‹ Chirurgie journalière des hopitaux de Paris (volume 2)Chapitre 63 sur 147 · CONTUSIONS · texte numérisé non relu

CONTUSIONS

puis se fermaient. — Le 3 janvier 1873, le malade entre pour un nouvel abcès qui s'ouvre et se cicatrise. Les souffrances sont cependant continues, offrent une recrudescence marquée à l'époque des abcès, mais persistent surtout avec un caractère sourd et contus dans la marche et dans la position déclive : pendant la nuit et dans le décubitus elles disparaissent en grande partie. Rentrée le

Fig. 243. — Scie à feuillet mobile de Mathieu.

14 décembre 1874 avec des douleurs plus vives, formation d'un nouvel abcès de la grosseur d'une petite noix : incision cruciale, donnant issue au pus du petit foyer absolument indépendant de l'os ; à ce niveau, le périoste est épais et plus adhérent.

M. Duplay applique une camionne de trépan à 7 centimètres environ de l'extrémité de la malléole interne et n'obtient aucun résultat: une deuxième couronne fut appliquée à 2 centimètres au-dessous et donna issue à une cuillerée de pus renfermée dans une cavité régulière, tapissée d'une membrane rouge tomenteuse et sensible à l'attouchement : l'os n'était pas nécrosé, et les parois de l'abcès étaient intactes. — Tube en caoutcbouc au fond de cette cavité, guérison en un mois. La cicatrice résultant de l'opération est adhérente, le malade boite encore un peu, mais toute douleur a disparu. /. luxation de la rotule (de champ). — Emploi des griffes de Malgaigne pour la réduction, — Si les tentatives de réduction faites

même avec l'anesthésie chloroformique ne sont pas suivies de résultat, M. Duplay se sert pour ébranler la rotule d'un instrument analogue à la pince à griffes de Malgaigne.

La face antérieure de l'os étant tournée en dedans et le bord interne en bas et en arrière, les griffes sont fixées sous ce bord interne : il parvient alors, en produisant des tractions énergiques de dedans en dehors, à dégager le bord interne de la rotule qui reprend sa position normale : chez un malade (1), les conséquences de cette réduction furent des plus simples, et la guérison s'est maintenue.

m. luxation de l'épaule (ancienne). — Emploi des moufles, ne pus dépasser 200 kilogrammes. — Comme cause d'irréductibilité M. Duplay croit n.oins à la formation de brides et d'adhére«nces (comme cela est répété dans les livres classiques) qu'à Y interposition permanente soit d'un tendon ou de débris de muscle, ou de l'ancienne capsule, qui constituent, en ce cas, une barrière infranchissable : plus on tire, plus l'obstacle acquiert de prépondérance. Ce qu'il faudrait obtenir, c'est la section de cet organe interposé ; malheureusement, comme on ne sait pas quel il est, il est impossible d'agir pour l'épaule comme on le fait, dans les cas désespérés, pour la luxation du pouce.

Jusqu'à quelle époque a-t-on quelque chance de réussir dans les tentatives de réduction? Il est assez difficile de répondre à cette question : à une certaine époque on agissait avec beaucoup plus de hardiesse, mais des faits malheureux se sont produits, et on est redevenu timide.

La luxation la plus ancienne qu'on ait pu réduire est le cas d'une luxation de la hanche datant de cinq ans et rapportée par A. Cooper : il s'agissait d'un matelot ayant une luxation iliaque; des tentatives furent faites en vain, mais qui, sur le refus du malade, ne purent être renouvelées : elle fut abandonnée; or, ce matelot étant tombé à l'eau en montant à un mât fut repêché, et, dans un violent effort qu'il fit pour montera bord, la luxation se réduisit.

La plus ancienne des luxations de l'épaule qui ait été réduite, est celle publiée par Sédillot et datant de un an et quinze jours. Les autres datent de huit, neuf mois, la moyenne est de trois ou deux mois seulement.

Il y a à cet égard une distinction à établir entre les variétés antérieure et postérieure : ce sont, en général, les luxations antérieures internes qui ont surtout pu être réduites malgré leur ancienneté.

(1) Duplay, Bull, de la Soc. de chir., 1870-71.

M. Duplay croit que la limite moyenne au delà de laquelle il est imprudent de faire des tentatives est de trois mois.

11 emploie ordinairement les procédés de douceur qui permettent de tourner l'obstacle, plutôt que d'en triompher par force, et ne fa<t usage du chloroforme qu'avec beaucoup de circonspection. Il fait cependant usage parfois de moufles munis du dynamomètre, instrument indispensable pour régler la force que l'on déploie, et de la pince à échappement de Nélaton.

Il engageànejamaisdépasser le poids de200 kilogrammes : 100 kilogrammes représentent déjà une force de traction très-raisonnable : il fait d'abord des tractions perpendiculaires au tronc, puis d'autres, le bras placé dans l'élévation, enfin des tractions en bas : s'il échoue dans ces limites, il ne persévère pas> car les accidents mentionnés dans la science à la suite de ces tentatives sont aussi variés que redoutables : de plus, il faut se souvenir que des luxations ne datant même que de trois jours ont été complètement irréductibles, le fait est rare, mais M. Duplay le croit d'une vérité absolue.

Une luxation étant irréductible, on doit faire subir au malade un traitement consécutif qui a surtout pour but la gymnastique du membre pour rendre les mouvements le moins gênés possible.

n. pied valgus douloureux (pied plat). — 1° Impotence du long péronier. Électrisation de ce muscle. — Il ne s'observe que chez les jeunes sujets, de là le nom de tarsalgie des adolescents que lui donne M. Gosselin (1) et dans laquelle ce professeur ne voit qu'une arthrite primitive localisée surtout à l'articulation astragalo-calcanéenne, arthrite s'accompagnant d'une contracture musculaire réflexe ayant pour résultat le renversement du pied en dehors; — théorie reposant sur une seule autopsie (2).

M. Duplay (3) ne croit pas qu'il suffise d'une arthrite pour déranger la statique du pied et produire le pied plat valgus douloureux, et il affirme que la théorie de l'arthrite est en contradiction avec les faits cliniques et avec les lois générales delà pathologie articulaire, lise range à l'opinion de Duchenne (de Boulogne) (4) qui a trait à Yimpotence fonctionnelle du lonq péronier latéral (5) (fig. 244, 245).

(1) Gosselin, Tarsalgie des adolescents (valgus douloureux), lésions anatomiques de cette maladie (Bull, de l'Acad. de méd., 1865, tome XXXI, p. 144), et Clinique chir. de la Charité, 2e édition. Paris, 1876, tome I, p. 152.

(2) Cabot, Thèse inaug., 1865.

(3) Duplay, Progrès médical, 3 juin 1876.

(4j Duchenne (de Boulogne), De l' électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique, 1872.

(5) Duplay, Arch. gén. de méd., 1872.

HOPITAL SAINT-LOUIS

LE DOCTEUR DUPLAY

Dans le pied plat valgus douloureux, le long péronier, d'après celte théorie, manque à sa tâche au moment où son action devient nécessaire : à l'état physiologique on sait, en effet, que le long péronier latéral doit, à lui seul, résister au poids du corps pendant la marche et soutenu la voûte plantaire. Dans le valgus, le long péronier latéral manquant de force pour soutenir le métatarsien abaissé, celui-ci est

Fig. 244. — Pied plut valgus, consécutif à la paralysie accidentelle du long péronier latéral. Duchenne (de Boulogne).

Fig. 245. — Même pied dont la voûte plantaire a été rétablie après la guérison de la paralysie du long péronier latéral par la faradisation. La saillie sous-métatarsienne (talon antérieur) pouvant être abaissée pidssamment pendant la station et la marche, le valgus ne s'est pas reproduit et les douleurs ont disparic.

repoussé en haut, et la voûte plantaire s'effondre pour ainsi dire. Dans cette nouvelle condition, le pied ne repose plus en avant sur la tête du premier métatarsien, mais vient alors prendre point d'appui sur les têtes des quatrième et cinquième métatarsiens, qui, n'étant pas soutenus par des puissances musculaires appropriées, se laissent repousser en haut d'une façon passive et mécanique. De là, l'élévation du bord externe du pied et l'abaissement de son bord interne c'est-à-dire le valgus.

La thérapeutique concorde avec ces deux théories.

Théorie de l'arthrite : immobilité, — redresser la déviation, porter le pied en adduction forcée, le placer dans un appareil inamovible, deux à trois mois. M. Duplay n'adopte pas ce mode de traitement, il croit que le repos forcé affaiblit le membre et que l'impuissance fonctionnelle augmente.

Théorie de l'impotence fonctionnelle du long péronier latéral. — Augmenter l'énergie et la force de contraction du muscle affaibli.

Electrisation localisée de ce muscle. — C'est le traitement adopté par M. Duplay et à l'aide duquel il a obtenu à Saint-Antoine de nom-

Fig. 246. — Pied droit devenant plat pendant la marche et la station debout. Duchenne (de

Boulogne).

Fig. 247. — Pied devenant valgus pendant la marche et la station debout. Duchenne (de Boulogne).

Fig. 248. — Face interne du pied gauche dans un cas de valgus creux par contracture du long pe'ronier latéral. — Avant le traitement. — Est destinée à montrer l'abaissement de la saillie sous-métatarsienne A, et l'augmentation de la voûte plantaire B, consécutivement à la contracture du long pe'ronier latéral. Duchenne (de Boulogne), Phgsiologie des mouvements).

Gillette. — Chirurgie jour n.

Fig. 249. — Face externe du pied gauche, dans un cas de valgus creux par contracture du long, péronier latéral. — Avant le traitement. — Destinée à montrer le relief Y du tendon du long péronier latéral produit par la contracture de ce muscle et à prouver que, par le fait de son abaissement, la saillie métatarsiennne A se trouve sur un plan inférieur à la plante du pied, et que la courbe de la voûte plantaire B est augmentée. Duchenne (de Boulogne).

breux succès : — affection rebelle dans certains cas; cependant on est autorisé à tenter alors la section sous-cutanée des tendons contractures.

2° (Pied creux.) Contracture du long péronier. — Duchenne (de Boulogne) a décrit en 1858 (1) pour la première fois le pied creux valgus

Fig. 250. — Face plantaire du pied g au- Fig. 251. — Déviation latérale du pied

gauche dans un cas de valgus creux.

par contracture du long péronier latéral. — Avant le traitement. Duchenne (de Boulogne).

che, dans un cas de valgus creux par contracture du long péronier latéral. — Avant le traitement. — Destinée^ à monti er la diminution du diamètre transversal A, G, de l'avant-pied, la torsion de cet avant-pied sur l'arrière-pied et les plis obliques D, qui se forment à la plante du pied sous l'influence de la contracture du long péronier latéral.

Duchenne (de Boulogne).

par contracture du long péronier latéral dont la découverte découle des mouvements propres du péronier latéral (fig. 248, 249, 250, 25 1). Dans ce cas, on doit avoir recours à la faradisation du muscle antagoniste du muscle contracture chez le malade, à savoir le muscle jambier antérieur, afin de corriger l'exagération de la voùle plantaire produite par la contracture du péronier (fig. 252 et 253). — Si la résistance à la réduction provient, en plus, de brides formées

(1) Duchenne (de Boulogne), De la Genèse du pied plat valgus par laparalysie du long péronier latéral et du pied creux valgus par contracture du long péronier latéral. (Bull, de la soc. chir., 1860.)

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