justifier la proposition émise par Claude Bernard en 1850, au Collège de France, au sujet de l'anesthésie brutale, laquelle, selon lui, noircissait le sang artériel.

Cette proposition, qui semblait prouvée à cette époque,, par les expériences de Claude Bernard sur les chiens, n'a pas été sanctionnée par les résultats de ma pratique. En effet, sur plus de 10,000 enfants ou adultes que j'ai endormis, j'ai peut-être rencontré une centaine de fois l'aspect cyanotique de la face, fait très exceptionnel, comme on le voit, et jamais* le sang artériel des sujets émis pendant l'opération n'a paru noirci, en aucune façon. Il sera prudent toutefois de donner le chloroforme à petites doses aux enfants qui se cyanosent.

Il faut aussi ménager les enfants catarrheux comme vous en avez vu un ce matin aux prises avec son chloroforme dans la salle Saint-Côme. Comme le chloroforme donne lieu à une hypersécrétion bronchique signalée par Demarquay et Bouissoii; si cette hypersécrétion vient s'ajouter à un phénomène morbide antérieur du même ordre, les bronches s'emplissent, l'enfant est dans la situation du noyé qui a les bronches pleines d'eau; il se noie, en effet, si l'on n'y prend pas garde.

32 A^ESTHÉSIE CHIRURGICALE.

Chez ces sujets, comme chez les précédents, il faut donner le chloroforme lentement, posément, en surveillant attentivement le travail respiratoire.

Il est d'usage de faire, en terminant une leçon sur l'anesthésie chirurgicale, la revue des moyens qu'on peut employer pour ranimer un malade, en cas d'alerte ou même d'accidents sérieux. Chacun s'efforce de faire cette revue la plus complète possible, en y joignant un petit moyen inconnu qui puisse paraître une invention de l'auteur. Pour ma part, j'estime qu'il n'importe pas d'avoir tant de moyens à sa disposition. Ce qu'il faut c'est en avoir un bon, y croire, et savoir s'en servir.

Ce qu'il y a de mieux, c'est de mettre la tête en bas, et de pratiquer surtout la respiration artificielle.

Ce qu'on ne sait pas assez, c'est qu'il faut pratiquer la respiration artificielle longtemps, très longtemps, en appuyant sur les côtes, et en déprimant le diaphragme.

11 vaut mieux ménager ses forces et aller doucement que vite, le succès est à ce prix.

Je n'ai pas une égale confiance dans l'électricité, soit musculaire, soit appliquée aux nerfs phréniques. Il est bien certain que si on avait sous la main, un bon appareil tout prêt à fonctionner, on pourrait en faire un heureux usage, mais on ne peut compter sur cet appareil qui arrive souvent trop tard, après qu'on a perdu un temps précieux. Il vaut mieux s'attacher à la respiration artificielle dont on a toujours les moyens à sa disposition. A bout de ressources; j'essaierais de l'insufflation de bouche à bouche, qui est bien plus sûre que celle que l'on pratique à l'aide du tube laryngien. Il faut en effet craindre, que dans un moment pareil, on n'ait pas assez de sang- froid pour introduire son tube par la glotte cl qu'on ne le mette dans l'œsophage. La respiration étant suspendue, l'opérateur ne peut se guider sur le sifflement carac-

Page 1