ONZIEME LEÇON
(Suite et fin.)
Fractures de la colonne vertébrale, du bassin, également rares. Leur traitement.
Fractures du membre inférieur. Usage de l'immobilité dans la gouttière et des cataplasmes. Fractures de cuisse, statistique. Fractures du col du fémur, exceptionnelles. Fractures s us-condy tiennes. Conduite à tenir dans les pseudarthfoses. Fractures de cuisse compliquées, occlusion et gouttière de Bonnet. Rares indications d'amputation. Fractures de jambe, assez fréquentes, malgréle silence des auteurs. Siège. Faible déformation. Simples ou compliquées. Appareil amovible, plâtre et huile phéniquée, pour les compliquées. Pour les simples, Scultet ou équerres de carton. Pronostic. Cal douloureux des scrofuleux et son traitement. Fractures du calcanéum. Fractures du gril métatarsien, trop méconnues.
Fractures de la colonne vertébrale. — Messieurs, les fractures de la colonne vertébrale ne sont que très rarement observées clans le jeune âge. Je n'en ai pour ma part vu que deux cas. Le premier appartenait à un enfant de douze ans, qui avait été amené à l'hôpital sans renseignements sur la nature de l'accident qui lui était arrivé. Outre la lésion vertébrale, il était littéralement couvert de contusions et d'ecchymoses. Il ne tarda pas à succomber, et l'autopsie nous montra une fracture de la sixième et de la septième dorsales.
Un autre fait qui se rapproche du précédent a été observé par moi chez le fils d'un entrepreneur de bâtisse qui, se trouvant au cinquième étage d'une maison en construction, saisit une autre corde que celle qui était destinée à assurer la marche et fut précipité sur le sol. Nous constatâmes chez
lui la fracture du col du fémur droit, du corps du fémur gauche, du cubitus et du radius droits, et enfin une fracture vertébrale avec paraplégie complète et enfoncement de 2 centimètres environ au niveau de la onzième dorsale.
Ce qui n'est pas moins curieux à citer, c'est que ce malade, qui présentait d'ailleurs, au sommet du poumon gauclie, une énorme caverne et des craquements caractéristiques, au sommet droit, a parfaitement guéri ; que ses fractures se sont toutes consolidées et qu'il marche maintenant sans trop de difficulté, ses phénomènes paraplégiques ayant à peu près disparu. Le seul traitement à employer, dans les cas de fractures du rachis, consiste dans le décubitus sur le lit mécanique, dont les sangles placées à volonté au-dessus et au-dessous du siège de la fracture permettent à celle-ci une immobilité relative, ce qui donne la facilité de changer très souvent le malade de linge, ressource nécessaire à causes des urines et des selles involontaires qui manquent rarement de se produire.
Le bassin lui-même peut se fracturer chez l'enfant, et j'en trouve un exemple dans une observation prise par M. Besnier dans le service de Guersant. Il s'agit d'un enfant entré à l'hôpital onze jours après l'accident. Il descendait un escalier portant sur ses épaules un lit assez pesant, lorsque, arrivé à la dernière marche, il est tombé avec son fardeau. Aussitôt une douleur très vive se manifeste dans la région fessière droite qui a supporté le poids du corps pendant la chute. Cette douleur, bien qu'assez intense, n'empêche pas ce jeune garçon, bien constitué, de se livrer à ses occupations ; mais deux jours après il cesse de travailler. On constate, au siège de la région malade, des douleurs vives, une saillie notable de la partie antérieure de la fesse, une immobilité presque absolue dans le décubitus latéral gauche, la cuisse droite fléchie sur le bassin et la jambe fléchie
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sur la cuisse. A l'exploration du membre, on trouve une fluctuation vague, plutôt de l'empâtement; des troubles généraux étant survenus, une incision profonde est jugée nécessaire et ne donne issue qu'à du sang. Le malade succombe rapidement en proie à un délire continu.
A l'autopsie, on constate les lésions suivantes : soulèvement des muscles psoas et iliaque par une énorme collection de sang coagulé et altéré qu'on peut évaluer à un kilogramme : dénudation des surfaces osseuses correspondantes; déplus, le doigt rencontre à nu la surface auriculaire du sacrum et constate une diastase incomplète de la symphyse sacroiliaque droite qui s'ouvre en formant un angle à sinus antérieur.
La rupture de l'urèthre a été également signalée comme une conséquence directe des fractures du bassin. Le seul traitement rationnel à conseiller pour les fractures du bassin consiste dans une contention à peu près exacte à l'aide de la gouttière de Bonnet (fig. 25) ; mais il arrive le plus souvent des accidents généraux qui ne permettent pas de suivre longtemps les malades. Du reste, comme je le faisais observer, l'extrême rareté de ces fractures chez l'en faut diminue beaucoup l'intérêt qu'elles pourraient présenter.
Fractures de cuisse. — Les fractures de cuisse sont extrêmement fréquentes chez l'enfant. Elles reconnaissent presque toujours une cause directe : soit une chute, soit le plus souvent le passage d'un corps pesant sur la partie moyenne de la cuisse (une roue de voiture, par exemple) (V. notre fig. 24, pour l'aspect de la face antérieure du fémur normal).
Cette fracture, souvent méconnue par les parents et quel-, quefois même par le médecin, en raison du volume énorme
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de Fépanchement sanguin qui la masque, se trouve en général occuper la partie moyenne du fémur, ou mieux
la ligne qui serait tracée à l'union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs. La cuisse paraît beaucoup plus volumineuse que celle du côté sain, et son raccourcissement est notable; de plus on ne tarde pas, avec un peu d'attention, à reconnaître l'existence d'une ligne courbe bien accusée sur le bord externe du membre malade, et n'existant pas du côté sain. Enfin , si l'on saisit le membre par le genou dune part, et au niveau du pli de l'aine de l'autre part, qu'on cherche à imprimer des mouvements, on ne tarde pas à se convaincre d'une mobilité anormale au centre même de -la cuisse.
Quant à la crépitation, elle manque le plus souvent. Dans quelques circonstances difficiles, quand le membre était très court, le déplacement peu considérable, je me suis vu contraint d'employer le chloroforme avant de décider s'il y avait ou non solution de continuité.
Quoi qu'il en soit, la fracture est constatée ; comment aluons-nous la traiter? J'estime que le meilleur traitement d'une fracture de cuisse, prise au début, consiste dans l'usage d'une longue et large gouttière emboîtant le bassin d'une part, et tout le membre inférieur de l'autre part. Le membre assujetti dans cet appareil est purement et simplement re-
Figure 24. — Face antérieure du fémur droit, normal.