LE CANAL DÉFÉRENT ET L'INFECTION GONOCOCCIQUE
Clinique. — On sait que le premier signe de l’épididvmite aiguë est l'apparition d'une douleur dans le bas-ventre; celle-ci, causée par une Iymphangite, partie de l’urètre postérieur et gagnant le testicule, occupe ensuite la région inguinale et descend dans le scrotum. À ce moment, la lymphangite est parvenue au carrefour épididymo-déférentiel après avoir remonté en totalité le canal déférent.
Dès lors, ce canal est légèrement augmenté de volume, donnant une sensation particulière d’empâtement ; sa sensibilité est extrême au niveau de Fanse épididymo-déférentielle. Concurremment, on peut percevoir entre l’épididyme et le canal déférent un cordon dur, sensible, remontant vers le canal inguinal et qui, pour Delbet, serait dû à une lymphangite indépendante du canal déférent et probablement secondaire à la lésion épididymo-déférentielle.
Très rapidement les douleurs augmentent en même temps
que le gonflement s'accroît ; la queue de l’épididyme, l’ori-
gine du canal déférent, le cordon des Iÿmphatiques intermédiaires et Le tissu cellulaire environnant se fusionnent en une masse empâtée, trop douloureuse pour que l'exploration et la reconnaissance des divers éléments la constituant soient possibles ; le processus phlegmoneux s'accentuant, il n'existe bientôt plus, en arrière du testicule, qu'un bloc infiltré plus où moins bien limité, suivant les cas, dans lequel viennent se perdre la partie supérieure de l’épididyme et le canal déférent.
L'exploration de l’anse d’origine du déférent est encore rendue plus pénible du fait de la généralisation, au tissu cellulaire des bourses et à la peau, des phénomènes phlegmoneux : le serotum à cette période est, en effet, roue,
œdémateux, adhérent aux parties profondes.
Nous ninsisterons pas davantage sur l’évolution de l'affection, n'ayant pour but que la description des phénomènes ayant pour siège le canal déférent.
Après une semaine el souvent davantage, en même temps que s'amendent les phénomènes généraux, épididyme et canal déférent se dépouillent peu à peu de leur gangue inflammatoire ; les lésions régressent d’abord assez rapidement dans les parties hautes de l'appareil épididymo-déférentiel, alors qu'il faut près d'un mois pour que la queue de l’épididyme et l’origine du déférent deviennent nettement percetibles ; ces parties restent d’ailleurs plus volumineuses qu'auparavant, constituant un noyau d’induration quelquefois si considérable qu'il a pu être pris pour de la tuberculose de l’épididyme.
À côté de cette forme grave se placent des formes légères,
caractérisées par la moindre intensité de tous les phéno-
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mènes. En ce qui concerne le canal déférent, elles n'offrent
rien de particulier.
Anatomie pathologique. -— J)ans une étude, basée sur l'examen microscopique de six pièces enlevées au cours d'essais d’abouchement déférento-testiculäire, Delbet et
Chevassu étudient successivement : 1° Le noyau épididymo-déférentiel ; 2° L’épididyme au-dessus du noyau ; 3° Le canal déférent au-dessous du noyau ;
4° Le testicule.
Seuls les paragraphes 1 et 3 sont susceptibles de nous
intéresser.
La participation du déférent à la constitution du ncyau épididymo-déférentiel. — (Constitué par une infiltration inflammatoire du tissu conjonctif de la région, le noyau est dû surtout à des lésions de périépididymite, mais aussi et à un degré moindre à des lésions de péridéférentite.
Ces lésions de péridéférentite peuvent d'autant mieux donner l'impression d’un noyau induré qu'à son origine le canal déférent est extrêmement sinueux ; les diverses sinuosités déférentielles, agglomérées les unes avec les autres, forment alors une masse compacte qui se fusionne à son extrémité avec le noyau épididymaire.
Les lésions d'infiltration du côté du canal déférent ne sont jamais comparables aux lésions d'infiltration périépididymaires et le canal, pour sa portion rétro-épididymaire, disparaît le plus souvent dans la zone d'infiltration qui rayonne autour de l’épididyme.
A mesure que l'infection diminue, l’infiltration rétro-
rer
cède ; le canal déférent, en même temps que l’épididyme, se dépouille de sa gangue inflammatoire ; cependant, à la partie postéro-inférieure du testicule, subsiste un bloc inflammatoire dont la partie la plus reculée est de toute évidence purement déférentielle, accolée à la queue de l’épididyme située immédiatement en avant : les deux organes semblent confondus sur un centimètre de trajet. 1
À un stade plus avancé, ce bloc inflammatoire perd encore de son volume ; dès lors, les deux organes se reconnaissent facilement, formant l’anse épididymo-déférentielle dont Reclus à signalé la valeur diagnostique. Finalement, il ne reste qu'un noyau constitué surtout aux dépens de l’épididyme, mais la prédominance déférentielle est également
possible dans certains cas.
Le canal déférent au-dessous de l’obstacle. — Le canal déférent n'est jamais normal. Il existe souvent des traînées de lymphangite le long de la surface externe du canal. Dans l'épaisseur même de la paroi musculaire existent des Ivmphatiques bourrés de leucocytes.
Au-dessous de l’épithélium se rencontre une infiltration leucocytaire généralement restreinte, mais toujours appréciable.
Les modifications habituelles de l’épithélium sont les sui-
vantes
Disparition de la couche des hautes cellules à cils vibratiles ;
Remplacement par plusieurs couches de cellules plus basses sans cils ;
Chute par places de l’épithélium ;
Décollement par places de cet épithélium, créant des sortes
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de bourgeons épithéliaux s’anastomosant les uns avec les autres et au-dessous desquels s’insinuent des diverticules de la lumière canaliculaire ; | La lumière du canal est vide, ses limites sont irrégulières. Elle peut renfermer des cellules épithéliales ou des leucocytes, jamais de spermatozoïdes. ÿ Ces lésions sont d'autant plus accusées qu’on se rap-
proche de l’origine du canal.
Observations
Voici les observations rapportées dans le mémoire de Delbet et Chevassu.
Obs. 1. — Le canal déférent est plongé dans une gangue de tissu conjonctif qui présente une infiltration leucocytaire appréciable (mononucléaires), essentiellement localisée autour des vaisseaux sanguins.
La paroi musculaire du canal semble à peu près normale ; elle présente cependant quelques vaisseaux Iymphatiques dilatés et bourrés de leucocytes qui cheminent obliquement de la profondeur du muscle vers sa superficie pour venir déboucher dans d’autres canaux, parallèles à la direction du déférent et directement accolés à sa paroi.
La couche musculaire est bordée, en dedans, par une couche épaisse d'infiltration leucocytaire ; linfiltration s'avance jusqu à la lumière du canal déférent et, en bien des points, c’est elle qui borde directement la lumière. Mais la desquamation épithéliale n'est pas partout complète ; on arrive à retrouver par places deux ou trois assises de cellules épithéliales cubiques à gros noyau, sans cils ; entre
ces cellules s’insinuent de nombreux leucocytes, des poly-