‹ Chirurgie du rectumChapitre 42 sur 45 · ULCÉRATIONS DYSENTÉRIQUES · texte numérisé non relu

ULCÉRATIONS DYSENTÉRIQUES

muqueuse. Cette opinion est partagée par un certain nombre de médecins, pour lesquels il est des dysenteries spécifiques et d'autres non spécifiques. D'autres, au contraire, acceptent encore Tunité de la dysenterie (1).

On comprend par ce bref exposé qu'il nous soit difficile de donner une description nette des ulcérations dysentériques. Nous sommes obligés jusqu'à nouvel ordre de nous borner à décrire les ulcérations qu'on a constatées dans le rectum, au cours et à la suite « d'affections dites dysentériques ». Dans ces affections, le gros intestin est exclusivement atteint par le processus ulcéreux, et le rectum un siège de prédilection des altérations (2).

Les ulcérations dysentériques sont parfois petites, analogues à des aphtes, comparées encore à des chancres mous avec leur forme arrondie et leurs bords taillés à pic; ailleurs, elles atteignent les dimensions d'une pièce de 50 centimes, ou plus encore, quand elles résultent de la confluence de plusieurs petites pertes de substance. Elles sont la conséquence d'une élimination d'une eschare sèche intéressant plus ou moins profondément la muqueuse, ou même d'une gangrène rapidement étendue à la totalité d'un segment intestinal. Le phénomène essentiel est donc une nécrose sèche (3) de la muqueuse intestinale et d'une partie de la sous-muqueuse, l'ulcération, une phase de l'évolution qui peut être curative si la cicatrisation est au bout. Les cicatrices sont de forme variable, souvent ardoisées, analogues à des cicatrices de brûlure (4).

C'est lorsque la réparation manque qu'est constitué le véritable ulcère dysentérique du rectum. Cette terminaison est-elle fréquente, voilà ce qu'il n'est pas aisé d'établir : d'une part, en effet, la tuberculose avec ses localisations intestinales peut venir compliquer la dysenterie ; d'autre part, il arrive souvent que le malade donne le nom de dysenterie à un

(1) Voyez Calmettes. Arch. de méd, nav. et coloniale, Paris, oct. 1893, t. LX, p. 207.

(2) Voyez en particulier les autopsies relatées dans le mémoire de Catteloup. Arifh. de méd., chir. et pharm. milit., 1851^ 2« sérient. VII; dans Haspel, Traité dej/ maladies de l'Algérie, 1852, p. 1 ; dans BÉBENGER-FÉBAUD, Traité des maladies des Européens aux Antilles, 1881, t. II, p. 1.

(8) Eelsch et ElEKEB. Traité des maladies des pays chauds, Tari», 1889. (4) Baballieb. I>iet, de méd, et chir. prat.^ art. : Dysenterie, t. XI, p. 713.

408 ULCBRATION8

ensemble de symptômes (ténesme, écoulements purulents et sanguins) correspondant non à une dysenterie véritable, mais à une ulcération rectale de nature quelconque.

Ces remarques ne visent, bien entendu, que la fréquence (1) des ulcères dysentériques, et non leur réalité, qui est incontestable, et acceptée par tous les classiques. Annandale (2) cite Texemple d'un ulcère rectal observé chez un officier : cet ulcère avait un cercle déprimé, des bords durs, une surface non douloureuse au toucher, il occasionnait du ténesme et de la diarrhée depuis trois ans.

Martin de Gimard (3) rapporte l'histoire d'un malade chez lequel apparut une diarrhée chronique plus de deux ans après une attaque de dysenterie contractée au Tonkin; à Tautopsie, on trouva dans le gros intestin les lésions types de la dysenterie : PS iliaque n'était qu'une vaste ulcération, les lésions rectales étaient larges, profondes, irrégulières ; quelques ulcérations étaient cicatrisées.

Les relations d'ulcères chroniques du rectum d'origine dysentérique sont en somme en nombre insuffisant pour permettre d'en tirer une description satisfaisante et complète.

Nous rapprochons des ulcérations post-dysentériques celles qu'on peut voir survenir à la suite de diarrhées coloniales « peut-être spécifiques ». M. le professeur Robert (4), du Val-de-Grâce, en a observé quelques exemples chez des officiers coloniaux. Répétons en terminant que l'ulcération qui survit à l'entérite spécifique peut bien avoir perdu toute spécificité, et n'être plus qu'un ulcère banal soumis aux mêmes alternatives qu'une solution quelconque de continuité du rectum.

4® Ulcérations produites par l'action de substances toxiques. — Parmi les substances toxiques qui déterminent la production d'ulcéra-

(1) La dysenterie doit être une 'cause rare d'ulcération rectale, sinon ]a maladie serait plus commune qu'elle n'est dans les pays où la dysenterie est si prédominante. V. Buben. Archives of med., 1879, t. II, p. 231.

(2) Ankandalb. Brit. med, Journ.^ 1872, t. II, p. 681.

(3) Mabtin de Gimabd. BuLL de la Soc, anat,, Paris, 1885, p. ô47. Voy. aussi Mabib, Ulcérations d'origine dysentérique. Ibidem^ 1893, p. 95. Malheureusement, l'histoire clinique manque.

(4) Ck)mmunication orale.

ULCÉRATIONS URÉMIQUES 409

tions dans le rectum, nous devons signaler spécialement le carbonate d'ammoniaque et les sels de mercure.

Ulcérations urémiques. — Les ulcérations par l'action du carbonate d'ammoniaque s'observent dans l'urémie (1).

Après Bright, Luton et surtout Treitz (2) ont insisté sur les altérations gastro-intestinales qui dépendent de l'urémie, et que ce dernier auteur attribue, avec de bonnes raisons, à l'action du carbonate d'ammoniaque sur la muqueuse digestive (3).

Ces lésions s'étendent à toute la muqueuse gastro-intestinale, y compris la muqueuse rectale. Elles se manifestent sous forme d'ulcères profonds atteignant parfois la musculaire, à grand axe longitudinal, d'aspect furonculeux, résultant de Télimination d'une eschare. Autour d'eux la muqueuse est rouge, tandis qu'à distance elle est pâle et comme lavée. Ces altérations sont susceptibles de guérison et laissent derrière elles une cicatrice ardoisée.

Ulcérations par les sels de mercure. — L'usage répandu du sublimé soit dans les salles de chirurgie, soit dans les services d'accouchement, a permis d'observer un certain nombre de ces altérations. Il est remarquable, en effet, que le gros intestin soit le siège préféré des lésions ; l'intestin grêle est tantôt indemne, tantôt partiellement atteint à sa terminaison dans le cœcum. Le rectum est presque toujours altéré : tantôt les lésions se bornent à une congestion avec œdème de la muqueuse et exfoliation de l'épithélium, tantôt il se produit une véritable nécrose de portions de muqueuse après infiltration préalable par une sorte d'exsudat diphtéroïde. L'élimination des parties nécrosées amène la formation d'ulcères arrondis, recouverts de croûtes jaunâtres, de dimensions différentes, pouvant atteindre 8 centim. de diamètre et plus (4).

Ces altérations intestinales ont été expérimentalement reproduites par

(1) On sait que Cl. Bernard a noté chez les animaux des altérations de la muqueuse intestinale à la suite de la ligature des uretères.

(2) Treitz. Ueberurâmische Darmafifectionnen, Vlertéljschr.f.praht.Heilh, Prag. 1859,t. LXIV, p. 143-198. — LUTOX. Des séries morbides. Th. de Paris, 1859, n^SS. — Mebklbn. Art. Urémie, Bict. cncycl. des se. méd., 6« sér., t. I, p. 111.

(3) Le point de départ serait dans les follicules clos.

(4) Nous empruntons ces détails à Fkaenkel, 1885. Ueber toxische Enteritis um Gefolge der Sublimatlôsung Behandlung. Aroh,/.path. Anat., Berlin, 1885, vol. 99, p. 276.

Prévost (1), Maier (2), Kauffmann (3), Charrin et Roger (4), Pilliel (5), Butte (6), elles se sont montrées avec les mêmes caractères d'entérite dysentériforme absolument comme dans les cas observés en clinique. Maier a montré par ses examens anatomiques que le rôle capital dans la production des ulcérations revient aux vaisseaux : les petits vaisseaux se dilatent au point de former parfois des dilatations anévrysmales ; des globules rouges et blancs sortent par diapédèse des capillaires et constituent des foyers hémorrhagiques . En même temps des thrombus oblitèrent la lumière des vaisseaux et amènent la nécrose des divers éléments de la muqueuse. Les cellules épithéliales, les glandes de Lieberkûhn s'atrophient ou subissent la dégénérescence graisseuse (7), les boyaux épithéliaux nécrosés s'éliminent et il ne reste plus que le stroma conjonctif des glandes.

Cliniquement, Tentérite mercurielle se révèle par de la diarrhée, des douleurs abdominales et du ténosme (8). La diarrhée est généralement profuse, s'accompagne d'une sensation de brûlure au niveau du rectum et de l'anus (9). Les matières sont grisâtres, fétides, souvent sanguinolentes, et renferment des débris de muqueuse.

Il est actuellement difficile de savoir si lorsque le malade guérit ces ulcérations sont susceptibles d'occasionner une atrésie de l'intestin.

Ulcère» simples*

Nous sommes convenus de désigner sous ce titre les ulcérations dont l'origine et la persistance sont indépendantes de tout agent

(1) Pbevost. Étude expérim. relative à l'intoxic. par le mercure. Revue méd, de la SuUte romande, Genève, 1882, p. 553.

(2) Maier. Experim. Stud. ueber Bleivergiftung. ^rc/t./wr^^A. Anat.^ 1882, n® 90, p. 455.

(3) KAUrFMAKN. Neuer Beit. z. Sublimatintoxic. Arch. /. path, Anat., 1889, t. CXVII, p. 227-47.

(4) Chabbin et Rooeb. Soc. de hiol., Paris, 1886, p. 359.

(5) PiLLiET et Cathblineau. Bull, delà Soc. anat., Paris, 1892, p. 690.

(6) DolAris et Butte. Soc. de hiol., 1880, p. 82, et Butte, Nout. Arch. d'ohst. et de gyn., 1886, p. 181.

(7) Maier. Loc. cit.

(8) Sans préjudice, bien entendu, des signes qu'on peut observer du côté des reins, de la boucbe, des téguments, etc.

(9) Tabnibe. De Vasepiie et de VafUUepsie en obstétrique^ Paris, 1894, p. 218.

Page 1