ÉVOLUTION
muqueuse normale, mais ils sont élargis et très ramifiés. L'épithélium cylindrique présente tous les caractères décrits dans la variété précédente : en certaines régions, on ne retrouve que des cellules caliciformes à peu près typiques, en d'autres points, il n'y a que des cellules cylindriques épitliéliomateuses sans traces de mucus ; enfin en certains endroits, il y a des cellules épitliéliomateuses contenant de petites cupules muqueuses àleur partie supérieure, ou bien l'on aperçoit un mélange des deux variétés cellulaires précédentes. Dans cette variété de tumeurs villeuses, les éléments épitliéliaux ne paraissent point disposés suivant un ordre déterminé, bien que les cellules caliciformes soient localisées de préférence dans les culs-de-sac glandulaires.
En résumé, les tumews villeuses sont, aupoint de vue histologique, des épithéliomes cylindriques présentant une remarquable tendance à garder, à un degréplus ou moins marqué^ les caractères primitifs des éléments dont ils dérivent. Cette tendance se manifeste dans le tissu interstitiel dont la structure primitive n'est pas modifiée sensiblement et dans le tissu épithélial, qui renferme un mélange d'éléments épithéliomateux et d'éléments glandulaires plus ou moins normaux, avec de nombreuses formes de transition entre ces deux types extrêmes.
Il est intéressant de signaler avec Hauser (1) que, dans les diverses observations de tumeurs villeuses, on n'a point encore signalé d'infections ganglionnaires ou viscérales. Cependant, notre premier malade succomba un an après l'opération avec les signes d'une affection hépatique au moins suspecte, et comme d'autre part les observations d'AUingham établissent la transformation possible en carcinome, il faut se contenter de noter la rareté sinon l'absence des infections néoplasiques à distance.
Evolution. — Nous avons dit que les tumeurs villeuses doivent être considérées histologiquement comme des épithéliomes cylindriques ; nous constaterons tout à l'heure que leur évolution confirme cette manière de voir. Nous devons auparavant rechercher leur mode d'origine.
Les formes sessiles se développent incontestablement sur la muqueuse
(1) Hauser. Loo. cit., p. 30.
TUMETJliS VILLEUSES
rectale. Peut-être y aurait-il lieu de se demander si ce développement ne se fait point sur de fines productions papilliformes d'origine inflammatoire ; mais à un examen quelque peu approfondi, on se rend compte aisément que ni la structure des papilles de ces tumeurs, ni leur groupement tout à fait spécial en une région bien limitée d'une muqueuse souvent saine, ne peuvent cadrer avec cette hypothèse. Le développement est donc vraisemblablement direct sur la muqueuse elle-même.
Pour les tumeurs villeuses pédiculées, la question est moins facile à résoudre. Il semble rationnel de leur attribuer une origine adénomateuse. Cependant, on pourrait soutenir aussi, au moins pour certains cas, que l'épithéliome villeux s'est développé d'emblée sur une région saine de la muqueuse, arrivant par la suite et à la faveur de sa lente évolution à se pédiculiser plus ou moins en entraînant avec lui des portions de glandes encore plus ou moins normales. L'épithéliome, en un mot, serait primitif, comme cela a lieu pour les tumeurs villeuses sessiles, au lieu d'être secondaire. Nos examens histologiques ne nous paraissent point encore suffisants pour trancher cette question ; on expliquerait peut-être mieux par la seconde hypothèse que les tumeurs villeuses ne soient souvent pas accompagnées d'autres productions adénomateuses. Mais en faveur de la première opinion, nous mentionnerons que l'on a plusieurs fois observé, chez certains malades, la coexistence d'adénomes à surface lisse de petite taille et de véritables tumeurs villeuses, avec des adénomes plus ou moins papillaires constituant des termes de passage. Il ne faudrait point conclure de ce seul fait en faveur de l'origine adénomateuse des tumeurs villeuses pédiculées : plusieurs auteurs considèrent, en effet, les adénomes villeux comme des tumeurs bénignes ne différant, point des adénomes ordinaires (i). Rokitansky (2) envisage les tumeurs papillaires comme étant tantôt des tumeurs bénignes, tantôt des carcinomes à structure dendritique, et il donne à ces derniers le nom de cancers villeux. Hauser (3) et d'autres auteurs allemands décrivent d'une
(1) Kelsey. Adénopapillomes du rectum. New- York med. Journ, 7 août 1886, et Fink. Multiple Adenom. des Mastdarms als Tir sache fur Carcimm. Inaug. Dissert. Greifswald, 1894.
(2) Rokitansky. Zottenhrehs. Lehrluch., I, S. 170.
(3) Hausse. Bas eylinden'p. Carc. des Magens u. d. Dichdavms , léna, 18% (Carcinome de rS iliaque et carcinome de l'estomac).