‹ Chirurgie des enfantsChapitre 7 sur 222 · CHLOROFORME. DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

CHLOROFORME. DIFFICULTÉS

fcéristiqùe qui se fait entendre lorsqu'on pénètre dans la glotte d'un malade avec une sonde.

J'arrive maintenant à une pratique dont je m'abstiens soigneusement, quoiqu'elle soit suivie par un grand nombre de chirurgiens, je veux parler de la traction de la langue hors de la bouche, au moyen d'une pince à pansement ou même d'une pince à griffes.

L'origine de cette pratique remonte àDevergie, à Black et à Hergott. Ces auteurs disaient, que, sous l'influence du chloroforme, il y avait une flaccidité extrême des génioglosses ; que le talon de la langue venait ainsi en contact avec la paroi postérieure du larynx, et que c'était là l'origine des accidents. J'avoue que, depuis bien longtemps, je n'ai pas eu l'occasion de tirer la langue hors de la bouche de mes malades pour vérifier si l'aspect des -parties correspondait exactement à la lésion désignée plus haut, mais je crains qu'un grand nombre d'observateurs n'aient pris la paralysie du voile du palais pour un relâchement des génioglosses. Toujours est-il qu'à la suite des tiraillements et des pincements de la- langue, suggérés par la croyance à ce relâchement, j'ai vu des malades, qui non seulement avaient des eschares, mais même une véritable glossite.

Il est d'usage de flageller les joues dumalade, soitavecun linge mouillé, soit avec les doigts, pour le sortir de la torpeur qui accompagne le réveil du chloroforme ; le chirurgien des enfants fera bien de se rappeler qu'il s'adresse à des tissus tendres, et que, la sensibilité n'étant pas encore revenue, il ne peut compter sur les plaintes du malade pour l'avertir, s'il déploie une vigueur intempestive dans cette flagellation. Il évitera ainsi de laisser la marque de ses doigts empreinte sur les joues des petits malades, ce qui est pénible à voir le lendemain pour le chirurgien, et ce qui crée contre lui une impression fâcheuse.

Un dernier mot : ne quittez jamais un malade après l'opération, sans l'avoir réveillé. Prenez soin de la compresse qui a servi à donner le chloroforme, et veillez à ce qu'elle soit serrée en lieu sûr. J'ai une fois trouvé dans mon service (salle Sainte-Pauline), une petite fille couchée le nez sur sa compresse à chloroforme, et fort heureusement, je suis arrivé assez tôt pour empêcher un décès qui m'eût été imputé, quoique le chloroforme eût été donné en mon absence.

Messieurs, il est d'usage que l'on fasse grand état du pouls comme moyen d'avertissement pour le chirurgien. Vous êtes étonnés de ne pas m'en entendre parler, et vous croyez toujours que je vais réparer cette lacune, or cette négligence est complètement voulue, et je ne mentionnerai ici l'examen du pouls que pour déclarer que je le considère comme parfaitement inutile.

D'après la théorie de Bouisson que rien n'est venu infirmer, ce qui meurt le dernier, c'est le cœur, et quand les battements du cœur se ralentissent, la syncope est inévitable, quelquefois même elle n'est précédée d'aucun ralentissement. Il n'en est pas de même de la respiration, qui est en cause depuis le commencement jusqu'à la fin, avec cet avantage qu'on peut toujours remédier à ses troubles. C'est donc la respiration qu'il faut surveiller avec une attention exclusive et soutenue.

Tant que les inspirations et les expirations sont larges, le malade ne court aucun danger ; si elles sont suspendues ou ralenties, quelque soit le degré d'anesthésie que vous soyez arrivés à produire, et fût-ce dès lespremières bouffées, mettezvous immédiatement à l'œuvre: chatouillez, pincez, fustigez votre malade et ne reprenez l'administration du chloroforme que quand vous aurez vu le sujet respirer amplement et posément.

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