SIÈGE DES GRENOUILLETTES. DIAGNOSTIC
Cette opinion est contraire à celle qui a été émise par
.M. 'filiaux dt'vaiil la Société de Chirurgie, en 1874(1). Pour
cel éminenl collègue, une tumeur enkystée ne peul se former par une infiltration dans le tissu cellulaire. Il démontre que le canal de Wharton n'étant pas dilatable au delà du diamètre d'une plume de corbeau, se rompt par une dilatation tendanl à dépasser ce diamètre. Or, comme la bourse de Fleischmano (qui existe très réellement et s'étend transversalement entre les deux grosses molaires avec un diamètre antéro-postérieur <lc 21 millimètres) n'est séparée du conduit de Wharton que par une toile cellulaire 1res mince, on comprend que, le conduit se brisant, le liquide se déverse dans la bourse de Fleiselimann, prête àl3 recevoir.
Avant d'arriver au diagnostic des diverses espèces de grenouiliettes, un mot, messieurs, sur deux espèces assez n\rc>, les kystes hydatiques, oubliés par M. Claudot, dans sa classification, et les kystes dermoïdes.
Les kystes hydatiques se rattachent aux kystes parasitaires mentionnés par Giraldès. Il est probable qu'en faisant <\c^ recherches, on en trouverait quelques exemples dans la littérature médicale. Je n'en ai qu'un à ma disposition. C'est celui qui a été observé par le Dr Maurice Laugier dans le service de M. Gosselin, sur un homme de 6i ans. L'origine parasitaire de la tumeur, du volume d'une grosse noix, occupant la moitié gauche du plancher buccal, a été prouvée par l'issue d'une hydatide, avec un flot de pus (2).
Les kystes dermoïdes sont beaucoup plus fréquents; ils se présentent sous la forme de tumeurs enkystées, à tunique épaisse, recouverte le plus souvent de poils fins et contenant, dans leur intérieur, de la matière sébacée et des poils follets.
^1) V. Gazette hebd., Is74, p. 3iSG.
(2) V. Gazette hebd., 1871, p. C3S.
Très rapprochés de la ligne médiane, il^ mettent un temps' énorme à se développer ; ils diffèrent des kystes des glandes salivaires par leur grande régularité, l'opacité et la couleur rouge ou rosée delà muqueuse qui les recouvre.
J'ai déjà écarté de notre sujet les grenouillettes sang uines de Dolbeau. Ce sont purement et simplement des tumeurs érectiles veineuses, occupant le lieu d'élection des kystes salivaires. Pour en finir avec ces tumeurs, disons tout de suite quand il est facile et quand il est difficile de les reconnaître. Quand la tumeur érectile est dans sa période d'état, ses différents caractères permettent de la diagnostiquer à coup sûr ; mais quand le kyste qui constitue la grenouillette s'est formé au détriment de la coque d'un vieil angiome, spontanément guéri, il faut de l'attention, de la perspicacité et une certaine connaissance pratique des angiomes, comme celle qu'on acquiert dans notre service à l'hôpital des Enfants-Malades, pour éviter une erreur.
Le diagnostic de la grenouillette est en général aisé. En effet, à quelque origine qu'elle appartienne, une tumeur, sise au lieu d'élection des grenouillettes, transparente, non réductible, gênant la parole et la mastication, parfois même la respiration, quand la tumeur est très volumineuse, ne saurait être confondue avec un lipome ou un cancer.
Les tumeurs malignes sublinguales n'ont pas été d'ailleurs, que je sache, observées jusquici chez les enfants; quant au lipome, ses lobes multiples, la couleur de ses pelotons adipeux et sa mollesse caractéristique ne permettront guère l'erreur. Enfin les tumeurs du maxillaire inférieur auront pour caractère distinctif leur adhérence à l'os et la marche particulière aux affections osseuses.
Le traitement des grenouillettes sanguines sera celui des tumeurs érectiles. Vous savez comme je me trouve bien dans ce traitement des injections de liqueur de Piazza. Ce
GRENOUILLETTE. TRAITEMENT. àài
moyen a été combattu par plusieurs chirurgiens el en particulier par M. Després, sans qu'il me paraisse avoir donné des raisons suffisantes pour expliquer son opposition. .le comprendrais celle réserve, s'il s'agissait du perchlorure ilcicr qui détermine toujours un travail escharotique el quelquefois <lcs hémorrhagies secondaires, mais la liqueur de Piazza no mérite pas ce reproche. Elle ne produit que très rarement une eschare, et cotte eschare-, quand elle existe, se détache très vile.
Quanl au traitement des kystes salivaires, quelle qu'en soit l'origine (la glande sous-maxillaire ou les glandes sublinguales), noire objectif sera : donner un libre cours à la salive, soit en détruisant l'obstacle, que celuici tienne à un calcul ou à toute autre cause, soit en détournant le cours de l'excrétion salivaire.
Le meilleur moyen d'obtenir ce dernier résultat est de créer une fistule, soit à l'aide du séton filiforme de Physick (de Philadelphie) et de Laugier (fig. 50), passé à travers le kyste, avec une longue aiguille à suture, soit au moyen du tube à drainage de Cliassaignac, que ce dernier- chirurgien passait à l'aide d'un trocart courbe. Il ne faut pas s'effrayer des suilos de cette intervention et craindre de produire des fistules inguérissables. Les plaies de la bouche n'ont que trop de tendance à la cicatrisation précoce, car cette tendance est. comme nous allons le voir, un des principaux obstacles qu'on rencontre dans les diverses méthodes employées pour
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Figure 50. — Traitement de In grenouillât! e pur le séton. Usage du pavillon de la sonde cannelée.
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la cure de la grenouillette. Le chirurgieiudes enfants est averti de cette tendance en plus d'une occasion et souvent aussi y trouve un adjuvant précieux. Que de fois, pour mon compte, n'ai-je pas été appelé pour des accidents qui mettaient les parents dans le trouble le plus grand ! Un enfant, tombant la figure sur un manche de pelle, ou sur une baguette de cerceau, qui lui était entrée dans la bouche, avait le voile du palais complètement divisé. J'ai vu des plaies très étendues, consécutives aux mêmes causes, et je les ai toujours vues se cicatriser bien etpromptement.
Citons pour mémoire, parmi les procédés appliqués à l'opération de la grenouillette, l'excision, moyen insuffisant, parce que les lèvres de la plaie, en se rapprochant trop tôt, permettent la formation d'une nouvelle tumeur : le bouton de chemise perforé de Dupuytren, destiné à obvier à cet inconvénient en maintenant une fistule ouverte, mais qui a aussi son inconvénient, celui de s'échapper à chaque instant.
Le procédé de Jobert et celui de Barrier ont été élaborés très ingénieusement, pour donner des résultats durables.
Le premier, auquel son auteur à donné le nom bizarre de batrachosioplastie, se réduit à inciser la muqueuse largement et à la disséquer dans une certaine étendue, par-dessus le kyste, à ouvrir ensuite le kyste sous-jacent, suivant une incision parallèle à celle de la muqueuse, à le vider du liquide qu'il contient et à suturer ensuite, avec soin, chacune des deux lèvres de la plaie muqueuse avec la lèvre correspondante de la plaie du kyste. Le second procédé, celui de Barrier, est d'une exécution délicate, mais donne des résultats très durables, et laisse bien loin derrière lui, dans l'espèce, tous les autres moyens plus faciles, trop souvent usités, comme la cautérisation, les injections irritantes et surtout l'extirpation. Ce procédé consiste à tailler, à la partie supé-