‹ Chirurgie oculaireChapitre 36 sur 108 · Archiv., t. XXIV, 4, p · texte numérisé non relu

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que depuis que de nombreuses trépanations de la cornée m’ont démontré qu’elles n’enlrainaienl qu’une minimeréaction, je me crois autorisé à prédire un avenir favorable à la kératoplastie, le seul espoir qui puisse rester aux malheureux atteints de leucome cornéen complet, et qui subissent avec d’autant plus d’amertume le supplice de Tantale, qu’ils se sentent parfois, grâce à une excellente perception lumineuse, presque sur le point de distinguer les objets.

On trouvera les moyens, surtout en pratiquant la greffe sur des yeux privés de cristallin, d’obtenir un certain degré de transparence; car il est incontestable que l’on a déjà fait sous ce rapport un sensible progrès, et la possibilité de la greffe étant maintenant parfaitement reconnue, on utilisera la rétraction modérément accentuée du lambeau greffé pour éclaircir la zone de tissu cornéen qui contourne la greffe, phénomène que M. Desmarres père avait déjà constaté.

Nous ne quitterons pas le traitement des leucomes de la cornée en vous parlant du tatouage, qui a été réintroduit à celte clinique, dans la pratique ordinaire1. Le tatouage a été

1. Dans l’excellent traité à' Abadie, mon ami et ancien chef de clinique, se trouve, relativement à la réintroduction du tatouage de la cornée dans la pratique courante, un passage qui pourrait laisser planer quelques doutes sur le rôle que j’ai joué dans cette circonstance. C’est en 1869 que, en examinant, devant mes élèves au nombre desquels était Abadie, un malade atteint de leucomc très-apparent de la cornée, cette question me fut adressée par lui: « Ne pourrait-on pas tatouer une pareille tache? » Je lui répondis : « Certainement, car on ne voit que trop souvent des tatouages involontaires à la suite d’explosions de mines et de coups de feu, aussi l'erai-je cet essai très-prochainement. « Après une première tantative avec une simple aiguille à cataracte, je me fis construire ad hoc, chez M. huer, une aiguille à rainure, et je pratiquai quelques jours après, avec beaucoup de précautions, il est vrai, et en y procédant avec une certaine timidité, le tatouage de celcucome. Ayant vu combien était minime la douleur qu’occasionnait cette petite opération, et le peu de réaction qui en était résulté, je fis bientôt de nouveaux tatouages, et mon chef de clinique à cette époque, le docteur Pomicr (de Pau), donna alors, dans le compterendu publié en 1870 (Un. mèd., n° 27), la relation des premiers tatouages, sans y faire intervenir le nom d’Abadie, car, si celui-ci avait sous la forme d’une simple interrogation jeté 1 idée du tatouage, il n’avait cependant pris aucune part active, ni dans le choix de la méthode, ni dans son exécution. Quelque temps après, Anagnoslakis démontra que j’avais inconsciemment ressuscité une ancienne pratique des Grecs, et prouva par conséquent que tout le

Tatouage.

exposé dans les précédentes leçons (voy. Thérap. ocul., p. 207), nous n’aurons donc pas à y revenir. La méthode de Taylor, consistant à se servir d’un faisceau d’aiguilles pour piquer le leucome, doit être définitivement substituée à l’ancien procédé que je suivais, en faisant des piqûres successives avec une aiguille creuse chargée d’encre de Chine. Il n’y a pas grand avantage à piquer d’abord le leucome, à étancher le sang qui peut s’en écouler, pour ne frotter qu’ensuite les piqûres avec la spatule chargée de la matière colorante, ainsi que le propose M. Fieuzal l.

Je conseille de recouvrir tout de suite le leucome avec l’encre pour profiter de sa pénétration dans les piqûres, et de ne procéder à des frottements, avec la spatule chargée d’une nouvelle portion de matière colorante, qu’après avoir enlevé avec une éponge la première couche d’encre, mélangée souvent de sang épanché, et s’ètre ainsi renseigné sur l’état du leucome. On fait bien d’espacer les séances à des intervalles de huit jours. Il faut aussi ne tatouer que le moins possible les yeux enclins au glaucome, portant déjà des ectasies, ou atteints de leucome adhérent avec dureté du globe oculaire.

L’action salutaire de l’incorporation du charbon dans les cicatrices cornéennes, qui deviennent par là moins exposées à l’exulcération (kératite cicatricielle), a été démontrée par

mérite, si mérite il y a, avait été de trouver une méthode propre à faire revivre l’opération, et à lui permettre de rentrer dans la pratique courante. Je reconnais volontiers que, dans cette circonstance, Abadie m’avait fait proüter du stimulus que l’élève studieux et intelligent ne manque pas d’exercer sur le maître : mais est-il bien sûr que sa question adressée à un opérateur moins entreprenant aurait trouvé un écho? Et peut-on le moins du monde regarder comme prouvé que, dans le cas où elle n’aurait pas été entendue, Abadie , livré plus tard à sa propre impulsion, s’en serait souvenu pour la reprendre, et oser tenter une opération qui paraissait alors fort hardie? Je crois donc, en bonne foi, que personne ne contestera que ce sont mes opérations pratiquées en 18G9 qui ont fait revivre le tatouage de la cornée. Le docteur Pomier, ami et ancien camarade d’internat d’Abadie, auquel j’ai communiqué cette note, a bien voulu, du reste, me confirmer qu’en relatant les faits qui précèdent ma mémoire m’avait été absolument fidèle.

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