OPACITÉS DE LA CORNÉE ET LEUR TRAITEMENT
Chez quelques enfants très difficiles et tirs gâtés, je me suis vu dans l'impossibilité absolue de pratiquer une exploration suffisante ; je me suis toujours bien trouvé dans ces cas-là de provoquer le sommeil, et j'ai vu, le plus souvent, le corps étranger expulsé spontanément dans le grand angle de l'œil d'abord, à l'extérieur ensuite.
Quant aux corps étrangers qui s'incrustent dans la cornée et qui finissent parfois par y produire un tatouage assez désagréable, le moyen de traitement sera, après anesthésic préalable, de détacher le corps étranger à l'aide de la pointe d'un bistouri ou d'une aiguille à cataracte, dût-on pour cela se livrer à un léger grattage. Des lotions froides et des instillations d'atropine seront ensuite pratiquées.
Quant aux corps étrangers dans la chambre antérieure de l'œil et nécessitant une extraction, je n'en ai jamais observé.
Je voudrais dire un mot d'un traitement chimique, qui m'a donné de bons résultats dans les cas de tatouage, dû à l'oxyde de fer, cités plus haut; j'ai vu l'iodure de potassium et l'acide chlorhydrique dilué produire les meilleurs effets pour répondre aux indications de cette lésion.
J'arrive aux affections qui, vu leur fréquence dans les hôpitaux d'enfants, peuvent être considérées comme le pain quotidien de notre clinique ophthalmologique; je veux parler des kératites.
Certes, messieurs, je l'ai dit souvent, sans que mon idée ait paru germer ni inspirer à personne l'envie de la suivre; il y aurait une belle place à créer dans la spécialité oculistique, en dehors de celles qui existent, au prix de si grandes compétitions, pour celui qui voudrait se borner à être l'oculiste des enfants. Ce n'est pas que la clientèle des enfants soit dédaignée par aucun oculiste, mais personne n'a encore voulu se borner à ce groupe, ni modifier la thérapeutique des yeux, suivant les indications de cet âge qui
demande des soins et non des opérations. Si jamais un spécialiste embrasse ce genre, il lui faudra se servir plutôt des collyres que du couteau. Le gros de sa clientèle sera constitué par les kératites, et surtout par les kératites chroniques.
Je lui prédis à l'avance le plus grand succès, s'il a le bonheur de s'attaquer tout d'abord aux opacités de la cornée, appelées vulgairement taies par le public, et que les savants décorentdes noms de héphélion, de nubécule, quand il s'agit d'un simple nuage ; de macule ou iïalbugo quand la tache, d'un gris bleuté, parfois un peu vasculaire, a une épaisseur un peu plus grande; de leucome, enfin, quand la tache, épaisse, blanche ou parfois pigmentée, a des bords nettement tranchés.
Dans ces cas, je vous le répète, gardez-vous des opérations, telles que le raclage ou l'abrasion superficielle de la cornée, les scarifications des vaisseaux périphériques, le séton, l'excision de Dieffenbach, la trépanation d'Abadie : quelle que soit la valeur de ces opérations, en dehors de l'indication qui nous occupe ; quels que soient la science et le talent de ceux qui les ont inventées. J'en dirai autant de la greffe cornéenne, qui consiste à transplanter, sur la cornée malade, un lambeau kératique, emprunté à un animal.
Bornez-vous aux pansements, soit à la poudre de calomel, soit à l'iodure de potassium ; mais surtout employez le pansement de Follin, qui constitue, à lui seul, le traitement le plus efficace de tous. J'ai entendu dire à ce maître regretté que toutes les opacités, ainsi traitées, finissaient par disparaître, à la condition que le sujet eût moins.de quinze ans.
Ce traitement dont vous voyez si souvent les heureux effets, soit dans nos salles, soit même à notre consultation, consiste purement et simplement dans l'instillation, le matin, de quelques gouttes de collyre au nitrate d'agent (cinq