LÉSIONS DE LA MUQUEUSE INTESTINALE
jamais observé ces caractères de répithélium en dehors des tumeurs cancéreuses. Les six cas de Hauser étaient accompagnés de cancers de l'intestin, et l'auteur admet lui-même que les plus gros polypes avaient tous subi la transformation cancéreuse. N'en était-il pas ainsi pour les plus petits, qui répondaient à peu près à la même description histologique ? Déjà Wulf observe des adénomes multiples dont quelques-uns seulement ont subi la transformation cancéreuse ; il nous fait remarquer que les deux types de glandes coexistent parfois dans le même polype ; Handford nous rapporte un cas analogue. Dans une observation personnelle, également accompagnée de cancer, nous remarquons, dans la partie profonde de nos polypes, des glandes adénomateuses, et dans la partie superficielle, les formes décrites par Hauser ; cet auteur signale lui-même une disposition semblable : « Parfois, dit-il, les altérations épithéliales que nous venons de décrire sont limitées avec une précision remarquable à la partie supérieure de la glande, alors que la portion inférieure conserve absolument l'aspect normal. » Ne devient-il pas dès lors rationnel de penser que les adénomes décrits par Hauser avaient subi la transformation épithéliomateuse ?
Nous avons peu de chose à dire sur le pédicule des polyadénomes ; sa structure se modifie évidemment suivant sa forme et son volume. Dans nos divers examens, nous l'avons trouvé revêtu d'une muqueuse bien conservée et peu modifiée ; le tissu conjonctif central était constitué par un prolongement de la sous-muqueuse, contenant quelques fibres musculaires lisses et de nombreux vaisseaux se dirigeant vers la tumeur.
Lésions de la muqueuse intestinale. — Les lésions de la muqueuse ont été peu étudiées. Desnos, dans un cas de j)olypose sans cancer, la trouve rouge et épaissie. Hauser, dans deux cas de polypose accompagnée de cancer, dit qu'elle est injectée et atrophiée. Dans une observation personnelle, nous avons remarqué dans toute l'étendue du gros intestin, etloinpar conséquent de toute production cancéreuse oupolypeuse une atrophie très accentuée de cette muqueuse avec destruction partielle des glandes, infiltration du tissu conjonctif et disparition presque complète de l'épithélium glandulaire ; les capillaires étaient fortement dilatés. Dans le voisinage des polypes, ces lésions étaient plutôt moins accusées;
nous croyons donc qu'elles étaient dues à la diarrhée chronique plutôt qu'à l'influence directe de la polypose.
Dans son dernier cas, Hauser signale au contraire une hypertrophie marquée de la muqueuse, avec allongement et ramification des tubes glandulaires; mais les polypes étaient extrêmement nombreux et avaient subi la transformation cancéreuse ; il est difficile dans ce cas de faire la part des adénomes et celle du cancer. Nous pensons toutefois avec cet auteur que les replis de la muqueuse portant des productions polypeuses sont généralement épaissis; les glandes nous ont paru légèrement augmentées delongueur, sans présenter d'ailleurs d'autres modifications.
Lésions des autres organes. — Les diverses lésions des organes rencontrées à l'autopsie ne nous ont pas semblé avoir de lien avec la polypose. Nous mentionnerons seulement que Desnos, Tachard, Guillet et Wulf ont rencontré la tuberculose pulmonaire chez les malades atteints de polyadénomes ; nous devons ajouter que, dans le premier cas au moins, la tuberculose s'était étendue à l'intestin^ où elle peut avoir agi comme cause prédisposante.
Origine et Évolution. — On rencontre ordinairement dans les cas de polypose intestinale des productions adénomateuses à toutes les phases de leur évolution ; il est donc relativement facile d'en suivre le développement .
Le point de départ du néoplasme paraît être une région de la muqueuse relativement saine, contrairement à l'opinion de Rokitansky (1) d'après lequel les polypes multiples prendraient naissance sur les bords d'ulcérations causées le plus souvent par la dysenterie chronique. Sans nier l'influence prédisposante des inflammations persistantes de la muqueuse intestinale, nous devons reconnaître, et c'est aussil'avis de Hauser, qu'on observe au niveau des plus petits polypes une intégrité à peu près complète de la muqueuse.
Dans les polypes de la plus petite taille, on voit que les glandes sont simplement un peu plus allongées qu'à l'état normal; elles sont rarement ramifiées, mais se segmentent suivant leur longueur, ainsi qu'en témoi-
(1) E.OKITANSKY. Handhueh chr sjpeeidlcii path. Anatomie.'Wieu, 1842, Bd. II, S. 263.