FRACTURES DU COUDE
de son berceau, et il s'était fracturé l'humérus droit, à l'union des deux tiers supérieurs avec le tiers inférieur.
Un bandage roulé et dextriné avait été aussitôt appliqué; mais quand, au bout de vingt jours, on l'avait enlevé, il avait été facile de se convaincre que sa consolidation était absolument nulle. Je fus demandé et je constatai avec peine une complication des plus fâcheuses.
Probablement, sous l'influence de l'inflammation produite par les mouvements des deux fragments, un véritable phlegmon s'était formé au siège même de la fracture et s'était abcédé. Remarquant que, clans la flexion de l'avant-bras sur le bras, le fragment inférieur de l'humérus participait à ce mouvement et se trouvait porté très en arrière, je résolus d'immobiliser le membre dans l'extension après avoir toutefois donné issue à la collection et cela à l'aide du séton filiforme. L'abcès une fois vidé, j'entourai le membre d'ouate et j'appliquai de petites attelles de sapin très minces et très souples. Le résultat dépassa, je l'avoue, mon attente, car au bout de vingt-six jours, la fracture était 'consolidée et les mouvements du coude étaient parfaitement conservés.
Nous voici arrivés aux fractures du coude. Elles comprennent les fractures transversales sus-condyliennes de l'humérus, les décollements épiphysaires, la fracture verticale inter-condylienne, l'éclatement pur et simple, soit du condyle soit de la trochlée, soit même de l'épicondyle ou de l'épitrochlée, enfin les fractures de l'olécrâne et de l'extrémité supérieure du radius, réunies ou isolées.
J'ai déjà eu occasion de faire remarquer, à propos du chloroforme, quels services on pouvait tirer de cet agent anesthésique, au point de vue de l'établissement d'un diagnostic précis. Je ne répéterai pas ce que j'ai déjà dit à ce sujet, me contentant de rappeler que, dans l'espèce, il serait barbare et imprudent au premier chef de se priver du secours du chlo-
roforme, et qu'avec son aide on arrive à diagnostiquer facilement des détails absolument impossibles à trouver sans son secours. Le plus souvent, les malades atteints de fracture du coude nous sont présentés avec un gonflement et un épanchement énormes. Il est sage, comme je l'ai déjà fait observer, de laisser tomber cet engorgement, cette fluxion, et même d'en diminuer l'intensité à l'aide de sangsues appliquées au membre, de quatre à dix, suivant l'âge et les forces du malade.
Au bout de deux jours de repos, d'immobilité relative dans les cataplasmes et dans la gouttière, il est indiqué d'appliquer l'appareil définitif; mais il est impossible pour ce qui touche l'articulation du coude, et en raison même de l'intervention immédiate que nécessiterait une luxation si elle existait, il est impossible d'ajourner à quarante-huit heures la recherche sur laquelle doit s'appuyer le diagnostic ; il faut donc y procéder sur l'heure, et c'est pour cela que l'emploi du chloroforme est indispensable.
Une fois le malade anesthésié, il vous est facile de vous convaincre que les mouvements ne sont pas abolis, que les trois tubérosités, olécrâne, épicondyle et épitrochlée sont sur la même ligne ; il n'y a donc pas luxation.
Saisissez alors d'une main ferme l'extrémité inférieure du bras ; de l'autre, serrez entre vos doigts l'épicondyle et l'épitrochlée et tâchez de leur imprimer des mouvements de latéralité. Si ceux-ci existent, la fracture est sus-condylienne ; si, au contraire, après avoir constaté un certain écartement des tubérosités, vous sentez cet écartement diminuer brusquement sous cette pression, parfois même avec un bruit de claquement caractéristique, vous en concluez à une fracture verticale, diagnostic qui vous est d'ailleurs confirmé par les mouvements de va-et-vient que vous provoquez entre le condyle et la trochlée, suivant l'axe perpen-