ARTHROPATHIES DANS LES LESIONS DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES
Etudiés par MM. Mitchell, Charcot, Couyba, Blum, Chipault, ces cas sont très rares ou constamment méconnus. Les faits récents manquent, et nous vivons presque exclusivement sur des observations anciennes.
Or les descriptions datant seulement de quelques années sont entachées d'erreur, parce qu'on ne faisait pas la part assez large aux arthrites infectieuses subaiguës. Ces arthropathies imputées à des lésions de troncs nerveux plus ou moins importants ont toujours été bénignes, caractérisées par un léger gonflement, par de l'enraidissement, la -tendance à l'ankylose fibreuse.
On les a vues survenir à la suite de plaies des nerfs, par coup de feu (Weis Mitchell), par éclat de verre (Blum).
Il se produit alors une névrite par infection directe, mais même dans des lésions aseptiques on pourrait observer de pareils accidents, témoin l'observation de Chipault, qui aurait vu une
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arthropathie du coude résulter de la compression du plexus brachial par un cal claviculaire. Des faits signalés récemment par Roger et Voisin {Presse médicale, 1903) peuvent en être rapprochés.
On n'a eu jusqu'ici jamais à intervenir pour traiter directement les dites arthropathies.
IL — ARTHROPATHIE HYSTÉRIQUE
« Il est, dit Charcot *, un grand fait dans l'histoire des névroses en général, et de l'hystérie en particulier qui montre bien que ces affections ne forment pas dans la pathologie une classe à part, gouvernée par d'autres lois physiologiques que les lois communes. C'est que leur symptomatologie se rap proche toujours et souvent très étroitement de celle qui se rattache aux maladies alésions matérielles. Et la ressemblance est parfois si frappante qu'elle rend le diagnostic des plus ardus ».
Ces données générales s'appliquent tout particulièrement aux manifestations articulaires de l'hystérie. Elles s'adaptent si bien certains signes couramment observés dans les arthropathies aiguës ou chroniques, qu'elles ont été pendant fort longtemps confondues avec elles, et qu'elles donnent lieu encore à des erreurs journalières. C'est surtout à cause de ces confusions fréquentes, de ces apparences qui les font considérer comme les conséquences d'un traumatisme, ou comme des tumeurs blanches, que le chirurgien est amené à s'occuper de ces affections. Ne pas les méconnaître, ne pas les aggraver en ignorant leur nature véritable, c'est le plus clair de son rôle.
Elles sont plus fréquentes qu'on ne pourrait le croire et l'on peut affirmer que souvent elles sont méconnues, qu'en dehors des milieux spéciaux on ne les cherche pas, ou ne les soupçonne pas assez. Cependant leur histoire, bien qu'elle commence
d Charcot. Leç. d'ouverture. Prog. méd. 1882.
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à une date récente est déjà très avancée, complète même sur bien des points, et les travaux de l'école de la Salpê trière ont si largement diffusé ces notions utiles, que les éléments du diagnostic ont été mis à la portée de tous, sans qu'il soit besoin d'aucune compétence spéciale en neurologie.
On retrouve dans les livres anciens et surtout dans les relations de faits merveilleux et de miracles des cas parfaitement typiques d'hystérie articulaire. Leur nature réelle n'était en aucune façon soupçonnée, et pourtant de tous les diagnostics rétrospectifs, il n'en est point que l'on puisse aujourd'hui affirmer avec autant de certitude. L'ignorance est demeurée complète à cet égard, jusque vers le milieu de ce siècle. En 1837, Brodie donne la première description de l'affection hystérique des jointures, description qui d'emblée en indiquait tous les caractères essentiels.
Parmi les très nombreux travaux qui ont paru sur cet intéressant sujet il convient de citer ceux de Coulson, de Briquet (1859), de Paget, de Verneuil, mais surtout ceux de Charcot et de ses élèves, Blocq ', Berres 2, Gilles de la Tourette3, Pitres4, les leçons cliniques de Trélat, deDuPLAY, etc.
De tout ce qui a été dit sur ce sujet, il résulte en premier lieu que la maladie que nous connaissons sous les termes d'arthralgie, d'arthrodynie, d'arthropathie hystérique est assez difficile à définir et même à désigner. Il s'agit d'un complexus symptomatique où la douleur et les contractures musculaires ont une part prédominante, ayant pour siège exclusif, ou pour centre la région occupée par une articulation. De lésion articulaire il n'y en a point, de phénomènes nettement articulaires il n'y en a pas non plus le plus souvent, la douleur ellemême est plutôt périarticulaire, en général même très superficielle. Quand on désigne cette affection du nom d'arthralgie on n'en donne qu'une idée plus qu'insuffisante. Contracture
1 Th. Paris.
2 Th. P., 1888.
3 G. de la Tourette. Traité de l'hystérie.
4 Pitres. Traité de l'hystérie.
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hystérique périarticulaire serait également imparfait. Il est impossible cependant de ne pas faire entrer en ligne de compte l'article autour duquel sont groupés les symptômes et auquel se rapportent en somme toutes les perturbations fonctionnelles. En appelant cette affection arthropathie hystérique, on ne se sert pas d'un trop mauvais mot; il a pour principal mérite d'être très vague, et ne pas fixer exclusivement l'attention sur un seul symptôme. Il y a en effet des variantes, selon la manière dont s'associent l'élément douleur et l'élément contracture ; il arrive que l'un des deux prédomine, mais il n'est pas absolument exact de ne faire intervenir qu'un seul de ces facteurs dans la désignation de la maladie.
Étiologie. — L'hystérie articulaire, disons-nous, n'est pas absolument rare. Mais il ne faut rien exagérer. Quand Brodie déclare que « dans les classes élevées de la société, les quatre cinquièmes des femmes qui se plaignent de maladies des jointures sont simplement atteintes d'hystérie », il semble obéir à cette impulsion singulière qui oblige les spécialistes à voir partout la maladie dont ils s'occupent. Cette assertion ne paraît cependant avoir encore choqué personne, car elle est fidèlement reproduite par presque tous les auteurs, qui ne formulant aucune réserve à cet égard semblent partager l'opinion de l'illustre chirurgien anglais. Il suffît d'y réfléchir un instant pour comprendre tout ce qu'elle a d'insoutenable, même en supposant que Brodie ait eu affaire à une extraordinaire série d'hystériques.
A la vérité l'abondance de pareils faits doit varier d'un pays, d'une race à l'autre, et selon le temps où l'on vit. Les hystériques suivent à leur manière le mouvement scientifique et s'adaptent aux progrès de la chirurgie. Ainsi depuis quelques années elles s'arrangent volontiers pour se rendre intéressantes par leurs organes pelviens; les maladies articulaires sont démodées et les tentent beaucoup moins. Il y a donc de ce chef quelques sujets perdus pour l'arthralgie.
Dans les services où les hystériques sont accumulées et cultivées, les arthralgies sont d'observation courante. Dans les
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hôpitaux ordinaires, on les rencontre dans une faible proportion, par rapport aux autres affections des jointures ?i bien que dans un service de chirurgie, on n'en voit guère plus de deux ou trois cas par an.
Le milieu y est pour quelque chose. Dans ce monde de pauvres gens, les névropathes sont rares.
Ils sont rares mais ne font pas défaut; l'hystérie ne choisit pas seulement ses sujets dans les classes dites cultivées, ni dans le sexe féminin. On voit avec surprise les manifestations qui nous occupent se montrer parfois chez des individus très robustes, que leur origine ni leur profession ne semblent en rien prédisposer à de tels accidents.
Souvent l'arthropathie est la première marque frappante- de l'hystérie, la névrose étant jusque-là sinon latente et complètement dissimulée, du moins inaperçue ou réduite aux proportions tolérables de simples bizarreries, colères ou crises de larmes, cà ses formes vénielles. La cause déterminante est fréquemment un traumatisme léger ou grave. On en a pris prétexte pour décrire une névrose traumatique, différente de l'-hystérie. Le traumatisme agit comme agent provocateur, et* l'arthralgie est une des variétés de l'hystéro-traumatisme, groupe qui comprend trois catégories de phénomènes, la paralysie flasque, la paralysie avec contracture, la contracture avec douleur qui est précisément la maladie dont nous nous occupons.
Les circonstances dans lesquelles se produit l'accident sont parfois de nature à produire une impression profonde; c'est un train qui déraille, une voiture qui verse, c'est une explosion, une catastrophe quelconque. La terreur subite, légitime en somme clans de telles conditions, peut amener chez des sujets prédisposés, des perturbations profondes du système nerveux. Mais si les arthropathies peuvent prendre naissance de celte manière, ce n'en est pas une origine habituelle. Leur cause commune est une chute insignifiante, une contusion qui ne détermine pas même une ecchymose, un mouvement qui passe les limites normales, mais de si peu qu'on n'oserait désigner l'accident du nom d'entorse. Il arrive même qu'on ne puisse
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retrouver le plus léger choc, ni la moindre distension ligamenteuse et que la maladie soit en apparence spontanée.
Chez quelques sujets la suggestion est la cause et le mécanisme évident des phénomènes articulaires. Ainsi dans l'entourage d'un malade atteint d'une tumeur blanche, on peut voir, le fait s'est présenté bien des fois depuis le cas toujours cité de Brodie, quelque névropathe, de l'un ou de l'autre sexe, obéir au besoin inconscient de l'imitation, se suggestionner au point d'adopter la même attitude, présenter des troubles fonctionnels analogues, présenter en somme une arthropathie hystérique ayant plus ou moins les apparences de l'affection dont souffre son frère, son parent, ou son ami.
Les cas dont nous parlions précédemment bien que survenus dans des circonstances toutes différentes ne sont pas susceptibles d'une autre interprétation. Le traumatisme est en effet la cause occasionnelle, mais rien de plus. Il n'a déterminé ordinairement que des lésions fugaces et même complètement négligeables. Bien plus, les accidents ne se montrent pas d'une manière immédiate, ils surviennent un, deux, trois jours après et même plus tard encore ; pendant la durée de cet intervalle libre, le malade peut mouvoir, avec plus ou moins d'aisance, mais mouvoir, déplacer en tous sens le membre contus, élongé, ou tordu. Cette période est plus ou moins brève, mais ne manque point. Or, il est évident que les symptômes qui se montrent ultérieurement ne sauraient être considérés comme une conséquence directe du traumatisme.
On arrive à reconstituer de la manière suivante l'enchaînement des phénomènes. La condition première et indispensable est que le sujet soit préparé par son passé pathologique, par l'état de son système nerveux, qu'il soit en un mot hystérique avéré ou non, et même qu'il soit dans une période d'opportunité morbide particulière, qu'il soit en opportunité de contracture.
Le traumatisme a pour effet immédiat d'amener une obnubilation psychique plus ou moins complète et durable. Si courte soit-elle, elle suffit pour que le cerveau soit pour ainsi dire en état de moindre résistance, pour que l'impression du trauma-
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tisme s'y implante et reste dominante. Cette notion prend corps, se fixe, l'idée germe, se condense, la suggestion est produite, et le malade, au terme de ce temps de méditation psychique, réalise par un processus dont il n'a pas conscience, la fiction qui s'est imposée à lui. Il y a eu auto-suggestion traumatique.
Ce ne sont pas là de simples vues de l'esprit. Ces idées trouvent une base sérieuse dans les expériences de Charcot, qui apporta à l'étude de ces questions obscures une méthode si sûre et un si grand sens clinique. Disposant d'un matériel considérable d'hystériques éprouvées et entraînées, il n'a pas eu de peine à reproduire chez elles les arthralgies et contractures hystériques, à l'aide de légers traumatismes infligés aux régions articulaires, des frôlements par exemple ou des mouvements un peu forcés et brusques, alors que ces sujets étaient plongés dans l'hypnose.
Toutes les articulations des membres, celles mêmes de la colonne vertébrale, celle de la mâchoire peuvent chez les hystériques présenter ces singuliers phénomènes douloureux et spasmodiques, mais avec une fréquence très inégale. De ces localisations la plus commune est celle de la hanche; elle Test à ce point et son importance est telle, que les auteurs classiques ont l'habitude de l'extraire du groupe général des arthralgies, pour la mettre au rang des maladies classées, et décrire dans un chapitre à part la coxalgie hystérique. Si Charcot a pu admettre, d'après sa statistique, que le genou était pris plus souvent que la hanche, c'est que la plupart des coxalgies hystériques sont traitées dans les services de chirurgie.
Puis viennent les localisations au cou-de-pied, au genou, à l'épaule au poignet. Il y a des arthralgies du cou-de-pied et des articulations du tarse dont on cherche vainement la cause et qui sont simplement des déterminations de l'hystérie. Certains torticolis sont susceptibles de la même interprétation, qui s'applique en outre à quelques faits étranges d'arthralgies lombaires ou dorso-lombaires. C'est assez dire que dans toutes les régions occupées par des diarthroses et des amphiarthroses on pourra rencontrer les bizarres phénomènes dont nous nous