MANIPULATIONS DANS LE DÉCUBITUS VENTRAL
manœuvres modelantes peuvent rendre les plus grands services et ne sont nullement dangereuses.
C'est principalement sur la gibbosité costale que s'exercent ces pressions ; les apophyses épineuses offrent trop peu de prise aux doigts et les pressions ou les tractions exercées sur elles ne peuvent avoir un effet mécanique suffisant : d'ailleurs, on agit plus directement et plus efficacement sur les corps vertébraux qu'il s'agit de remettre en place par l'intermédiaire des côtes que par le moyen de l'apophyse épineuse, avec la déviation particulière de laquelle il faut compter.
FiG. 49- — Déformation oblique ovalaire du thorax dans la scoliose (Lorenz).
Le thorax des scoliotiques présente une élongation de son diamètre dans la partie qui correspond à la gibbosité (fig. 5o) ; cette élongation se fait suivant une ligne oblique d'arrière en avant et de dehors en dedans (de droite à gauche, dans la scoliose dorsale droite). C'est suivant ce grand axe que l'on dirige les actions mécaniques qui ont pour but d'en effectuer la réduction. Au moment où il exerce la pression, le chirurgien recommande au malade de faire une inspiration pour solliciter le thorax à se dilater perpendiculairement au sens suivant lequel on le comprime et pour que, soutenu par l'air, il offre un appui solide à la main qui cherche à le déformer.
1° Manipulations dans le décubitus ventral. — a) L'enfant étant couché à plat ventre, le chirurgien, placé à sa droite, appuie la paume de ses mains superposées ou juxtaposées sur la gibbosité et exerce sur celle-ci des pres sions rythmiques d'intensité croissante, dirigées suivant le diamètre allongé du thorax, c'est-à-dire de droite à gauche et d'arrière en avant (fig. 5o). Pendant ce temps, un aide, placé du côté gauche, soutient d'une main la partie latérale gauche du bassin, de l'autre la partie latérale gauche du thorax
LA GYMNASTIQUE ORTHOPÉDIQUE
au niveau de l'omoplate gauche, pour donner un point d'appui au chirurgien.
6) Le chirurgien, placé à gauche du malade, embrasse de ses deux mains superposées ou juxtaposées la moitié droite du thorax au niveau de la gibbosilé costale en exerçant sur le côté droit du thorax une sorte de traction, tandis que le genou droit, appliqué sur la moitié gauche du bassin, sert de point d'appui et empêche celui-ci de se dévier. Le même exercice peut se répéter en exerçant la pression sur le côté droit du thorax avec la main
FiG. 5o. — Manœuvres modelantes, pression directe sur la gibbosité.
gauche seulement, pendant que la main droite exerce une contre-résistance sur le côté gauche du bassin et réciproquement (tig. 5i, 52 et 53).
c) Le chirurgien, placé à droite du sujet couché sur le ventre, exerce avec son genou une forte pression sur la gibbosité (fig. 54), tandis que ses deux mains, embrassant l'une le côté gauche du bassin, l'autre l'omoplate gauche et l'aisselle, servent de point d'appui.
d) Le chirurgien, placé dans les mêmes positions, peut faire succéder aux pressions ou aux tractions faites sur la gibbosité costale, des pressions et des tractions exercées avec l'extrémité des doigts sur les apophyses épineuses correspondant à la courbure dorsale.
2" Manipulations dans le décubitus latéral. — a) L'enfant est couché sur le côté droit, la gibbosité reposant sur l'extrémité de la banquette et
MANIPULATIONS DANS LE DÉCUBITUS LATÉBAL 5c)
soulevée par un rouleau ; le chirurgien, placé devant lui, fixe de la main
B'iG. 5i et 52. — Pression sur la gibbosilé Ihoracique droite avec résistance sur la hanche opposée.
droite le bassin sur la banquette, et avec la main gauche il saisit le membre
FiG. 54. — Pression sur la gibbosilé Ihoracique avec le genou, résislance sur l'aisselle et la hanche opposées.
MANIPULATIONS DANS LE DÉCUBITUS LATÉRAL 6l
supérieur gauche près de l'épaule et, l'élevant au-dessus de la tête de l'en-
FiG. 55. — Manipulations dans le décubitus latéral sur le rouleau.
FiG. 56. — Manipulations dans le décubitus latéral sur l'avant-bras du masseur.
faut, il l'attire vers le sol de manière à infléchir le thorax en sens inverse de
GY^INASTIQUE ORTHOPÉDIQUE
la courbure verticale, et à déprimer fortement la gibbosité costale en l'écrasant en quelque sorte sur le rouleau (fig. 55).
6) Le chirurgien peut répéter la même manœuvre en remplaçant le rouleau par son avant-bras ou son poing gauche (fig. 56), qu'il interpose entre la banquette et la gibbosité.
Voici deux exercices que recommande Mme Nageotte-Wilbouchewitch, et qui combattent à la fois la courbure dorsale à convexité droite et la courbure compensatrice de la région lombaire à convexité gauche.
c) L'enfant est couché sur une table le côté droit du bassin reposant sur
Fig. 57. — Pressions 0|)posées sur les régions thoracique droite et lombaire gauche dans le décubitus latéral (M"»" NageoUe-Wilbouchewitchj.
le bord de ta table, tout le reste du corps débordant l'extrémité de la table : le côté droit du thorax, au niveau de la gibbosité, repose sur l'épaule d'une personne assise sur une chaise au bout de la table et regardant celle-ci, cette personne embrasse de ses deux mains le tronc de la malade au niveau de la région lombaire, pendant que la tète et les deux bras de celle-ci retombent derrière son dos, le bras gauche relevé par-dessus la tète et fléchi ( fig. Sy). On fait exécuter à la malade des inspirations profondes rythmées, pendant que la personne qui supporte le tronc exerce avec ses mains une forte pression de gauche à droite sur la région lombaire, et avec son épaule de droite à gauche sur la convexité thoracique de la malade.
d) L'enfant esfmouché reposant par le côté gauche du bassin sur l'extrémité de la table. Sa tète est supportée par l'épaule d'une personne assise sur
MANIPULATIONS DANS LA SUSPENSION
une chaise et dont les deux mains jointes embrassent la convexité dorsale tournée en haut. On a eu soin d'interposer entre la région lombaire et le bord de la table un rouleau dur, qui déprime la convexité lombaire gauche du rachis (fig. 58). On recommande alors à l'enfant de faire de profondes inspirations rythmées pendant que la personne qui soutient l'enfant exerce avec ses mains une forte pression de haut en bas (c'est-à-dire de droite à gauche) sur la gibbosilé thoracique.
Ces manipulations peuvent être variées de différentes façons ; il appartient au chirurgien de les modifier suivant le niveau et la disposition des
Fig. 5?. — Deuxième mode du même exercice {M"« Nageotte-Wilbouchewitch).
courbures, de manière à attaquer avec le plus de force et d'insistance les courbures principales et les plus fixes. On pourra, pendant qu'on travaille la gibbosité avec les mains, l'avant-bras, le poing, le genou môme, aider les efforts qu'on dirige directement contre elle au moyen de tractions exécutées par des aides sur les membres supérieurs et inférieurs de l'enfant.
3° Manipulations dans la suspension. — La manière la plus efficace d'employer les manœuvres modelantes et les manipulations, c'est de les associer à la suspension verticale. L'enfant étant soumis à l'extension par la tête seule, ou par la tète et les aisselles au moyen de l'appareil à suspension de Sayre, les pieds reposant néanmoins par la pointe sur le sol, le chirurgien placé derrière lui exerce sur la courbure vertébrale et mieux encore sur la gibbosité costale des pressions graduellement croissantes, pendant qu'un aide placé en face de lui immobilise le bassin. Il peut également soutenir de la main gauche la région lombaire en la déprimant de gauche à
GYMNASTIQUE ORTHOPÉDIQUE
droite, pendant que de la main droite il refoule la moitié droite du thorax vers la gauche. Ces manipulations, qui augmentent beaucoup la fatigue que détermine la suspension, ne doivent être commencées que quand l'enfant a déjà l'habitude de la suspension verticale ; elles ne doivent être répétées d'abord qu'un très petit nombre de fois et toujours suivies d'un repos pendant lequel on fait asseoir l'enfant (fig. Sg).
FiG. 59. — Manipulations dans la ^suspension avec l'appareil de Sayre.
11 faut avoir soin de diriger toutes les pressions dans le sens du grand axe de la cavité thoracique déformée par la scoliose, c'est-à-dire obliquement de droite à gauche et d'arrière en avant. On doit constamment, en faisant fixer le bassin solidement par un aide ou par une sangle qui le rattache à une barre horizontale, chercher à obtenir la détorsion du rachis au niveau de sa courbure dorsale, en faisant effort pour faire tourner la partie supérieure du thorax en sens inverse de sa déviation, c'est-à-dire de la droite vers la gauche.
Ces manœuvres de mobilisation, de déflexion, de détorsion peuvent être aussi répétées pendant que le sujet est suspendu par les mains à la barre
MANIPULATIONS DANS LA SUSPENSION
fixe (fig. 60), ou lorsqu'il est en position arquée, en avant, entre les perches verticales.
Dans ce cas on fait exécuter des balancements à l'enfant (fig. 61), et le chirurgien, placé derrière lui, accompagne chaque mouvement en avant d'une énergique pression exercée sur la gibbosilé.
On possède dans ces manœuvres modelantes et dans ces manipulations le
Fig. Co. — Manipulations dans la suspension par les mains.
moyen le plus puissant de mobilisation pour les déviations même prononcées et anciennes de la colonne vertébrale. Il est bien rare qu'en les associant aux mouvements de redressement actif exécutés par le sujet, à la suspension verticale, à la suspension latérale surtout, on n'arrive pas à faire disparaître la déformation pendant le temps que durent les actions mécaniques dirigées contre elles. Il est même d'observation commune de voir la correction persister, au moins en partie, quelque temps après chaque séance et de constater que cet effet tend à devenir de plus en plus durable. Aussi doit-on considérer cette gymnastique de redressement comme la partie essentielle du traitement de la scoliose.
BERGER ET DANZET. 5
GYMNASTIQUE ORTHOPÉDIQUE
On a pensé rendre plus régulier et plus méthodique l'emploi de ces moyens en en confiant Texécution à des machines et en substituant l'action mécanique de celles-ci à l'intervention de la main du chirurgien ou du masseur. Le dispositif le plus simple conçu pour atteindre ce but est l'appareil à rachilysis de R. Barwell, dans lequel des sangles tirent en sens opposé sur les courbures alternantes du rachis; l'appareil de M. Redard (fig. 62) en est une
.Cl. - Manipulations à la barre fixe (Redard). Fig. 62. — Appareil de Redard.
modification permettant de faire agir en même temps l'extension continue et la pression d'une bande de caoutchouc que l'on enroule en spirale autour du tronc, ainsi que Lorenz en a donné le précepte, et qui a pour but d'en opérer la détorsion. L'appareil de M. Kirmisson (fig. 63) se compose d'un portique muni d'un appareil à suspension et dont les deux montants portent des croissants métalliques qui viennent appuyer sur la convexité des courbures rachidiennes ; la pression de ces croissants est réglée par une vis, et on peut les fixer à la hauteur voulue grâce aux confisses dont sont creusés les montants qui les supportent.
MANIPULATIONS DANS LA SUSPENSION
Nous ne faisons que signaler les appareils beaucoup plus compliqués de Bodega, de Hoffa (fig. 64 et 65), de Schullhess : ces appareils entre les mains
FiG.63. — Portique de Kirmisson pour l'extension verticale et le redressement mécanique
(Mathieu),
de leurs inventeurs et de ceux qui sont habitués à les manier, peuvent rendre de réels services et faciliter la mobilisation des courbures vertébrales et le redressement du rachis mais ils ne se trouvent que dans des installations
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spéciales et, par conséquent, ne peuvent être d'aucun usage à la majorité de ceux qui ont à traiter des scolioses.
FiG. 64. — Appareil à détorsion de Hofl'a, vu de face.
Le seul traitement mécanique qui soit employé à Paris et dans lequel l'aciion des machines ait été substituée à celle de la main est celui que Ton pratique par la méthode de Zander et avec ses appareils ou des appareils analogues. Nous en donnons plus loin la description très détaillée, telle que nous
procédés employés en mécanothérapie pour le traitement des déviations" vertébrales.