‹ Chirurgie journalière des hopitaux de Paris (volume 2)Chapitre 76 sur 147 · ANESTIIÉSIE, PLAIES ET GANGRÈNE. 42S · texte numérisé non relu

ANESTIIÉSIE, PLAIES ET GANGRÈNE. 42S

disent MM. Gaujot et Spillmann (1), que l'acide carbonique injecté dans une plaie tendineuse sous-cutanée activait sensiblement le travail de réparation. Ils en conclurent que ce gaz, mis en contact pro-

Fig. 355. — Appareil de Demarquay pour bains d'acide carbonique dans le traitement des plaies.

longé avec la surface des plaies tégumentaires, devait agir de la même manière. Pour maintenir les parties plongées dans une atmosphère d'acide carbonique, M. Demarquay fit construire par Gariel des sacs de caoutchouc allongés, à une seule ouverture, susceptibles de recevoir, dans leur intérieur, un membre tout entier. Le sac destiné au membre supérieur a la forme d'un long manchon ouvert seulement par en haut. Celui qui doit contenir le membre inférieur (fig.355) ressemble à une botte. Au milieu de la face antérieure s'abouche un conduit flexible à robinet amenant l'acide carbonique qui est fourni par un appareil de Mondollot (fig. 356) ou de Fordos, placé sur une table à côté du lit. Au moyen de cet appareil , les parties affectées sont maintenues dans un bain d'acide carbonique dont la durée peut être prolongée pendant quatre à six heures ou même davantage sans aucune gêne pour le malade.

Les bains d'acide carbonique (2), expérimentés par MM. Demarquay et Lecomte dans le traitement des ulcères gangreneux, des plaies de mau-

Fig. 356. — Appareil à dégagement d'acide carbonique, de Mondollot, pour V anesthésie locale.

(1) Gaujot et Spillmann, Arsenal de la Chirurgie contemporaine. Paris, 1867

(2) Demarquay, Essai de pneumatologie médicale. Paris, 1866, p. 5J5.

vaise nature ou compliquées de diphthérie ont été suivis de résultats satisfaisants. Suivant ces auteurs, l'action de ce gaz serait purement stimulante et modificatrice sans effet anesthésique. Quoi qu'il en soit de ces tentatives, nous pensons qu'on ne saurait accorder qu'une valeur assez restreinte à ce mode de pansement qui exige une installation spéciale et qui demande, pour être employé utilement, certaines conditions exceptionnelles.

5° AFFECTIONS KYSTIQUES.

a. kystes hydatiqtjes du foie. — Cautérisations larges. — M. Demarquay repousse presque complètement la méthode des ponctions multiples aspiratrices comme méthode curative, parce qu'elle tue l'hydatide mère, et laisse persister au milieu du foie une membrane épaisse se plissant et constituant un corps étranger qui peut être ultérieurement la cause d'inflammation et d'abcès. Il a vu une seule ponction dans un kyste hydatique du foie produire la suppuration. Il préfère de beaucoup les cautérisations successives appliquées sur l'hypochondre, mais faites bien plus largement que ne le prescrivait Récamier ; une fois-le kyste ouvert, l'orifice reste large et permet facilement l'introduction d'une grosse sonde molle et flexible par où sortent les hydatides et par où on peut répéter des lavages désinfectants, et, en particulier, des injections iodées.

b. kyste sanguin du cor.ps thyroïde. — Ponction. — Drainage. — Teinture diode. — Si la tumeur est volumineuse, si elle détermine de la gêne, si elle n'est pas adhérente, si elle s'accroît lentement, si elle augmente toujours peu à peu de volume, et surtout si l'opération est réclamée du malade, M. Demarquay pratique une ponction avec le trocart, puis une contre-ponction et passe un drain. Il ne fait pas d'injection immédiate, et ce n'est ultérieurement que lorsque la tumeur, par une compression exercée simplement avec une bande (mais sans faire obstacle à la respiration), a diminué de volume et est en voie de suppuration, que ce chirurgien pousse dans le trajet qui persiste une injection de teinture d'iode au tiers qu'il renouvelle les jours suivants. — C'est là un moyen qui lui a réussi plusieurs fois, mais qui cependant, en raison des accidents (suppuration diffuse du cou) très-graves, sinon mortels que nous l'avons vu déterminer chez certains malades, ne nous paraît pas devoir être préconisé comme méthode générale.

c. kyste hordéiforme du poignet et de la main. — Même traitement. — Compression du kyste après l'avoir ponctionné et contre-

ponctionné. Il le laisse suppurer pendant dix ou douze jours, et au bout de ce temps il fait une injection de teinture d'iode, à parties égales de teinture et d'eau, tous les trois ou quatre jours. (Procédé nous paraissant dangereux.)

a. étranglement externe. — Ponction de l'intestin sans débridement, réduction. — Opium à doses fractionnées. — M. Demarquay n'est pas, en général, très-partisan du taxis forcé, et après un taxis modéré, s'il ne réduit pas, il pratique la kélotomie. — Il anesthésie les malades. — Après avoir ouvert le sac, s'il trouve l'intestin assez fortement distendu par du liquide et d'une coloration violette, il ne débride pas, il ponctionne l'intestin avec le petit trocart de l'appareil Potain et aspire une certaine quantité du liquide sanguinolent et de gaz; — l'anse intestinale revient alors sur elle-même (cet affaissement a même lieu quand il y a épaississement des parois intestinales), et la réduction peut alors s'effectuer. Si, après la ponction, on ne peut réduire parce que l'étranglement est trop serré, il fait le débridemenl et se sert le plus souvent du bistouri falciforme. S'il existe de l'épiploon, il est fortement ligaturé, puis sectionné : on se contente d'appliquer un bandage compressif sans faire de point de suture. Il croit, dans ces cas, les ponctions capillaires inoffensives, et, comme d'autre part le fait du débridement lui-même n'est pas si bénin qu'on veut bien le dire, il y aurait grand avantage à réduire sans y avoir recours.

Ce chirurgien, après l'opération, a presque abandonné l'usage des purgatifs qui contribuent à fatiguer l'estomac déjà si épuisé parles vomissements réitérés, et qui provoquent du côté du tube digestif des contractions qui ne lui paraissent pas salutaires, comme l'ont cependant avancé certains auteurs.

Depuis de longues années, à l'exemple de Letenneur, de Nantes, il adopte une pratique qui consiste à substituer l'opium aux purgatifs après l'opération de la kélotomie. Purger n'est pas indispensable du r-este, à son avis, pour s'assurer du rétablissement du cours des matières. Si l'étranglement n'est pas levé, les accidents généraux auxquels il donne lieu ne manqueront pas de persister malgré l'administration de l'opium, et, si l'on ne veut du reste que provoquer une simple évacuation intestinale, il donne la préférence au lavement laxatif.

Dans les cas de péritonite accompagnée de météorisme, l'opium

est encore préférable aux purgatifs, parce que, si les vomissements continuent après l'administration de ces derniers, on ne sait guère si on doit les mettre sur le compte de la purgation ou sur celui des phénomènes d'étranglement. L'opium à doses fractionnées favorise le repos des parois intestinales, ce qui est là d'un précieux effet, puisqu'on sait aujourd'hui que l'étranglement agit presque autant par le fait de l'excitation sur les nerfs intestinaux que par celui d'un obstacle mécanique.

b. étranglement interne. — Injection rectale d'acide carbonique. — Avant d'avoir recours à l'établissement de l'anus contre nature,

Fig. 357. — Appareil à dégagement d'acide carbonique de Fordos pour l'anesthésie locale.

M. Demarquay emploie soit les injections d'eau dans le rectum, soit les injections d'acide carbonique (fig. 357) pratiquées avec l'appareil de Fordos qui remplit le mieux, selon lui, les conditions exigées pour l'usage de l'acide carbonique.

c. hernie ombilicale. — Pelote de caoutchouc. — Le petit appareil que M. Demarquay a indiqué dans le traitement de la hernie ombili-

cale chez l'enfant (1) consiste dans une pelote en caoutchouc creuse (fig.358) qui ressemble à un gros mamelon entouré de son auréole. Il est facile de le maintenir autour du ventre de l'enfanta l'aide d'une bande de caoutchouc ou simplement avec une large bandelette de diachylon. Pour les adultes, il emploie le bandage à ressort à pelote convexe (fig. 359), pour les hernies réductibles se composant d'un ressort très-doux, prenant son point d'appui en arrière, sur la colonne vertébrale.

d. HERNIE OMBILICALE ÉTRANGLÉE.

: — Mode opératoire nouveau. — Incision oblique et unique. — M. Demarquaya cherchéà appliquer pourcette kélotomie si grave un mode opératoire qui a surtout pour but (2) de faire cesser l'étranglement sans toucher à l'intestin, laissant celui-ci en place dans ses rapports nouveaux.

Voici en quoi il consiste : au lieu de faire une incision cruciale ou linéaire et d'ouvrir largement le sac pour étudier l'état des parties, il se borne à faire une inci-

Fig. 358. — Pelote en caoutchouc remplie d'air pour hernie ombilicale (enfant).

Fig. 359. — Bandage pour ta hernie ombilicale (adulte).

sion oblique en bas partant de la partie moyenne de la tumeur et se dirigeant à gauche sur la paroi abdominale; de la sorte, il évite la veine ombilicale qu'on rencontre à droite, et la ligne blanche si on incise sur la ligne médiane. Cette première incision

(1) Demarquay, Traitement dé la hernie ombilicale ; Bull, de thêrap., 1856, t. LI,. p. 535.

(2) Demarquay, Bull, général de thérap., 30 octobre 1874.

ne doit intéresser que la peau. Cela fait, on incise couche par couche le tissu cellulo-adipeux, et on arrive au niveau du pédicule du sac herniaire, puis on pratique une petite incision à la partie inférieure du sac. L'extrémité de l'indicateur gauche est introduite par ce pertuis : la pulpe du doigt, appuyée sur l'orifice de la hernie ombilicale, conduit un bistouri falciforme dont le tranchant est dirigé en

Fig. 360. — Dilatateur de MM. H. Larrey et Démarqua;/.

dehors sur l'anneau lui-même : on pratique une incision de 2 centimètres au moins, l'extrémité de l'indicateur gauche conduisant le bistouri et protégeant les viscères intérieurs. Cette incision intéresse la circonférence du sac herniaire dans sa partie gauche et coupe, en ce point, la paroi abdominale dans toute son épaisseur, qui généralement n'est point considérable. On voit alors la tumeur formée par la hernie s'affaisser un peu; elle présente moins de tension. Ce débridement n'entraîne aucun écoulement sanguin : l'opération terminée, on fait une suture entrecoupée, et on recouvre de collodion. Le point capital de cette opération est de débrider largement afin de lever l'étranglement et de laisser les chairs dans les conditions où elles se trouvent. On n'intéresse par là le sac herniaire que dans une petite étendue; l'air ne pénètre pas dans la cavité abdominale et ne vient point modifier des surfaces enflammées. — Agir de bonne

heure. — Un succès sur quatre opérations faites par ce procédé.

e. rétrécissement du rectum. — Dilatateur à trois figes triangulaires. — MM. Demarquay et H. Larrey ont proposé l'emploi d'un dilatateur formé de trois tiges (fig. 360) triangulaires A, dont chacune offre deux faces planes et une troisième convexe.

La réunion de ces trois tiges, quand l'instrument est fermé, représente un cône arrondi que l'on peut introduire facilement dans le rétrécissement : l'écartementde ces branches se fait par le même mécanisme que celui du dilatateur de Laborde pour la trachéotomie. — Deux branches divergentes, fixées à angle droit, terminent les tiges latérales; quant à la lige inférieure, elle se termine aussi par une branche perpendiculaire que deux leviers articulés B relient aux deux premières. — Ces trois tiges sont donc solidaires, et elles s'écartent ensemble quand on rapproche, à l'aide de i'écrou D manœuvrant sur un pas de vis C, les deux grandes branches de l'instrument.

Cet appareil est bon, mais il a le grave inconvénient de dilater l'anus en même temps que le rétrécissement , ce qui n'existe pas dans le dilatateur de Nélaton représenté dans la figure ci-jointe (fig. 361). Un écrou A et un levier B écartent parallèlement les deux branches,

comme cela est représenté en C, Le degré de Pécartement peut être gradué facilement.

Fig. 3G1. — Dilatateur rectal de Nélaton.

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