MÉTHODE ANTISEPTIQUE
bonne volonté à Tcndroit de la chirurgie antiseptique, mais il faut en avoir une expérience complète, de manière à r*lre assuré contre tout échec. Le chirurgien qui veut faire la cure radicale d'une façon courante doit y être préparé de doux façons différentes : il doit avoir étudié avec soin la technicpie de. la cure radicale, il doit avoir opéré assez souxenl des hernies étranglées pour ne pas apporter à son opération sur la hernie non étranglée un danger du à son inexpérience des hernies. Mais, en outre, il doit avoir une expérience consommée de la chiiurgie antiseptique.
Sans décrire donc, à propos de celle opéralion, toutes les manœuvres de la chirurgie antiseptique, j'insisterai sur les principales qui doivent attirer tout particulièrement Tatlention.
Tout d'abord^ le nettoyage de la région. Celle-ci, surtout celle du pli de Taine, est tout particulièrement infectée et difficiie à purifier. Le bain préalable, avantageux dans bien des cas, doit souvent être évité, surtout quand on opère des sujets à l'hôpital et en hiver. Un nettoyage de la région suffit du reste quand il est bien fait. 11 est bon de le pratiquer en plusieurs temps.
Je commence d'ordinaire pur un lavage préalable avec Teau de panama, c'est-à-dire avec la décoction de (/uillaya saponaria^ avec lac|uelle on dégraisse les étoffes. Celui-ci doit ttre fait la veille ou Favanl-
472 METHODE ANTISEI'TIQUt
veille, puis rejiris uu peu avanl l'opéralion. A ce monioiit, je fais alors laver â nouveau la région avec du savon et île l'eau pliiJniquée ferle, soit au vingtième. Ou rase alors le sujet, si la veille il n'a d^'}k éié rasé au moment tlu premier lavage. Lo ri^gion est alors ]a\éc à nouveau avec de l'eau pliiV niqu(?e forle (1/20), pure celle fois, l'nis, des compresses imbibées d'eau pbén'qiiée faible, au (juarautiëme, sont laissées sur lu r^'gion Jusqu'au moment de l'opi^ration, c'est-à-dire, eu général, piMidant (pi'on chloroformise le maiadi:.
Avaul l'opération, nouveau lavage 2i l'eau phéniquée forle (1/20), Le champ opératoire est onlouriï avec des compresses imbibées d'eau pliéniqitée faible et l'opération est pratiquée avec toutes les conditioua ordiniiires des opérations antiscptioues. .^H
ET PANSEMBNT 473
que mes opérations ordinairement parfaitement apyrétiques. Je crois que le nuage médiocrement antiseptique agit surtout comme une pluie fine qui débarrasse le champ opératoire de certaines poussières en suspension dans Tair de la salle.
Je ferai remarquer, du reste, qu'à Tencontro de bien des chirurgiens, j*opère toujours à Thôpital, au milieu dun grand nombre de spectateurs^ auxquels je n*imposo ni préparation ni serment^ qui conservent leurs vêtements et qui s*approchent de moi aussi près qu*ils veulent, sans toutefois toucher au champ opératoire, aux instruments ni aux solutions. Mais leur proximité, leur nombre souvent très grand peuvent être considérés comme menaçants; et je crois que lexagération des précautions est bien indiquée pour se défendre de tout ce qu'ils pourraient apporter. Ma manière de procéder me paraît constituer une défense suffisante, car je n*ai jamais obsei*vé d'accidents qui puissent être imputés à leur présence. Et j'ai cet avantage que j'estime beaucoup de rendre absolument public chacun de mes actes opératoires et de permettre à tous, sans exception, de suivre les résulta/s des opérations dont un registre, que tout le monde peut consulter, donne le résumé.
J'emploie cette pulvérisation tunt <[ue la grande cavité séreuse est ouverte, parce qu'alors la cavité de ma plaie est en quelque sorte indéfinie et je ne
puis espérer par mus lavages on atleiiitlie tous les recoins. Quand le pï'riloinc est Icrmiî, je 1& fai» suspendre, car )a plaie qni reste sera liiVL'e dans tous ses recoins.
four que celle puivrrUatinn ne soit pris gi'nnnle, loul en ctant lr?s eflicacp, il faut employer un appareil di'termiin', Je continue b, recourir au pulvérisateur à vapeur ijue M. ('ollin a construit puur moi, d'après les préceptes antrcrois donnés pap Lïalcr. On a copié bien des fois ce pnlvt^risateur, et ceux demt'-nie forme sont innombrables. Il faut l'aire attention, toutefois, que les pit'ces principales doivent ^Ire ili^pnsi^es de (elle sorte que la pulvérisatiou soil L'xlr(''mcmcnlfine, sans quoi, pour lo malade comme pour le cliinir^ien, l'extrC'nie liumîditft apportée par le Ji.-l peut (''Ire Irï's mauvuise. .^J^H
476 MÉTHODE A«T1SK1>T10UI!:
esarainé avec soin, cl il cal souvent prudent de h laver immédiatement avBc une solution phéntqu^ forle.
Si l'épiploon est attiré au di>ltors, les ligatuM ayant é[t5 faites, on doit tirer au dehors tout ce qo) peut f'tre retiré, pour toucher avec l'eau phëniquil forte la partie de l'épiplouu qui va vemonler dans li ventre et qui pourrait avoir été contaminée. Si aS al tend que l'exciaion ait été faite pour piatiqucr oé! lavage, il peut arriver qu'on n'ait plus assez de prît pour faire exécuter cette descente à l'épiploon tiraillé et que la purification soit incomplète, sans compter que le tiraillement sur les fils les expose & gliasct cl peut vous conduire aux hémorragies.
Apr^s l'excision, le moignon éplploïque est ( nouveau touché avec l'eau forte.
i*an8Emi!:m 477
Puis jo termine les sutures , je phce un drain et j'applique le pansement proprement dit.
Pour la cure radicale, ma technique a toujours été la même. Je suis très exactement les préceptes de Lister, mais avec une technique assez personnelle. La base du pansement est Tiodoforme, en en employant la plus petite quantité possible et surtout en en mettant aussi peu que possible en contact direct avec la plaie et avec la peau.
Une très petite quantité de gaze iodoformée très chargée, fabriquée dans monsercicey est mise en contact avec la plaie et par- dessus des sachets fabriqués avec une poudre composée dans laquelle entre une très petite proportion d'iodoforme :
lodororme \
Poudre de benjoin / Pari ies
Poudre de Quinquina > égales en •
Carbonate de inagursic saturé d*es.^enco \ poids,
d'eucalyptus /
Comme de ces poudres Tiodoforme seul est lourd, sa proportion reste très petite par rapport à la masse
de la poudre.
Le sachet est constitué par un fragment de gaze ordinaire, très commune, bouillie dans de Teau phé-
*78 UËtlhODK AJITlSBPTIOL'Éi
iiLqiii5eau quarantième, pour la (Ic^hairasser de l'appnH et pour la purifier. On remplit ce fr^meot d'L'toire d'une pelifo quantité de pondre alors que l'étoire est encore humide ul on maintient les sachels renTcrcn^s en boite close, de façon à les conserver Il lira ides.
Trois ou quatre sachets ayant 6t6 placés par-dessus la ^a/e iodoformiîc, je recouvre le tout d'un imperméable. J'emploie ItHofTo dite Miickintosb, coton recouvert di; caoutchouc; j'ai employé également d'autres étoffes imperméables et moins chères. On empi^che ainsi le pansement d'f'tre par trop sec, el, bien qu'on en ait dit, les pansements qui sachent ut collent aux lèvres de la plaie uo permettent jamais des rénuions aussi satisfaisantes que les pansements qui redite [itlégèrement humideï dans leur profondeur
PANSEHENT 479
habituellement très abondant; mais, s il se produit, il est absorbé et neutralisé en quelque sorte par Touate de tourbe qui Tabsorbe et ne permet aucune putréfaction ni aucune infection secondaire de la plaie qu'elle protège.
En outre, Touate de tourbe est bien plus élastique que Tonale de coton ; elle est donc précieuse pour exercer une compression régulière sur la région. C'est qu'en effet le pansement doit être antiseptique, mais il doit aussi avoir une action compressive très marquée. Et cette action compressive doit se maintenir bien régulière jusqu'à la fin du traitement.
Par-dessus la masse d'ouate de tourbe qui protège la région opérée, les bourses, le bassin et m^me le tour de Tabdomen, un double spica, prenant les deux aines et même le périné, est appliqué pour la plus commune des opérations de hernie, celle qui se pratique pour la hernie du pli de l'aine, de la région inguino-crurale. Ce spica est fait avec une bande de tarlatane apprêtée, large de 15 à 18 centimètres ; et, dans la région de Taine opérée, je .place encore un paquet décompresses ou une serviette pliée, de façon à assurer dans cette région, en particulier, une compression énergique. Si la bande employée est faite de gaze apprêtée et mouillée, elle sèche et se durcit après le pansement et maintient celui-ci très bien en place. Il devient même assez dur pour constituer une sorte de bandage inamovible.
480 MÉrDODB AMISEPTIOUK
Ce premier bandage doit rester en plucp en (général pendant huit jours. Il ne prâsenle gu(*re que l'inconvi.^nient dVlre aisëmcnl souîlld par l'urine, ce qui me fait hsibituellement prendre lu pri^cantion de placer mon imperméable sur la verge un l'ouvrant d'un large trou où passera la verge. L'imperméable lient le pansement humide et empi^che la plaie d'(''lre souillée par l'urine.
Pri'inicr pansement.
En principe, si le pansement était lâché trop largement, il faudrait craindiede le maintenir Irop longuement en pince . Mais , dcpuîa que j'emploie Tonale de tourbe, }e n'ai plus jiimais eu ce souci cl je
Il y a, du resle, pour ce premier pansement un tâtonnement à faire, une véritable expérience à prendre, dont dépend beaucoup la netteté des phénomènes de la réparation.
A ce premier pansement, le drainage est assez régulièrement supprimé. Si le pansement est fait seulement au bout de huit jours, il n*est que temps de faire cette suppression. Il y aurait même sans doute quelques avantages à la faire un peu plus vite. Mais comme il y a d'autres avantages à retarder ce premier pansement, je passe par-dessus ce petit inconvénient et le drainage est supprimé ainsi au bout de huit jours.
Je coupe au moins les (ils les plus profonds et en général tous ceux qui tirent. Il est bon, toutefois, de laisser quelques-uns des plus superficiels, si Ton ne veut pas voir la plaie bailler dans les points qui ont subi un léger enroulement.
Je couvre alors la partie de la plaie qui est la plus
éloignée de Torifice du drain avec un lint imprégné
(le pommade boriquée (acide borique, 20 grammes ;
vaseline pure, iOO grammes) et je recouvre rorificé du
trou où existait le drain avec un petit fragment de
gaze iodoformée. Par-dessus, je place à nouveau mes
sachets de poudre composée, puis Fouate de tourbe,
les compresses et le spica identique à celui qui
avait été appliqué après Topéralion.
Ce pansement n'est accompagné d aucun lavage;
48i MËruoDE AitTiSËrnoi'i;
tt, s'il me semble que quelque inipurc'It' soit dans It"^ clianij) Je la plaie, je me conk'iilc île passer une compresse mouillée dans le poinl carrespondiint.
Deuxième pansement.
Oi'iliniiiremcnt, ce nouveau pansement est laissé aussi huit jours environ, puis il est ouvert ilans les ml^mos conditions. Les HIs qui restaient sont coupés et enlevas, et le pansement est remplace par un iînt imprégné de pommade boriquée. Par-dessus, ouate de tourbe, compresses et spica, toujours 8L'rr(5.
£[1 elTet, si le pansement n'a plus pour mission de jinilriji-r une phiiv \\u\ est fermée et dont il n'y a pla^
l'AKSEMEM iSi
d'iine cicatrice solide. J'estime, en eiret, que Irois semaines sont un minimum do séjour au lil qu'il ne faut pas in^gliper. Je pense nn'me que, s'il Ùtait possible de faire duier ce séjour davanlagc, cela vaudrait mieux encore.
J'en ai eu In preuve bien nette dans certains cas où des nécessités diverses avaient maintenu les sujets au lit beaucoup plus longtemps. Or, cela avait toujours 6i& au grand bénéfice de Topéré; et les résultats de la cure n'en étaient que plus parfaits. Mais je reconnais, apr^s expérience faîte, que cette durée de trois semaines est déjà dîflîcilo à obtenir et, pour ne pus exiger l'impossible, j'insiste au moins pour que ces trois semaines ne soient pas écourtées.
J'ai indiqué assez complètement ma technique de pansement, pour qu'il n'y ait aucun doute sur ma manière de faire, et je tiens, en ce qui me concerne, à l'exécution des moindres détails dont l'expérience m'a appris l'utilité. Mais je conçois fort bien que d'autres réussissent en employant une leclinique de pansement différenle. Toutefois, j'insiste sur ca fait : quelle que soit la Iccbnique employée, il faut quelle soit parfaite, irréprochable et toujours régulière. Sans cela, l'opération, dont le mérite principal est la régularité, la sécurité, l'cfficacilé constante, perdrait une grande partie de sa valeur.
Que l'on n'oublie pas, par exemple, qu'aus-^iti!it que l'opération aboutit à une suppuration, même léyère.
484 MÉTHODE A^rTISEPTIQCJB
non seulement elle compromet la sécunié du sujet , mais elle compromet tout autant la solidité des résultats. Immédiatement, ce sont les complications péritonéales qui sont menaçantes ; plus tard, ce sont les cicatrices de suppuration qui ont une tendance à céder. Aussi, non seulement il faut que le commencement ait été irréprochable, mais il faut que, jusqu'à la fîn, la surveillance du pansement jusqu'à guérison parfaite assure qu*aucune suppuration, môme en apparence insigniQante, ne viendra contrarier la fin du traitement.
Si, dans Timmensc majorité des cas, j'ai employé cette technique antiseptique que j*ai décrite minutieusement, j*ai cependant eu des occasions d'essais divers assez dilTéreats. Mais je n*ai jamais fait ces essais que lorsijue Texpérience d'autres opérations me les avait révélés pleins de sécurité, parce que la cure radicale ne permet aucune sorte d'essais proprement dits : il faut pour elle marcher à coup sûr.
Si je n'entre pas dans la description de ces essais, c'est qu'ils ne me paraissent pas devoir faire partie d'un livre consacrr à la cure radicale. C'est seulement en entrant dans les détails de la chirurgie générale qu'on peut en apprécier la valeur. Le fait le plus important à retenir, c'est que, tout en ayant une technique facile à appliquer, peu olTensive, de résultats bien conslanls, il arrive que l'on soit obligé de s'en écarter, des sujets rares ont besoin de topiques
exceptionnels. Dans ces cas, il faudra donc varier et appliquer les topiques différents avec Tesprit de protection constante, suffisante, exagérée même, qui doit animer celui qui pratique la véritable chirurgie antiseptique.
Sans entrer dans tous les détails de la chirurgi antiseptique, je rappelle, en terminant ce chapitre, qu*au cas où des complications inflammatoires, c'està-dire septiques, viennent troubler la réparation plus ou moins tardive, c*est à Temploi d'une très petite quantité d*un modificateur très puissant que j'ai recours. La solution aqueuse de chlorure de zinc au douzième ou au dixième est Tagent antiseptique puissant qui ma toujours rendu service, en dépit des affirmations de certains expérimentateurs qui nient sa valeur microbicide.