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ARTHROPATHIES D ORT3INE NERVEUSE

occupons. Mais il faut remarquer expressément que ce sont les jointures les plus utiles et les plus mobiles, qui sont ordinairement atteintes, et en cela l'arthropathie hystérique se comporte comme les lésions organiques elles-mêmes.

Signes. — Il y a. nous l'avons vu, une pause entre le traumatisme initial, origine habituelle des accidents et le début de ces accidents eux-mêmes. Cette phase n'est pas forcément courte. Elle dure quelques heures, un jour, deux jours, parfois même beaucoup plus, et sans qu'on puisse établir aucune proportion entre l'intensité du traumatisme et la brièveté plus ou moins grande de cette « méditation psychique ». C'est une question individuelle, il y en a qui « méditent » peu, d'autres longuement. Les applications de pointes de feu, de vésicatoires, de sinapismes précipitent quelquefois la crise.

Quoi qu'il en soit, dès que commencent à se montrer les signes de l'arthropathie, ils réalisent pour ainsi dire d'emblée le tableau clinique de la période d'état. Sans transition, ou presque sans transition, et cette brusquerie s'observe dans bien d'autres manifestations de l'hystérie, en quelques heures au maximum, on voit le membre se placer dans une attitude vicieuse plus ou moins prononcée en même temps que s'accuse la douleur jusque-là nulle ou très modérée.

Tel se réveille avec une arthropathie des mieux caractérisées, qui s'était couché la veille jouissant de tous ses mouvements.

La douleur et la contracture des muscles sont les deux symptômes essentiels, nous avons dû Je dire dès l'exorde.

La douleur est souvent très vive; elle est copieusement décrite par les malades, qui « souffrent horriblement ». Ils analysent leurs souffrances et ne vous font grâce d'aucune des nuances qu'ils perçoivent dans les sensations de cuisson, de brûlure, les lancinements, etc., qui les tourmentent.

En jetant les yeux sur le membre on est immédiatement frappé de voir combien l'aspect extérieur est peu en rapport avec des douleurs d'une pareille intensité. La région n'offre aucune déformation, si elle diffère de la région correspondante de l'autre côté, c'est seulement le résultat de l'attitude

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adoptée par le membre (fig. R5). Les téguments ont conservé leur

Fig. 55.

souplesse et leur coloration, à moins qu'ils n'aient été abîmé.'

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par les révulsifs appliqués mal à propos. La main appliquée sur l'article ne perçoit aucune élévation de température. Quand il s'agit d'une articulation superficielle, on reconnaît ainsi dès le plus sommaire examen que tout au moins il n'y a pas de grosse lésion. Et cependant on se rend compte aussi que le malade souffre réellement, et qu'il souffre beaucoup; car la douleur est réveillée par le simple contact de la main. Elle est très superficielle et semble avoir la peau pour siège principal. La palpation des tissus profonds est moins pénible, la percussion à distance amenant le choc des surfaces articulaires est même assez bien tolérée. L'hyperesthésie est cutanée et en général très vive. Le pincement, le frôlement sont insupportables. L'étendue de la zone douloureuse est très variable chez certains sujets, elle couvre toute la région et la dépasse en tous sens, dans d'autres cas elle est réduite aux proportions d'une bande ou d'une plaque de dimensions restreintes. Sa forme est d'ailleurs susceptible de se modifier au cours de la maladie. Cette zone d'hyperesthésie dessine des figures diverses selon l'articulation considérée. Au genou, au cou-depied, elle est circulaire ou à peu près, et couvre l'article le dépassant en haut et en bas, un peu plus étendu du côté de la racine du membre que de son extrémité libre.

Pour la hanche elle affecte volontiers la configuration d'un triangle, dont le sommet répondrait à la région pubienne, et dont l'axe, s'élargissantpeu à peu, irait contournant la racine du membre pelvien, couvrant la région inguino-crurale, la saillie trochantérienne et la fesse, et s'arrêtaut enfin au pli interfessier qui constituerait la base du triangle. C'est du moins ce que répètent les classiques, d'après les recherches faites à la Salpêtrière, et il est probable qu'il en est ainsi chez un grand nombre de sujets. En pratique toutefois, et malgré la tendance que présentent les troubles de la sensibilité imputables à l'hystérie à occuper des territoires limités par des lignes géométriques, il ne faut pas s'attendre à retrouver d'une manière constante et cette localisation et cette disposition schématique.

Les plaques ou zones hyperesthésiques sont parfois non seu-

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lement douloureuses mais hystérogènes. L'exploration paraît d'ailleurs d'autant mieux réveiller les souffrances ou les crises que le malade apporte plus d'attention à l'examen dont il est l'objet et suit de plus près les recherches pratiquées par le médecin.

Quant à la douleur siégeant au niveau même des surfaces articulaires on la rencontre parfois, mais elle est exceptionnelle, et s'il fallait réserver à ces seuls cas la dénomination d'arthralgie, il faudrait sacrifier résolument la plupart des faits enregistrés sous cette rubrique.

La contracture est l'autre grand fait qui caractérise l'arthropathie hystérique. Elle frappe tous les muscles, ou la plupart des muscles périarticulaires. Ceux-ci immobilisent l'articulation, au point d'en amener la suppression physiologique. Les extrémités osseuses paraissent soudées comme dans une ankylose. C'est en vain qu'on tenterait de leur imprimer quelque déplacement; il semble qu'on briserait plutôt l'un des os que de vaincre la résistance des muscles. L'attitude du membre est commandée en général par l'action des groupes musculaires dont l'action est normalement prédominante, ou encore elle reproduit celle que l'on observe dans les maladies ayant un substratum anatomo-pathologique.

Ainsi à la hanche on voit la cuisse se porter dans l'adduction, la flexion et la rotation en dedans; si c'est le cou-de-pied qui est en cause il y a de l'équinisme, combiné ordinairement au varus. Mais cette attitude n'est jamais cependant la reproduction absolument exacte de celle qu'on note au cours des arthrites aiguës ou des tumeurs blanches des mêmes articulations. Et d'abord dans la position adoptée par le membre, il y a quelque chose d'exagéré, d'excessif qu'on ne voit pas dans les conditions normales. L'arthralgie du genou amène par exemple le talon au voisinage de l'ischion et même sans aller si loin, l'angle de flexion est beaucoup plus aigu que dans les inflammations, de même pour le pied non seulement il y a équinisme mais la plante se creuse, les orteils se recourbent en griffe.

On remarquera en outre que c'est tout de suite, d'emblée,

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que les choses arrivent à ce point alors que dans les arthrites c'est graduellement, lentement et clans un ordre de succession déterminé que s'établissent les attitudes anormales. Ainsi la coxalgie hystérique réalise immédiatement celle de la coxalgie tuberculeuse à sa troisième période.

Au palper les muscles contractures paraissent durs, tendus, fermes et l'on peut comparer leur rigidité à celle que l'on observe au cours du tétanos. Leurs tendons font saillie, quand la région s'y prête ; au cou-de-pied, au poignet, l'œil en suit aisément le relief, ailleurs le doigt reconnaît leur trajet.

Ces contractures font partie du groupe des contractures spasmodiques. Le muselé dans cet état ne subit que de légères altérations et seulement à la longue. Pendant longtemps il n'offre même aucune atrophie notable ; les masses musculaires conservent leur volume. Il en résulte que les changements morphologiques de la région sont attribuables exclusivement à l'attitude du membre. Charcot l'a démontré pour la hanche en faisant imiter par un sujet sain la déformation de la coxalgie hystérique. Pour les articulations de l'épaule, du poignet, du cou-de-pied, on n'a nul besoin d'expérience pour acquérir la même conviction car le fait est trop évident pour demander confirmation.

La contracture jointe à la douleur entraîne une impotence fonctionnelle, dont les conséquences varient naturellement avec l'articulation considérée. Ainsi les arthropathies hystériques du genou, du cou-de-pied et de la hanche amènent dans la marche des perturbations énormes. Pour la coxalgie elle condamne fréquemment les malades à garder le lit.

Quand ils veulent essayer de faire quelques pas, la souffrance amène des mouvements irréguliers, brusques, mal coordonnés, et leur claudication bizarre mérite bien le nom de boiterie choréiforme. Ce type n'est toutefois réalisé que chez certains individus.

Les arthralgies du cou-de-pied sont fréquemment bilatérales et la déambulation est alors impossible même à l'aide de béquilles.

En dépit des souffrances, l'état général ne subit aucune

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altération : le sommeil est conservé et l'on note que les malades une fois endormis reposent tranquillement, sans les sursauts, les brusques réveils que Ton voit au cours des arthrites douloureuses au moindre déplacement du membre malade. La contracture persiste telle qu'elle pendant le sommeil, cependant chez quelques malades on observe alors une rémission légère.

On voit autour des signes positifs se grouper un assez grand nombre de caractères négatifs, dont l'importance est très grande. Absence de fongosités, d'abcès, de douleurs localisées sur les os, d'adénopathies, de douleurs nocturnes, d'altération de l'état général, voilà des éléments dont la valeur est considérable. Si l'on y ajoute l'ensemble des constatations faites au sujet des antécédents héréditaires et personnels du sujet, des stigmates d'hystérie qu'il peut présenter par ailleurs on reconnaîtra que ces arthropathies offrent une physionomie clinique bien particulière qui, très souvent, permettra d'en faire d'emblée le diagnostic sans hésitation.

Quand la maladie dure, sa marche est à ce point de vue très intéressante à suivre. La maladie qui a débuté brusquement, entrant d'emblée dans sa période d'état s'y maintient indéfiniment, sans modification appréciable. Au lieu que les maladies organiques guérissent, s'aggravent, présentent des poussées aiguës, s'accompagnent à un moment donné de complications locales ou retentissent sur l'état général, ici rien de pareil : la chronicité est uniforme et désespérante.

Enfin la manière dont elles se terminent parfois suffirait à elle seule pour classer tout à fait à part ces singulières arthropathies. Brusquement, à l'occasion d'une chute, d'un événemeut tragique, d'un état d'exaltation religieuse, une sorte de miracle s'accomplit. La déformation disparaît, les muscles se détendent et s'assouplissent, l'articulation retrouve son libre fonctionnement ; en quelques instants la guérison s'est effectuée. De tels faits ont puissamment contribué à fonder la réputation de quelques saints, à achalander certains sanctuaires, dont les hystériques sont les articles-réclames.

Chez d'autres c'est à la suite d'une grande attaque convul-

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