‹ Chirurgie opératoire. Cure radicale des hernies, avec une étude statistique de deux cent soixante-quinze opérationsChapitre 38 sur 121 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

OPÉRATION POUR CRÏPTORCHIDIE (ECTOPIE ABDOMINALE).

Tandis que l'ectopie testiculaire inguinale est cliosc encore assez commune, la cryptorchidie vraie, c'csl-à-dire la persistance des deux testicules dans l'abdomen, est une difTormîté assez rare. Elle est si rare que, malgré l'examen de nombreux hernieux.

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sur ces cas», et je suis convaincu que certains fail» bizarres où la constitution de la paroi a donné lieu à des interprétations singulières n'étaient que des ectopies pariétales insuffisamment analysées.

Il n'y a, au fond, rien de bien surprenant dans cette confusion, car, si elle est dans Tanatomie, elle est aussi dans les mots, puisqu*on a été jusqu'à désigner comme cryptorchidcs tous les sujets chez lesquels le testicule est hors de la place normale. On a dû faire la même erreur de désignation pour les opérations destinées à remédier aux difformités.

Cela est si vrai que, dans leur monographie sur le testicule, MM. Monod et Terrillon nous disent que Tectopie iliaque ne parait pas pouvoir être justiciable d'une opération, et cependant M. Monod fit à la Société de Chirurgie une communication sur ce sujet pour relater les cas de cryptorchiJie opérés avant celui que j'ai fait connaître. II est facile de s'assurer, à propos de cette communication, qu'il n'a cité aucun cas (f opération faite pour cryptorchidie vraie antérieure à la mienne. Il ne s'agissait que d'eclopie dans le canal inguinal.

Le cryptorchide, c'est-à-dire le sujet atteint d'ectopie tesliculaire double avec testicules cachés dans^ Tabdomen, est un sujet très rare et dans une situation particulièrement misérable. C'est, d'ordinaire, un hernieux porteur de hernies plus ou moins gt^nantes.

Son développement s'est arrêté comme celui de-

tous les sujets dontler testicnleB D'ont pas accompU leur descente ; et de ces testicules qui oe jwiiTent être utiles à rien il souffre quelquefois. En effets la glande qui est située dans la fosse iliaque snbït quelquefois un petit moaTement de descente tots le canal inguinal, où elle s'engage fc la partie supérieure, et cet engagement est accompagné de phénomènes dou- loureux, ordinairement très pénibles. Dans ce cas, le sujet qui se développe mal en vertu de sa difformité ' est, en outre, constamment souffrant, ce qui n'est pas fait pour lui donner de la vigueur et rendre & sa vita.lité ce qui loi manque.

Dans les modiBcations que l'on peut faire subir à un pareil sujet, il y a du connu et de l'inconna. On ' peut lui faire subir la etm radieak de tas Aemiet, étil n'y a aucune raison pour qu'un ne réussisse pas.

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et d'exécuter une opération pouvant mener à une conclusion. Malheureusement, mon opération, si heureuse qu'elle ait été, n*est pas encore assez ancienne pour répondre à toutes les questions. Le sujet a bien vu disparaître tous les inconvénients de ses hernies. Il a vu disparaître les douleurs que faisaient naître les déplacements d'un testicule qui venait de temps à autre s'engager dans la partie supérieure du canal. Quant au développement, je n'ai pu revoirie sujet que très récemment. Comme tant d'autres, il a échappé à mes dernières recherches, bien que je Taie déjà revu après un temps raisonnable. Il est certain que, chez ce sujet, chétif jusque-là, ils^estfait en tout près de trois ans (trente-quatre mois) un énorme développement physique et intellectuel depuis la descente artificielle des testicules. Mais il est impossible de dire jusqu'où elle ira.

C'est en 1887 que je vis pour la première fois Tenfant sur lequel j'ai fait cette double opération. On me l'amenait à cause de douleurs violentes, dont une hernie avait été le siège. C'était un enfant de dix ans, malingre, souffreteux, il avait l'dir d'en avoir huit à peine. Il portait deux hernies inguinales datant de la naissance. Ces hernies ne se dilataient pas beaucoup. MOme après une station debout prolongée, leur volume augmentait peu. L'enfant^ du reste, était peu actif.

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La hernie droite était le siège, de temps ca temps, de douleurs vives qui prenaient par crises et que dissipait un repos assez prolongé. Au palper, on sentait les viscères qui s'engageaient dans lo canal à droite, et, en pesant asseï fort sur l'abdomen, on réussissait à sentir h la partie supérieure du canal inguinal le testicule, que l'on y refoulait un peusana ri^ussir à le faire descendre plus bas, à le faire saillir l)ors du canal.

Cette manœuvre était, du reste, fort douloureuse. A gauche, on sentait les viscères qui descendaient, mais il était impossible d'entraîner le testicule comme du C(Ui!! opposé.

Le testicule sii''geait des deux c6tés dans la fosse iliaque. Il était évident néanmoins que, du côté droit, il jouissait d'une certaine mobilité, tandis que celui

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OPÉRATION POUR GRYPTORGIIIDIE DOUBLE (EGTOPIE ABDOMINALE).

L'enfant T..., âgé de dix, ans fui opéré du côté droit, le 26 octobre 1887.

L'ouverture de la hernie ne différait pas sensiblement de celle à faire pour les opérations ordinaires. Mais il fallait s'attendre à rencontrer de la difficulté dans la recherche du testicule. J'avais pensé qu'il serait possible, une fois le sujet endormi, de le chasser dans le canal inguinal par des pressions sur le ventre avant de faire Tincision. Mon calcul fut déjoué. Je croyais y avoir réussi. Mais, soit que j'aie senti autre chose que le testicule dans la hernie, soit que celui-ci eût échappé à Taide qui comprimait Tabdomen pendant l'incision, je ne trouvai rien du tout à l'ouverture du sac.

Heureusemenl,jcreconnusbicn vite une disposition qui me permit d'attirer aisémenl le lesticuledans cette opération et dans la suivante. Sur la paroi interne et postérieure du canal inguinal, j'observai un petit soulèvement de la séreuse, qui est en rapport avec les tractus qui relient le testicule au voisinage du canal inguinal et, en plongeant une pince dans cette direction, j'eus bientôt fait d'amener dans le canal le testicule avec son épididyme allongé.

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Des traclioDS très énei^qaei l'diaiBSèreiit umz ponr me permettre de l'entourer de la séraue et de détacher de celle-ci de ^anda lembeaux poar en recouvrir le testicule. Je cherchai alors h isoler l'épididyme, puis le canal déférent au-dessus, à les détft> cher de toutee sortes de trousseaux fibreux, en ménageant le canal déférent et l'artère spermatique. A la suite de cette manceuvre, le testicule devint facile à abaisser. Au dessus de lui restait dans le canal inguinal la séreuse qui pouvait être détachée et ramassée en forme de pédicule herniaire, et qui bit traitée comme pour toutes les hernies congénitales.

Pour le testicule abaissé, il ne restait plus qu'à lui trouver une place dans' le scrotum et ^ le fixer là. Dans le scrotum nidimentaire, je creusai une loge doigt. Le testicule y fut gliasé avec les

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mêmes difficultés se reproduisirent. Même en ce qui concerne le testicule, les difficultés furent plus grandes : il fut plus difficile à rechercher, à isoler et à abaisser. Il ne fut forcé en bas qu'après des tractions vraiment violentes et, pour Tamener à s'y maintenir facilement sans tendance à remonter, je dus dénuder le canal déférent et réduire à bien peu de chose les éléments du cordon.

Les suites de ces deux opérations furent très simples. Elles guérirent sans suppuration aucune. Quand le patient sortit au bout de deux mois, Tétat était satisfaisant, les hernies étaient parfaitement guéries. A droite, le testicule semblait avoir une tendance à remonter vers Tanneau inguinal externe. A gauche, le testicule, beaucoup plus petit et de misérable apparence, remontait vers la racine de la verge.

Au bout de quelques mois, ces dispositions s'étaient accentuées un i)eu, mais Tenfant était déjà beaucoup amélioré, ne souffrant plus de ses hernies et paraissant en voie de grandir.

Revu près de trou ans plus tard, le 6 juillet 1890, Tenfant s'était modifié au point d'être méconnaissable. Il avait grandi dans une énorme proportion. 11 était infiniment plus intelligent et ne différait plus des enfants de son âge.

Le testicule droit était remonté un peu vers la

racine des bourses et vers l'anneau correspondant ;

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mais il était assez défendu par la branche montante du pubis pour qu'il ne pût être heurté par les chocs on avant. Il avaitautant dedévoloppement quelestesiticules des cnTants de cet âge. A gauche, au contraire, le tesliculc étiiit resté atrophié, n'ayant, en quelque sorte, pas changé d'e volume depuis l'opération; il ne causait plus aucune douleur. Mi>me il ne paraissait pas assez sensible pour un testicule normal.

Pour les hernies, le succès était complet. Pas d'impulsion, pas de douleur et l'enfant avait passt^ par des périodes de toux qui auraient pu altérer les résultats de l'opération.

C'était donc Lien un succès complet pour les hernies; et, pour les testicules, un des cdtés donnait pleine sulisfaction. Du cûté le moins favorisé, les résultais étaient encore appréciables, car les douleurs

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déplacement amène aussi la richesse en spermatozoïdes.

Mais je mets les choses au pire et je suppose que tout cela ne soit pas, que le sujet n'ait dans la possession d'un testicule à rextérieur qu'une satisfaction platonique; il resterait toujours ce fait indiscutable, que les douleurs sont disparues, que les hernies sont disparues et que le sujet est passé de son état dinfirmité redoutable, toujours pénible et croissante, à un état absolument identique à celui de ses contemporains plus heureux dans le développement des organes génitaux.

Je crois qu'il suffit de ces considérations et de cet exemple pour faire apprécier la valeur de mon opération et pour encourager les imitateurs.

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