LES AGENTS DE LA SUTURE. — AIGUILLES ET FILS EMPLOYÉS. — INSTRUMENTS
Les opérateurs de hernies ont discuté sur la valeur des matériaux de suture à employer. En réalité, ces matériaux ne diffèrent pas beaucoup, et leur choix dépend beaucoup des habitudes de chacun. Peu de chirurgiens, sauf Milchel Banks, de Livcrpool, ont pensé à laisser dans la plaie un fil métallique destiné à former barrière. Du reste, pour qu'un corps métallique séjourne dans les tissus mous, sans amener leur section, il faut qu'il n'exerce pas de tension sur eux. Aussi, je pense qu'on se ferait une illusion singulière en supposant que, dans une région constamment tendue comme celle des parois abdominales, les fils métalliques peuvent constituer un support quelconque, une défense contre la pression abdominale.
Au cours des opérations de cure radicale, on
emploie deux ordres de fils : ceux qui, plact^s dans l'intimité des tissus, doivent disparaître et ceux qui, passant à l'extérieur, peuvent f tre retirés du dehors.
Fils résorbabtes.
Pour les sutures destinées à disparaître, on cm ploie tantrtt la soie, tantôt le calgul. La soie ne me semble pas disparaître îles tissus avec la mOme facilité que le catgut; et son élimination, mi>n[ie quand elle est parfaiicmentaseptique, se produit quelquefoîs(l). Je me borne donc exclusivement au catgui, et, loin de redouter de le voir se résorber et disparaître trop tôt, j'estime qu'il y a avantage à ce qu'il se fonde
liilement dans les Itssus. f^c&t là ce qui m'a éloi
trop longtemps, ce qui l'amenait quelquefois à ^tre éliminé.
£n réalité, je suis resté fidèle au catgut préparé suivant la formule primitive de Lister, parce que je n*en ai trouvé aucune donnant des produits aussi réguliers et aussi régulièrement absorbables. Sa préparation est sans doute un peu longue, mais on en est quitte pour la faire à l'avance.
C'est donc toujours la formule :
Huile d'olive 100
Acide phén'que cristallisé 20
Eau 2
Eq poids 122
Macération du catgut dans cette émulsion, au moins six mois.
Le calgul obtenu par celte préparation est baigné, avant Tcmploi pour Topération, pendant un quart d'heure dans l'eau phéniquée i\ 20 pour 100.
J'emploie loujonrs pour mes sutures, comme pour mes ligatures, un catgut plus volumineux que celui qu'on emploie géniTalemcnt. Pourquoi chercher des fils si fins, puisqu'ils sont destinés à disparaître? On les a donc immédiatement plus solides.
Mais, en oulre, je crois que, pour les sutures perdues, il y a un autre avantage à avoir des fils un peu gros. On sait que Lister a émis cette opinion, que les fils de catgut s'organisent, assertion fort mal
INSTRUMeNTS ET SUTURES
accueillie d'ailleurs. Cependant, l'éminent chirurgieu n'affirmait là que quelque chose de vraisemblable, car il ne voulait point dire que le fil s'organise au sens pri^pre du mol et prend de la vie pour son propre compte; mais il considère te fil comme une sorte de gangue que vont infiltrer les éléments jeunes et qui leur l'orme comme une carapace protectrice. Les éléments de la cicatrice se rassemblent à l'abri de ces Ris et cette cicatrice ne s'en forme que plus puissante et plus épaisse.
Je n'ai pas d'autopsie qui donne la preuve indiscutable de cette formation, mais le soin que j'ai toujours mis à faire avec de bon catgut bien préparé ces assemblages de fils et le succ&s que j'ai eu en obtenant ces cicatrices puissantes me permettent de penser que c'est bien là. un des modes de formation de ces cicatrices.
dans la solution phéniquée aqueuse au vingtième. Ce fil est supérieur à la soie parce qu'il est lisse. C'est, de tous les fils que j'ai employés, celui qui a le moins de tendance à couper les tissus et il est très facile à enlever lors des premiers pansements.
Aiguilles.
Pour passer les fils de soie ou de catgut, je me sers invariablement d*aiguille ù chas mobile. Je trouve que leur emploi est très expédilif, et je ne leur ai jamais vu d'inconvénient. La plus ancienne, l'aiguille de Reverdin, droite et courbe, me parait répondre à tous les desiderata, surtout pour passer les fils de calgul, mcme un peu gros (Fig. 14 et 15).
Pour les chirurgiens qui emploient exclusivement cette aiguille, il est prudent d'avoir, outre l'aiguille droite et courbe de gros calibre une aiguille, très fine. Il est tros précieux de l'avoir sous la main si on vient inopinément à la nécessité de faire quelques sutures intestinales. J'ai fuit figurer l'aiguille fine qui peut rendre cet office (Fi^. iO '.
Pour passer les crins de Florence, surtout si j'ai de grandes épaisseurs de tissus à traverser, je me sers trl's volontiers de Taiguille de Lamblin. Celle-ci, qui est beaucoup moins connue, est beaucoup plus
Ii2 INSrRUKENrS Ef SUTUBB8
INSrRUHËMS ET SITURES 143
Fij!. li;.^ ■ Aitfuill.! Fi-, 17. - Aiguille d>; Rcvonliii, tns ilu D' l.amblin.
liiK-.
Fip. i«.— Aiguille inoiiBsc (lu D' '^liftoipioiinièrPi
m INSTllCHENTS ET SUTDHES
simple que la précédente, car elle n'a aucun mt^canismo. Le chas ouvert est bouché par une petite pièce mobile que les tissus eux-mOmes chassent en place lorsque l'aiguille est retirée en arrière (Fig. 1 7).
Une petite difficulté de nettoyage est peut-être la seule objection à lui faire; encore, si l'on nettoie ces aiguilles avec le chlorororine, ainsi que je l'ai conseillé et exécuté depuis bien des années, pratique imitée aujourd'hui par beaucoup de mes collègues, ce nettoyage devient facile et sûr. Or, l'aiguille de Lamblin a l'avantage d'être fabriquée aussi solide qu'on le désire et de toutes les formes possibles.
Pour passer les fils à travers les parois du sac ramassées en pédicule ou pour traverser l'épiploon et, d'une miinière générale, tous les tissus qu'on ne veut pas pénétrer avec une aiguille pointue, j'ai fait fabriuin; sorte de grosse aiguille de lie verdiii, mousse.
recommande par des aiguilles d*autre forme. Mais je n*en sais aucune qui soil aussi commode et d'un manienienl aussi sur. Je ferai remarquer, par exemple, que, comme je passe des fils très profondément, ces aiguilles, avec leur manche gros et long, me permettent beaucoup de force et de précision. Je ne cours guère le risque de les briser, comme cela m'est arrive autrefois avec des aiguilles ordinaires, montées sur le porte-aiguille. De plus, il n'y a aucune difficulté pour enfiler les fils et pas d'aiguilles à préparer à ravance.
Pour celte opération du passage des fils à Taiguillc mousso, de façon à amener deux fils à s'associer en les croisant) j*ai fait dessiner trois figures qui me paraissent représenter très exactement les temps de cette opération.
Voici d'abord la figure 19, qui représente l'extrémité de Taiguille chargée du fil double qui vient de passer à travers rorilice que le fil double doit traverser. L'aiguille avait été plongée vide à travers la partie, elle avait accroché le fil double, elle l'a entraîné dans le trou.
Dans la ligure 20, l'aiguillée de catgut a été coupée; cela fait deux fils simples de catgut mis en place et que Ton croise pour les associer.
Dans la figure 21, les fils croisés ont été liés et les deux anses juises l'une dans l'autre, serrant, sans pouvoir glisser, les points intermédiaires aux deux fils.
IKSTHUMFNTS Er SUTL'PES
Fi^'. 20. — Les fils sont croisés.
raSTBCMEKTS ET SOTITHES
Ces trois figuiTs sont importantes, parceque le poial ainsi décrit se répète partout : seul ordinairement pour le pt'dicule si5reux ; miillipli'5 pour l'épiploon ;
multiplié aussi pour les grands sacs. Et, rnf^me lorsqu'il s'agit de certaines hémorragies difficiles à arrêter, de groupes vasculaires intéressés, ce poiul sera encore fait avec succès.
là pour la placer dans le bain antiseptique, solution d'acide phénique au vingtième, pour en pratiquer la purification définitive. Pour se rendre compte de Tulilité qu'il y a à nettoyer Taiguille avec laide du chloroforme, il n'y a qu'à regarder le liquide qui a servi à opérer ce nettoyage et les nombreuses impuretés qu'il renferme toujours.
C'est en insistant sur ces soins qu'on voit disparaître de sa chirurgie les points de suture donnant delà suppuration, les fils qui coupent prématurément et surtout les accidents graves qui peuvent résulter du passage de ces aiguilles insuffisamment purifiées à travers l'épiploon ou à travers le pédicule séreux de la hernie.
En dehors des aiguilles qu'il fallait étudier en détail, quelques-uns des instruments que j'ai l'habitude d'employer pour celte opération méritent une mention* »
Ciseaux fins.
J'emploie partout, au cours de mes opérations, les ciseaux. J'cslime qu'on peut en tirer un meilleur parti que ne le font beaucoup de chirurgiens. Mais en outre, pour cette opération, je leur fais jouer un rôle particulier. Jusqu'à l'arrivée sur le sac, j'emploie
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lies ciseaux de dimensions ordinaires ; mais, pour faire la dissection du sac, j'emploie des ciseaux de dimensions et de forme particulières. Ce sont de petits ciseaux analogues à ceux qu'on emploie en chirurgie
P\?,. 22. — Ciseaui (ins et mousses du D' Cham pionnière.
oculairt', mais avec des exlitSmités mousses et même larges ; la figure 22 en donne les dimensions
rapport. Depuis que M. CoUin a muni ce modèle de rarliculation à pivot avec doigt métallique latéral, j'ai eu des ciseaux qui sont restés indéfiniment bien ajustés, malgré un emploi très fréquent.
Pince ecarteur.
J*6mplo!e pour toule ma chirurgie des pinces qui répondent à une habitude opératoire que j'ai toujours préconisée : se passer d'aides dans la mesure du possible, et, quand Ta'de devient indispensable, le tenir aussi éloigné que possible du champ opératoire. J'ai fait construire des pinces à larges griffes du modèle indiqué par la figure 23. Ces pinces ont des usages multiples, dont le principal est de saisir et d'écarter les lèvres delà plaie. La pince mise en place peut le plus souvent écarter par sou propre poids. Dans le plus grand nombre dos cas, ce poids suffit à maintenir l'écarlemcnl nécessaire. Mais, dans les casoù cela ne serait pas suflisant, on peut faire tirer par un aide sur les anneaux de la pince et il est inutile de lui faire placer les mains à proximité pour assurer ce service.
Ce n'oïit pas le lieu d'indiquer les autres usages de cette pince. Cependant, je note en passant qu'à cause de ses larges mors et de ses griffes puissantes
aucun ÏDsIrument o'est plus propre à saisir et h retenir- une pariie de tissu importante et ayant une ten-
Frg. 23. — Pince êtarleur du D' Clianipioniiière.
dance à fuir, et en mèn:ic temps à assurer la fermeture de gros vaisseaux diffîciles à saisir (Fig. 23).
une griffe simple. On peut s'en passer sans doute et je m'en suis passé bien longtemps, mais elles sont
Fig. 2*. - I*iiices allongées à pointes.
vraiment commodes et simplifient sérieusement la manœuvre (Fig. 2i).
Pinces hdmoslaliques avec et sans pointes.
Avant de les employer, je me servais, pour cet usage, des pinces hémostatiques à pointe, une forme d'instrument que j'ai demandé, depuis longtemps à M. Collin. Sur des tissus durs, fibreux, sur un vaisseau isolabic, la pince hémostatique ordinaire a trop .de chances de glisser, surtout toutes les fois qu'on est dans la nécessité de ne saisir qu'une très petite quantité de tissus. J'ai toujours un groupe de ces
151 INSrBL'MlîIÏTa ET eUTDRES
pinces h'^mostuliquea qui me rendent des services
es hémostaliques, n et snns poioles.
très imporlanis pour certaing temps de l'opiînilion et que yi garde en réserve {fig. 25},
pinces, dont j*ai toujours deux ou trois exemplaires à ma disposition (Fig. 26 et 27).
Fip. 20. — pj'liles pinces clainp. Fig. 21, — Mors de la môme-
pitice.
INSTRUUENTS ET gOTCRES
Pinces à larges mors.
Pour saisir les lèvres du sac séreux lorsque je viens de l'ouvrir et pour le repérer sûrement, j'ai fait faire des pinces plus larges que les pinces hémostatiques à
INSTRUMENTS ET StTURES
Pmce à fourche.
Enfin, je termine celte énumération instrumentale par la description d'une pince que Ton m'a vu employer dans toutes mes opérations, pince dentée à fourche avec laquelle je saisis toutes les membranes que je vais traverser avec une aiguille. C'est une manière de les tendre au-devant de Taiguille qui
Fig. 29. — Pinces à fourche du D*^ Champiounière.
va les traverser. On facilite beaucoup les sutures par cette petile manœuvre. Pour le péritoine et pour la peau, on obtient des résultats très satisfaisants. J'ai adopté cette pince dans mu pratique après avoir vu mon confrère et ami, le D'^Brucli, d'Alger, employer, dans le même but, une pince à fourclie à mors ordinaires. J'ai eu ridée de la rcinplacer par une pince à fourche dont rexlrémité des branches porte de petites griffes, et cette pince a été, depuis, adoptée par un grand nombre de chirurgiens. J'ai appris depuis que Desmares père employait, pour faciliter la suture des paupières, une pince absolument semblable, mais de très petite dimension. Elle avait été, je crois, singulièrement oubliée (Fig. 29).