I. - PANCRÉAS ANNULAIRE
On désigne sous le nom de pnni-réns annulaire une conformation particulière de la glande, dont la tète augmentée de volume entoure et enserre comme un anneau la portion verticale du duodénum. Cette disposition, a dit J. Bieckel, serait comparable au goitre annulaire. II n'y a pas lieu d'insister sur cette malfor-
matioa qui est très rare et très mal connue, car oa n'a guère eu l'occasion de l'étudier que sur des sujets morts, c'est-à-dire à l'autopsie.
J'ifi rilê, dans mon article du Traim de chirurgie de Le Dentu et Pierre Del bet, les observations d'Ecker (i862\, de J. Symington (1885). d'A. Genersisch (1890), auxquelles je pois ajouter celle de Sandras.
Ecker a constaté, sur le cadavre d'un jeune bomme. que la tête du pancréas envoyait un prolongement qui entourait comme un anneau la portion descendante du duodénum. L'intestin était rétréci en ce point et dilaté au-dessus.
Symington a trouvé, à l'autopsie d'un adulte, le bout supérieur de la portion descendante du duodénum entouré par un anneau de tissu pancréatique. La partie rétrécie mesurait un demi-pouce de diamètre; au-dessus et au-dessous de cette partie rétrécis, l'intestin avait triplé de volume.
Genersisch reconnut, à l'autopsie d'un jeune homme de trentesept ans, mort de pneumonie double, que la tête du pancréas, très augmentée de volume, formait autour de la portion descendante du duodénum un collier de :i-i centimètres de hauteur. Ce collier recevait en arrière une branche de l'artère pancréaticoduodénale et laissait échapper en avant une veine qui allait se jeter dans la mésaraïque supérieure. A sa partie postérieure venaient aboutir les conduits hépatique et cystique qui se réunissaient pour former le cholédoque; celui-ci, ainsi que le canal de Wirsung, débouchaient ix l'ampoule de Vater. L'iutesUn était séparé de l'anneau pancréatique par un tissu cellulaira lAche; sa lumière laissaità peine passer le pouce. Le duodénum etl'estomac élaient dilatés au-dessus du rétrécissement. Suivant la remarque de Genersisch, le duodénum peut être rétréci alors même que l'anneau pancréatique est incomplet.
A l'ouverture de l'abdomen, chez un vieillard âgé de soixantedix ans. et après avoir soulevé l'estomac et abaissé le câton, Sandiasput constater l'existence d'une masse qui faisait partie du pancréas dont elle présentait les caractères extérieurs. Cette masse adhérait intimement â la portion descendante du duodénum qu'elle entourait d'un anneau complet mesurant 3 cm. 5 de hauteur. L'intestin semblait s'être creusé un canal en plein parenchyme pancréatique; dans ce trajet caché il était nettement rétréci, tandis qu'il était légèrement dilaté au-dessus. La masse glandulaire recevait une artère de l'hépatique et était parcourue sur ses deux faces par des anastomoses des deux anses pancréatico-duodénales, antérieure et postérieure ; ses veines allaient se jeter dans la mésaraïque supérieure.
Ces cas ne sont pas assez nombreux pour permettre de tenter une description c/iniçue de l'affection, qui reste jusqu'à présent une curiosité de laboratoire a natomo- pathologique et une indication pour des recherches expérimentales i venir, destinées h éclaircir sa pathogénie, car il n'y aurait rien dimpossible à ce que le pancréas annulaire ne soit qu'une conséquence de la pancréatite chronique!
Par suite le dioqnoslir du pancréas annulaire sera impossible; si la lésion est assez accentuée elle peut évidemment amener des troubles fonctionnels; mais en raison des lésions anatomiques constatées à l'autopsie on ne peut supposer qu'une chose : c'est qu'on se trouverait probablement en présence d'accidents tout à fait analogues à ceux dus à un i-'^lrriissejnent inleslinal supérieur, haut placé, c'est-à-dire en somme à ceux qu'on observe d'ordinaire dans les rètn'chsemenfs du pylore. Par suite on hésitera forcément entre les différents rétrécissements rancérrux ou fibreux, mais surtout le rùatriciel. D'autre part les pancréaliles chroniques seront Tacilement confondues avec le pancréas annulaire. Mais alors comment distinguer ces rétrécissements do siège différents l'un de raulre?Cela parait impossible pour l'instant, et dans l'état actuel i!e nos connaissances, il faut se résoudre à n'avoir confiance qu'en la laparotomie explornlricp. Et encore, dansées conditions, on pourra prendre surtout une pancréalite chronique et un rétrécissement fibreux du pylore pour un pancréas annulaire; mais on peut faire aussi confusion avec une tumeur malUjne pylorique ou parapylorique, cancer ou autre, avec ou sans eclasie gastrique, avec un cancer du pancréas.
J'ajoute que Sandras et Slraud ont observé chacun un cas de développement anormal de la queue du pancréas. Je ne connais pas le cas de Slraud. Dans le cas de Sandras, la tèle du pancréas, enclavée entre les trois portions du duodénum, n'affectait avec cfit organe que des rapports de contiguïté; le tissu glandulaire ne pénétrait pas dans les parois intestinales. Cetto léle élail recouverte sur sa face antérieure par le péritoine, qui lui formait un roéso-vasculaire, la reliant à la colonne vertébrale. Quant à la queue, elle présentait une disposition curieuse rappelant le pancréas aimulaire. En effet, arrivée au hile de la rate, au lieu de s'arrêter, la queue du pancréas se relevait de plus en plus, tout en diminuant de hauteur; elle passait au-devant du bord antérieur de la rate, contournait ce bord, puis, s'incurvant sur ellemême, elle recouvrai! sa face externe sur une étendue de 2 centimètres. 11 en résultait que le ligament gastro-splénique avait été refoulé et que l'épiploon pancrëatico-splénique avait acquis une longueur considérable.