Thérapeutique oculaire, p
lion, si aucune sécrétion conjonctivale accentuée ne se montre. Il est bien entendu qu’il faut s’abstenir absolument de l’usage de toute pièce artificielle, lorsque l’énucléation a été faile à cause d’une irritation sympathique, ou si l’œil enlevé était le siège d’une néoplasie ; dans ce dernier cas j’attends que plusieurs mois se soient écoulés afin d’ôlre bien assuré tout d’abord qu’il ne survient aucune récidive, et que la légère irritation que provoque souvent la pièce ne pourra en rien favoriser la réapparition du mal.
Je vous signalerai ici une petite complication que j’ai vu se présenter parfois sur des malades tenus ainsi en observation. 11 peut arriver, comme je l’ai déjà fait connaître1, qu’il se produise plusieurs semaines après l’opération, de petites hémorrhagies provenant des vaisseaux du nerf optique, et que celles-ci, soulèvant alors sous forme d’un champignon la conjonctive avoisinante , simulent l’apparition d’une récidive, au moins pour celui qui n’est pas averti de ce fait, et cela surtout lorsqu’il s’agit de malades qui ont été opérés de mélano-sarcome. Un coup de ciseaux permettant d’enlever aisément la petite procidence pédiculée, fait d’ailleurs cesser tout doute à cet égard.
Lorsqu’à la suite d’une énucléation, surtout si celle-ci a été exécutée sur un œil très distendu, le pli cutané siégeant au-dessus du tarse supérieur s’enfonce d’une façon très ac. cusée en haut de la pièce, même assez volumineuse, que porte l’opéré, on peut alors tenter de remédier à cet état en plaçant, ainsi que quelques-uns de nos confrères anglais l’ont essayé, quelques petites sutures métalliques qui, dissimulées sous le repli de la peau, combattent l’effet disgracieux de cet enfoncement, rappelant, lorsque l’on regarde l’opéré de profil, l’affaissement particulier de l’œil cadavérique. L’excision sur la paupière supérieure d’un pli parallèle à la fente peut être substituée à ces sutures, quand on
Hémorrhagie du moignon.
Enfoncemeni de la paupière supérieure.
Yoy. Gracfc Sœcmisc/i, t. IV, p. 656.
üxcnntralion
ne réussit pas à les dissimuler, ou que le malade ne les supporte pas sans irritation de la peau.
Lorsque des néoplasmes ont, non-seulement envahi leglobe de l’œil, mais aussi gagné le contenu de l’orbite, à la paroi de laquelle ils se montrent adhérents , alors il est indiqué de recourir à V excentration (de Arll), c’est-à-dire à l’évidement complet de l’orbite, en procédant à cetle opération de la façon suivante :
Après avoir endormi le malade, on fend constamment la commissure externe jusque vers le rebord orbitaire. Si l’on a des raisons pour supposer que la conjonctive n’a pas participé à la dégénérescence, on la détache avec soin en allant même jusque vers le bord de la cornée. Au moindre doute on renoncerait à conserver la muqueuse, surtout dans les cas d’épithélioma de l’œil. Lorsqu’on a ainsi bien dégagé les paupières, que l’on renverse et que l’on maintient fixées dans cette position, on saisit la tumeur qui englobe l’œil avec des pinces de Museux, et on l’attire fortement en dehors, pendant qu’on se fraye un passage au moyen d’une gouge le long de la paroi externe et inférieure de l’orbite, puis on enlève progressivement la tumeur par des coups de ciseaux qui longent les parois orbitaires.
A-l-on acquis la conviction que la tumeur se confond avec le périoste? Il est alors préférable de procéder tout de suite au détachement simultané de cette enveloppe. Pour cela, on incise (sauf 1 ou 2 centimètres près des commissures) tout autour le périoste, et on a soin de ne se servir de l’instrument tranchant que jusqu’à une très courte distance du rebord orbitaire (surtout chez les enfants). Dons le milieu et la profondeur de l’orbite, ce dégagement peut s’opérer avec le doigt, ou en faisant usage d’une gouge. Les plus grands ménagements doivent être pris en arrivant vers la partie la plus reculée de la paroi supérieure, aussi fera-t-on bien, après avoir exactement détaché en dehors et en bas le périoste, de sectionner le nerf et les parties voisines du trou optique,
pour pouvoir alors, en luxant la tumeur en dedans, dégager le périoste de la voûte orbitaire de haut en bas, en se servant soit du doigt, soit de la gouge. Tout instrument pointu (tel qu’un bistouri) doit être soigneusement mis de côté pour un pareil dégagement.
Cet arrachement du périoste rend la perle du sang bien moins considérable, et si pour les attaches des commissures palpébrales on a pris soin de laisser l’étendue d’un centimètre au voisinage du rebord, on n’aura guère plus compliqué l’opération et. la guérison. Le pansement sera fait (après avoir pris la précaution de bien arrêter l’écoulement du sang au moyen d’un jet d’eau glacée) avec un morceau de toile très fine dont on recouvrira les parois de l’orbite, puis on remplira la cavité avec de la charpie. Toutes ces pièces doivent être trempées dans une solution d’acide salicylique à 1 pour 100, ou d’acide borique à 4 pour 100, et on enroule soigneusement sur le tout une mince bande de toile, de façon à pouvoir constamment, au moyen d’une - éponge, humecter ce pansement salicvlé ou boraté, qu’on renouvelle deux fois par jour.
A-t-on apporté toute l’attention possible pour réunir exactement la commissure externe et bien conserver le périoste du rebord dans une suffisante étendue ? Alors sous l’influence de ce pansement on peut obtenir une guérison très rapide, ne s’accompagnant que d’une production de pus extrêmement restreinte. On échappe ainsi à celte suppuration d’odeur infecte, surtout si à chaque renouvellement du pansement on a la précaution de laver la cavité orbitaire avec un abondant jet d’eau carbolisée, projetés à l’aide d’une seringue assez puissante.
Le raclage des os, l’exfoliation au moyen de cuillères tranchantes, l’emploi du fer rouge, de bandelettes de linge recouvertes de pâte au chlorure de zinc, ont forcément pour résultat une nécrose, acquérant parfois la même intensité que dans le cas de M. llulke, où après trois mois tout le
squelette orbitaire fut éliminé. C’est ainsi que vous m’avez vu, messieurs, afin de prévenir une récidive après l’ablation d’un énorme môlano-sarcome qui remplissait tout l’orbite gauche, craignant de n’avoir pu enlever toute la néoplasie dans les parties les plus reculées de l’orbite, enfoncer dix jours après l’excentration trois petites (lèches de pâle de Canquoin.
Il est bien entendu que pendant tout ce temps on ne discontinuera pas le pansement désinfectant à l’acide salicyliquc ou borique ; mais qu’on soit bien prévenu qu’avec ces violentes interventions, qui ne rentrent guère dans le cadre de la chirurgie oculaire, on peut être exposé très longtemps encore après l’opération (au bout de un à deux mois) à des mécomptes.