‹ Chirurgie générale des articulationsChapitre 20 sur 27 · ARTHROPATHIES D'ORIGINE NERVEUSE, ETC · texte numérisé non relu

ARTHROPATHIES D'ORIGINE NERVEUSE, ETC

sive que les choses se transforment. Tout ce qui peut frapper violemment ces sujets, amener une perturbation physique ou morale, les impressionner vivement est susceptible de produire ce résultat. Il faut que la suggestion intervienne pour que la maladie prenne fin; elle amène la guérison comme en avait déterminé l'éclosion. Et alors brusquement l'articulation est ramenée au statu quo ante. La volonté reprend sur les muscles le pouvoir dont elle avait été dépossédée momentanément et séance tenante tout rentre dans Tordre habituel. La relation de ces faits tient véritablement du merveilleux, et l'on conçoit que de telles guérisons soient dénature à étonner beaucoup les profanes qui en sont témoins, et qu'ils puissent invoquer quelque intervention surnaturelle, alors que les moyens ordinaires de la thérapeutique ont été employés pendant longtemps sans succès.

Le traitement médical n'est pourtant pas sans influence et l'on obtient aussi des améliorations, même des disparitions complètes des arthropathies. Mais les rechutes ne sont pas rares. Parfois on n'arrive en dépit des meilleurs soins qu"à un résultat insignifiant et l'affection se prolonge, s'éternise, devient désespérante par sa durée.

Pronostic. — C'est là un des côtés les plus fâcheux de la maladie, que cette tendance à se fixer, à durer. Quand elle n'est pas prise tout au début, on est toujours dans l'incertitude au sujet du moment où les accidents se termineront. S'agit-il de jours, de semaines, de mois, ou d'années, nul ne peut le dire d'une façon formelle. Et pourtant c'est une question constamment posée au médecin, et bien légitime de la part des intéressés. « Dans combien de temps...? » Hélas on n'en sait trop rien, et pour répondre il est bon d'être Normand. Quand l'arthropathie est soignée peu après sa venue, à l'état naissant, le pronostic est bénin; mais si elle immobilise une jointure depuis déjà plusieurs mois, il faut s'attendre à de très grandes difficultés pour l'en chasser. Si l'on songe que les malades sont souvent de toutes jeunes filles, que l'affection dont elles sont atteintes, pour peu qu'elle se prolonge compromet grave-

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ment leur avenir, impose de coûteux sacrifices, on comprendra que mieux vaudrait une maladie réelle et sérieuse, et que les familles sont alors très à plaindre.

A l'hôpital les malades atteints de ces arthropathies hystériques sont les fléaux des services. Ce sont les pires des chroniques.

Enfin de graves questions sociales peuvent se poser incidemment au sujet de ces malades, quand par exemple, l'affection est imputée à un « accident du travail », et qu'il faut établir les responsabilités.

Mais ce n'est pas tout. L'arthropathie hystérique se montre sans lésions nécessaires, et peut évoluer pendant des mois ou des années sans qu'il s'en produise du côté de l'articulation ou des tissus péri-articulaires. C'est là la règle, mais elle n'est pas constante. Chez certains sujets, on n'observe pas cette intégrité permanente de l'article. Loin de là, les surfaces articulaires s'érodent, se dépouillent en partie de leurs cartilages; certains muscles s'atrophient, ou encore subissent une rétraction permanente. 11 en est de même des ligaments articulaires et en général des tissus fibreux qui environnent l'articulation, gaines tendineuses, aponévroses, tissu cellulaire. Ces parties molles perdent de leur élasticité, elles durcissent, leurs dimensions se réduisent du côté de la flexion, aussi quand cesse l'élément spasmoclique, quand la contracture disparaît, au lieu de reprendre ses mouvements normaux comme dans les cas typiques envisagés précédemment, l'articulation demeure enraidie, fixée dans son attitude vicieuse. Celle-ci est devenue permanente. Ces cas de contractures spasmodiques, compliquées, ont été bien étudiées par Charcot et son élève Blocu qui les ont fait connaître et en ont signalé toute l'importance. Le pronostic est, en effet, bien différent, quand l'arthropathie laisse à sa suite de telles difformités, qui seraient définitives sans une intervention chirurgicale. La rétraction peut porter sur tous les muscles péri-articulaires, mais elle est bien plus manifeste sur ceux dont l'action est prédominante, et ici encore on observe quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans les arthrites. Seulement les attitudes sont encore plus

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