VI. — Traitemeiit palliatif
En présence d'un cancer du rectum inextirpable, à évolution lente et ne s'accompagnant pas d'accidents, on peut, soulager les malades par un simple traitement médical bien dirigé.
Des laxatifs légers amènent une garde-robe quotidienne. Le lait, les œufs, l'absorption d'antiseptiques intestinaux, de larges irrigations rectales avec des solutions boriquées ou naphtolées suffiront pour rendre aux malades leur situation tolérable pendant un certain temps. Nous avons maintes fois pu constater le fait chez les cancéreux que nous avons eus à traiter. Les envies incessantes qui tourmentent tellement les malades et les privent souvent de sommeil, sont parfois calmées par l'usage des suppositoires suivants :
Extrait de jusquiame 1 centigr.
Chl. morphine 1 —
Beurre de cacao 2.5 —
Lorsque malgré ce traitement les symptômes reparaissent, il faut, sans attendre l'arrivée des phénomènes d'obstruction, recourir à une intervention opératoire.
Les opérations palliatives se rangent sous trois chefs :
1° Opérations ayant pour but d'élargir directement le passage rétréci par la tumeur ;
2° Opérations destructives des bourgeons néoplasiques ;
3° Opérations détournant le cours des matières.
i" La rectotomie linéaire^ préconisée par Verneuil et par Trélat au Congrès de Copenhague en 1884, est aujourd'hui à peu près abandonnée. Les résultats immédiats sont bons, mais le passage est bientôt obstrué par des végétations nouvelles. De plus, elle n'est possible que dans les cas où l'on peut dépasser la sténose avec le doigt. Enfin elle ne préserve pas le cancer du passage des matières et ne diminue en rien les écoulements. Aussi n'est-elle applicable qu'aux cas où il existe des foyers puru-
CANCER
lents périrectaux se vidant mal ; alors elle a ponr objet la complication du cancer plus que le cancer lui-même.
2° Les opérations destructives de la tumeur (cautérisations actuelles ou potentielles, curettage) facilitent aussi le cours des matières et rendent le ténesme moins pénible, en même temps qu'elles diminuent l'écoulement. Mais leur action est de courte durée et elles ne sont pas exemptes de danger. Le curettage est encore aujourd'hui préconisé par A. Adler et par Kûstner qui veut qu'on le renouvelle toutes les huit à dix semaines. Esmarcli le fait suivre d'une cautérisation au thermocautère. Ce curettage a été été suivi d'accidents, hémorrhagie intense entraînant le collapsus (Esmarch), septicémie aiguë (Kocher), péritonite (Gzerny, Kûstner), etc. Ces dangers joints à la courte durée de l'amélioration, encouragent peu à y recourir.
Nous croyons cependant que le curettage peut rendre des services dans certains cas bien déterminés, s'il est associé à l'anus iliaque: c'est lorsqu'il s'agit de cancers peu élevés, infiltrés, avec écoulement abondant. Le curettage dans ces cas précis n'a plus pour but d'élargir le conduit rectal, il intervient pour rendre possible lé nettoyage d'une plaie infecte et la débarrasser de bourgeons saignants et suppurants; il est, en un mot, l'analogue du curettage dans le cancer de l'utérus. La curette ne doit agir que sur un segment rectal sous-jacent au cul-de-sac péritonéal.
Pour pratiquer cette opération, on commence par dilater l'anus sous le chloroforme, puis on enlève à la curette les parties ramollies, et on termine par une thermocautérisation des surfaces mises à vif, moins saignantes cependant qu'on ne le croirait a priori^ et dont on assure du reste l'hémostase par un tamponnement iodoformé.
3" Le vrai traitement palliatif du cancer du rectum est la colostomie iliaque, dont la supériorité sur les autres variétés d'anus artificiel est bien établie depuis les travaux de Verneuil et de Reclus. Nous ne décrirons pas ici le manuel opératoire de la colostomie iliaque qui sera exposé dans un chapitre spécial (1) ; nous nous bornons à remarquer que
(1) Voir dans le 3° volume Technique de la Colostomie .