CHAPITRE III
CORSETS ORTHOPÉDIQUES
Les exercices de gymnastique orthopédique seuls ou associés aux manipulations et aux manœuvres de redressement peuvent, dans certains cas, suffire à combattre une scoliose au début ou une scoliose peu accentuée ; le plus souvent la correction des déviations telle qu'on l'obtient par leur moyen est passagère et disparaît en grande partie avec leur emploi ; pour en retirer des effets durables, il faut, dans l'intervalle des séances de mobilisation et de redressement du rachis, maintenir le résultat obtenu en fixant le tronc dans la rectitude ou même dans la sur-correction obtenue par ces exercices. On se sert à cet effet d'appareils portatifs ou corsets, dont les uns sont façonnés par le chirurgien, dont les autres sont construits par le fabricant. Nous dirons tout à l'heure quelle règle il faut suivre dans leur emploi ; leur construction n'en reconnaît qu'une seule qui soit applicable à eux tous et qui est celle-ci : c'est sur le tronc placé dans la correction maximum des déviations pathologiques dont il est atteint que doit être moulé l'appareil de soutien. 11 faut donc, pour appliquer un corset, qu'un traitement orthopédique préalable ait permis d'obtenir la mobilisation et le redressement aussi complet que possible des courbures rachidiennes. Les corsets dont nous nous occupons actuellement sont tous amovibles; on trouvera plus loin la description des appareils inamovibles et l'indication de leur mode d'emploi.
§ 1. — Appareils faits par le cliirurg^ien.
C'est au corset plâtré que l'on donne la préférence; les appareils en feutre et en celluloïd sont, peut-être à tort, d'un emploi moins répandu. Le corset plâtré amovible est actuellement encore fabriqué suivant les principes établis par Sayre, dont l'invention a marqué une ère nouvelle dans le traitement des déviations du rachis.
APPAREILS FAITS PAR LE CHIRURGIEN
Pour obtenir le redressement des courbures rachidiennes au moment de la construction du corset plâtré, il suffît le plus souvent, après un traitement orthopédique suffisant, de placer le sujet dans la suspension au moyen de l'appareil de Sayre ; il faut qu'il puisse supporter cette position pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure, temps nécessaire pour l'application et
FiG. 66. — Application du corset, premier temps : des bandes de toile fixées aux mons, corrigent les déviations avant l'application de la bande plâtrée (M"" Nageotte- Wilbouchewitch).
la solidification des bandes plâtrées, et cela ne s'obtient pas sans des exercices préalables. La suspension se fera principalement par la tète ; elle ne peut donc pas être complète, et le poids du corps doit être en partie supporté par l'extrémité antérieure des métatarsiens et par les orteils, qui reposent sur le sol ; quelques manipulations modelantes pratiquées dans cette position auront pour effet de faire disparaître entièrement les derniers vestiges des courbures.
Dans les cas de scolioses invétérées ou très prononcées, pour déterminer
CORSETS ORTHOPÉDIQUES
reffacement complet des déviations, il faut ajouter à la suspension d'autres moyens de correction directs ou indirects.
L'un des plus simples est celui que l'on emploie dans le service de M. Brun, à l'hôpital des Enfants, et que recommande Mme Nageotte-Wilbouchewitch : l'enfant étant soumis à la suspension sous un portique, des bandelettes en toile, appliquées sur les convexités opposées de la région dorsale droite et
FiG. 67. — La bande plâtrée est appliquée par-dessus les bandes de toile qui maintiennent le redressement en laissant passer les cordons qui fixent celles-ci aux montants (M"° Nageotte-Wilbouchewitch).
de la région lombaire gauche, viennent se rattacher par des cordons aux montants opposés du portique à la hauteur voulue (fîg. 66), et l'on exerce, à l'aide de ces cordons, sur les courbures rachidiennes et costales, une traction en sens inverse suffisante pour en amener la correction la plus complète. L'appareil plâtré est appliqué par-dessus ces bandelettes, qui y restent enfermées, lorsqu'après sa dessiccation on coupe les cordons qui les retenaient en place (fig. 67).
Lorsque la torsion du rachis est très prononcée, on peut, comme Hofl'a
APPAREILS FAITS PAR LE CHIRURGIEN
le pratique, obtenir la détorsion du tronc par l'attitude même du malade, dont le bras gauche saisit le plus haut et le plus en arrière qu'il peut un montant vertical de l'appareil suspenseur, tandis que la main droite abaissée saisit en avant une autre tige verticale située à l'extrémité opposée du dia-
FiG. 68. — Altitude pour obtenir la détorsion du tronc (Hoffa).
mètre oblique où est la première (fig. 68 et 69). Une barre transversale, bas placée, à laquelle est fixé le bassin, l'empêche de suivre le mouvement de rotation du tronc et oblige ce dernier à se tordre de droite à gauche.
Lorenz pense obtenir le même résultat au moyen d'une ou deux lanières de caoutchouc disposées en spirale et qui embrassent les convexités costale droite et lombaire gauche en les refoulant en sens contraire.
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Avant de placer le sujet dans la suspension additionnée ou non de ces dispositifs spéciaux, on a eu soin de revêtir le tronc du tissu qui doit doubler l'appareil plâtré. Au lieu de ouate, qui se tasse, se déforme, s'imprègne de sueur et qui recèle bientôt toute espèce de malpropretés, on emploie
FiG. 69. — La même attitude, vue de dos.
actuellement un maillot collant, qui recouvre les épaules, les bras, le tronc, le bassin jusqu'aux plis fessiers. On donne la préférence à un jersey en grosse laine, tel que le portent les marins ; l'on peut, et ce doit être la règle pour les ajipareils inamovibles (Mme Nageotle-Wilhouchewitch), en mettre deux l'un sur l'autre, l'extérieur en grosse laine, l'intérieur en crépon ou en tissu plus fin, pour éviter les compressions. Il faut, comme Sayre l'a conseillé, appliquer au-dessous de ce jersey, au niveau des régions sous-ombi-
APPAREILS FAITS PAR LE CHIRURGIEN
licale et hypogastrique, une couche de ouate verticalement disposée, étroite, peu épaisse, que l'on retire après la dessiccation de l'appareil et qui permet de laisser un certain espace libre pour la dilatation du ventre pendant la digestion.
Il est bon, enfin, de placer dans l'intérieur de l'appareil, au niveau des épines iliaques et des aisselles, de petits coussins rembourrés de ouate qui,
FiG. 70. — Préparation à l'application du corset plâtré : le sujet revêtu du maillot
avant la suspension.
chez les sujets maigres, préviennent les lésions par compression de la peau en ces endroits.
Ceci fait, le sujet est placé dans la suspension, les courbures persistantes sont corrigées rapidement par des pressions manuelles ou par l'application des appareils spéciaux que nous avons mentionnés ; on superpose alors, méthodiquement et le plus régulièrement possible, de haut en bas et de bas en haut, les tours circulaires de bandes de tarlatane saupoudrées de plâtre et que l'on a tenues pendant quelques minutes immergées dans un bain d'eau froide, posées sur la tranche et non couchées horizontalement, jusqu'à ce que
76 CORSETS ORTHOPÉDIQUES
les bulles d'air, cessant de se dégager de leur partie supérieure, indiquent qu'elles sont suffisamment imbibées jusqu'au centre. Les tours débande plâtrée doivent entourer le torse et le bassin depuis les régions trochantériennes jusqu'aux aisselles (fig. 70 et 71). Au moment où l'on confectionne la partie supérieure de l'appareil, il est souvent utile de joindre à la suspension cervicale un peu de suspension axillaire, afin que les aisselles prennent un point
Fk;. 71. — La bande plâtrée est appliquée sur le maillot pendant la suspension.
d'appui effectif sur le bord supérieur de l'appareil quand on aura relâché celui-ci. On peut comprendre, entre les tours de bande plâtrée, quelques petites attelles en zinc, que l'on dispose verticalement des deux côtés de la ligne médiane en arrière ; latéralement on y intercale aussi parfois des tiges en acier ou en fer qui supportent des béquillons destinés à soutenir les épaules; enfin, plus souvent encore, on renforce l'appareil plâtré circulaire de quelques attelles en tarlatane pliées en plusieurs épaisseurs et imbibées de plâtre gâché à consistance liquide, comme celles dont on se sert dans le traitement des fractures ; toutes ces additions allongent la pose de l'appareil
CORSETS CONSTRUITS PAR LES FABRICANTS
et alourdissent ce dernier ; on n'y aura recours que dans des cas exceptionnels.
Dès que l'appareil plâtré est sec, on supprime la suspension ; il faut attendre au moins quelques heures pour rendre le corset amovible. On pratique une section verticale suivant sa ligne médiane antérieure ; on ramène le tissu qui double le corset et on le rabat sur les surfaces de section, de même que sur les bords supérieur et inférieur de l'appareil ; on fixe également de chaque côté de la section antérieure deux bandelettes verticales de cuir sur lesquelles sont cousues des agrafes ou des crochets, qu'on rapproche ensuite, au moyen d'un lacet. Il n'est pas mauvais d'avoir préalablement recouvert la superficie de l'appareil d'une couche vernissée, silicate de potasse, coUodion, ou de toute autre substance analogue qui empêche la surface plâtrée de se salir trop vite ou de s'émietter en poussière. Les corsets confectionnés de la sorte sont enlevés pour la nuit, les soins de toilette, les exercices gymnastiques et les massages ; avant de les remettre, il est bon de placer le sujet pendant quelques instants dans la suspension.
Ces appareils peuvent être renouvelés et modifiés suivant les nécessités du traitement; ils ne coûtent que la peine de les faire; ils sont d'un secours très précieux dans la clinique hospitalière et dans les policliniques réservées aux enfants des classes pauvres. Dans les premiers temps de leur application, ils remplissent bien leur office, mais ils contractent de l'odeur et se salissent ; l'effortqu'on leur fait subir pour les ôleret les remettre les use, les déforme, les casse assez promptement; aussi faut-il tous les quelques mois les remplacer par un corset nouveau. Telles sont les raisons qui justifient la préférence que méritent, toutes les fois qu'on peut y avoir recours, les corsets construits par les fabricants.
I 2. — Corsets construits par les fabricants.
Nous ne décrivons ici que les modèles de corsets qui sont d'un usage courant et que nous conseillons d'employer :
1° Le corset à barrettes de Ducresson a été modifié et transformé en un appareil solide et léger par Hessing.
C'est un corset en coutil, très exactement adapté à la taille, particulièrement aux hanches et à la base de la poitrine ; ce corset n'est ouvert et lacé qu'en avant, sur la ligne médiane ; un corset lacé en avant et en arrière ne pourrait, suivant Hoffa, présenter une solidité suffisante. Ce corset est baleiné et façonné de manière à ne pas comprimer les seins et à laisser complètement libres l'inspiration et l'expiration.
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La charpente de ce corset est constituée par deux arcs métalliques, qui épousent exactement les contours des crêtes iliaques droite et gauche ; l'extrémité antérieure de chacun de ces arcs métalliques descend jusipi'au dessous du niveau des épines iliaques antéro-supérieures ; leur extrémité postérieure arrive jusqu'en arrière du grand trochanter. Deux lames d'acier partent du sommet de la convexité de chaque arc métallique auquel elles sont rivées ; ces lames servent d'attelles pour la sustentation latérale du tronc; elles supportent à leur extrémité supérieure des béquillons rembourrés.
La partie postérieure du tronc est soutenue par deux fortes lames d'acier,
FiG. 72. — Corset à barrettes de Rainai frères.
placées de chaque côté de la ligne des apophyses épineuses et qui s'étendent de la région trochantérienne postérieure jusqu'au-dessus de l'épine de l'omoplate; ces attelles postérieures sont trempées en ressort par leur extrémité supérieure, de manière à assurer à celle-ci une certaine élasticité et à les faire appliquer d'une manière étroite et constante sur les régions scapulaires (fig. 72).
L'essentiel, dans la construction de ce corset, est d'ailleurs l'adaptation parfaite de toutes ces pièces métalliques à la surface du corps ; pour déterminer leur forme exacte, Holla conseille de placer le sujet dans une suspension modérée et, dans cette situation, de façonner sur le corps des lames formées d'un alliage de deux tiers de plomb et d'un tiers de zinc ; ces lames,
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très malléables, seront les patrons dont on se servira pour forger les pièces en acier de l'appareil ; mais des essayages faits dans la suspension sont indispensables pour modeler exactement sur les contours de la taille ces pièces en acier, dont on n'avait déterminé de la sorte que la forme et la disposition grossières. Des courroies terminent les béquillons; ramenées par-dessus les épaules, elles se croisent derrière le dos et vont s'attacher à des boutons que portent les arcs métalliques placés sur les crêtes iliaques; elles servent (comme dans le corset en cuir moulé que nous allons décrire) à empêcher les bras de passer par-dessus l'extrémité antérieure des béquillons. Deux autres paires de courroies, en se rattachant à des boutons métalliques, fixés sur les parties antérieures et postérieures de ces pièces métalliques, les réunissent transversalement en avant et en arrière, fixent le bassin et maintiennent le ventre. On peut, quand il s'agit de maintenir une scoliose droite très prononcée, ajouter à la contention obtenue par cet appareil un certain degré de traction élastique, au moyen d'une bande de caoutchouc qui, partant du béquillon droit, passe derrière le dos pour aller se fixer sur l'arc métallique correspondant à la hanche gauche.
Cet appareil, qui, pour être efficace, doit être construit avec le plus grand soin et contrôlé par des essayages multiples, est léger, peu apparent sous les vêtements ; il ne porte pas d'entrave aux fonctions de la peau. Il peut, dans une certaine mesure, se prêter à l'accroissement de la taille, les lames métalliques dont il est pourvu se composant de pièces ghssant les unes sur les autres et se fixant à la longueur voulue au moyen de vis ; c'est à lui que Hoiïa donne la préférence, même dans les cas de scoliose invétérée. 11 ne saurait néanmoins être comparé, au point de vue delà fixation solide du tronc dans l'attitude rectifiée qu'on lui a donnée, aux corsets qui nous restent à décrire.
2° Corsets en cuir moulé. — Le principe de ces appareils est d'enfermer le tronc dans une enveloppe rigide façonnée sur un moulage du corps obtenu dans la correction complète et même exagérée de la difformité. Avant de procéder à la construction du corset, il faut donc que les courbures pathologiques aient été mobilisées de telle sorte qu'on puisse en obtenir momentanément le redressement parfait et même leur imprimer une déviation en sens opposé; lorsque ce résultat est atteint, l'on procède au moulage du tronc. Celui-ci est fait dans l attitude de redressement, avec les mêmes pré • cautions que l'on prend pour appliquer l'appareil plâtré de Sayre. Le sujet est soumis à une traction verticale exercée sur la tète au moyen d'une suspension modérée; pour l'exécution du moulage, il vaut mieux que le sujet soit assis que debout ; aussi a-t-on fabriqué des sièges destinés à cet effet, audessus desquels une potence supporte l'appareil suspenseur, moufle et mentonnière de Glisson. Pour corriger les inflexions latérales et les torsions on se sert de tractions exercées dans une direction perpendiculaire au moyen
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delacs embrassant la convexité des courbures et les attirant en sens opposés. Quand la ligne desapophyses épineuses est rectiligne, et que les saillies costales droites et gauches sont revenues à une symétrie à peu près complète, on procède au moulage du tronc. Le moule creux que donne cette opération permet d'obtenir un moule positif en relief du tronc allant des aisselles à la partie inférieure du siège.
Quand la scoliose est très prononcée, ce moule, malgré le redressement, présente encore à droite, au niveau de la gibbosité costale, une saillie notable. On y retrouve également le méplat qui correspond à la dépression des côtes gauches et, suivant les cas, un enfoncement plus ou moins prononcé soit au-dessus de la crête iliaque droite et dû à l'exagération du triangle de taille droit dans les cas récents, soit autour de la crête iliaque gauche dans les cas de déviation extrême et très invétérée. On abrase légèrement, à petits coups, ce que la saillie costale présente encore de trop accentué; avec un peu de plâtre gâché, on comble en grande partie les méplats en question, de manière à égaliser les deux côtés. On obtient de la sorte un moule rectifié du bassin et du tronc préalablement redressés.
C'est sur ce moule que se construit le corset : quand le plâtre est bien sec, on étale sur toute sa surface un cuir que l'on choisit en peau de vache de bonne qualité, sans défauts ; on l'a préalablement imbibé par immersion dans l'eau ; on en entoure le moule tout entier en le tendant fortement sur lui et en réunissant ses bords par une couture en lacet sur la ligne médiane antérieure. La dessiccation, en s'opérant, fait que ce revêtement en cuir reproduit et garde exactement la forme du moule dans tous ses détails, en acquérant une rigidité parfaite, jointe à une très grande élasticité. On enlève alors le cuir du moule et dans un premier essayage, en l'appliquant sur le corps du sujet, on s'assure qu'il s'adapte exactement à sa surface ; on limite sa section inférieure qui, en avant, doit dégager le pli de l'aine assez pour que la flexion forcée des cuisses se fasse sans aucune gêne ; en arrière, elle atteint le bas des régions sacrée et fessière sans descendre assez pour que le bord des fesses puisse être pincé entre les bords du corset et le siège quand le malade s'assied ; sur les côtés, cette saillie coupe obliquement les régions trochantériennes. En haut, le bord supérieur de la cuirasse doit arriver jusqu'aux régions scapulaires, dégager les aisselles et en avant s'arrêter juste au-dessous du mamelon, de manière à laisser découverte la partie antérieure de la cage thoracique (fig. 78).
On obtient de la sorte une sorte de cuirasse en cuir durci, élastique et solide, cuirasse qui s'ouvre en avant sur la ligne médiane pour permettre de l'enlever et de la remettre et qui entoure le thorax, les régions abdominale et lombaire et le bassin. C'est sur elle que l'on adapte les pièces métalliques qui complètent le corset. Celles-ci se composent d'une ceinture qui embrasse la circonférence du bassin d'une épine iliaque antéro-supérieure
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à l'autre, en suivant les crêtes iliaques et en passant sur le sacrum ; cette ceinture est interrompue en avant ; elle supporte, vers le milieu de la crête iliaque, de chaque côté, une forte branche d'acier qui s'élève sur la ligne axillaire en suivant exactement le profil du corset et qui porte à sa partie supérieure un béquillon ; celui-ci, fixé à une tige cylindrique qui pénètre dans une douille dont est creusée la tige verticale qui part de la ceinture, peut exécuter sur cet axe vertical une oscillation de quelques degrés pour se prêter aux déplacements du membre supérieur. Les branches d'acier latérales sont solidement fixées à la ceinture métallique par deux vis ; elles se composent chacune de deux lames d'acier qui peuvent glisser l'une sur l'autre dans le sens de la longueur et que l'on fixe avec des vis, de manière à modifier à volonté le niveau du béquillon et à le placer à la hauteur voulue.
Une forte traverse en tôle d'acier réunit les deux branches métalliques à la hauteur de la pointe des omoplates ; elle passe derrière le dos en s'élevant un peu au niveau des régions scapulaires, de manière à donner un point d'appui solide aux omoplates ; cette traverse, au moyen de trous où s'engagent des vis qui la réunissent aux branches d'acier qui la supportent, peut être avancée ou reculée, élevée ou abaissée, de manière à correspondre exactement aux omoplates (fig. 74 et 75).
Toutes ces pièces métalliques sont forgées, ajustées sur le corset, essayées avant d'être trempées ; lorsqu'elles ont reçu leur forme définitive, on les trempe et on les fixe à la cuirasse en cuir durci au moyen de clous rivés et boutronnés. La cuirasse est pourvue en avant, de chaque côté de la fente médiane qu'elle présente, d'une série d'œillets ou de crochets que l'on rapproche avec un lacet. Sa surface externe a été safranée ; sa face interne est entièrement doublée de peau de chevreau. Enfin, les béquillons sont soigneusement rembourrés et pourvus, à leur extrémité antérieure, d'une courroie qui, passant par-dessus l'épaule et se croisant derrière le dos avec la courroie opposée, vient se fixer à un bouton que porte la ceinture métallique.
On ajoute le plus souvent à ce corset une plaque intérieure concave en
BERGER ET BANZET. 6
FiG. 73. — Corset en cuir moulé, pourvu de béquillons mobiles, fixés sur des branches d'acier, qui se rattachent à la ceinture métallique et qui sont réunies par une traverse dorsale. Plaque exerçant une pression élastique sur l'omoplate droite.
Appareil vu de face (Collin).
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métal recouvert de peau ; cette plaque, qui correspond à la gibbosité costale, dont la concavité, par conséquent, pour une scoliose dorsale droite, embrasse la partie postérieure et supérieure de la région thoracique droite et l'omoplate, se termine en arrière et en avant, c'est-à-dire en dedans et en dehors, par deux courroies qui, se réfléchissant dans les mortaises dont est percée la traverse dorsale du corset, peuvent être plus ou moins tendues de ma-
FiG. 74. — Corset en cuir moulé, Fig. 75. — Fixation de la traverse
vu de dos (Coilin). dorsale aux montants latéraux.
nière à faire saillir en avant la plaque et à exercer une pression d'arrière en avant sur la gibbosité (fig. 74 et 75) ; ces courroies se fixent à la distance voulue à des boucles ou à des ardillons dont est pourvue chacune des deux mortaises où elles s'engagent.
Quand le corset est terminé, dans un dernier essayage, on règle la hauteur des bcquillons, le niveau et la saillie de la traverse dorsale, la tension plus ou moins grande de la plaque de pression dorsale. Le corset est appliqué sur un maillot en soie, en crépon ou en tricot de laine ou de coton, sans interposition d'autre vêtement pour éviter les plis : la chemise doit se placer au dessus.
Il est bon, au bout de quelques jours, de vérifier la situation du corset, qui s'est un peu enfoncé sur les hanches, de relever les béquillons, de rapprocher
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des omoplates la traverse dorsale, parfois d'en élever le niveau, de resserrer la plaque à pression.
On donne souvent le conseil de porter le corset nuit et jour; c'est une pratique qu'il faut rejeter : le corset n'est fait que pour être porté dans la position verticale. Dans la position horizontale, il ne correspond plus à la forme du corps, et les béquillons notamment gênent les aisselles ; de plus, il s'altère trop rapidement par la transpiration. Nous verrons bientôt à quels appareils il faut avoir recours pour fixer le tronc, quand il est nécessaire d'y avoir recours pendant la nuit. Le mieux, quand il n'y a pas de nécessité absolue, est de laisser l'enfant se reposer pendant son sommeil du port du corset, pour le lui faire reprendre dès qu'il se lève. Le corset, bien entendu, doit être supprimé pendant les exercices gymnastiques. Une minutieuse propreté doit être entretenue chez les sujets qui sont soumis à l'application de ces appareils ; elle est réalisée par le traitement hydrothérapique, par les affusions froides quotidiennes complétées de bains pris de temps à autre. Avant de remettre le jersey, après chaque lavage, on saupoudre de talc, de fécule ou d'amidon les aisselles et les hanches. En appliquant le corset, on doit avoir soin de ne pas serrer en arrière les courroies qui se rattachent aux béquillons, mais de les laisser un peu flottantes ; ces courroies ne sont pas destinées à attirer les épaules en arrière, la disposition des béquillons y suffit, mais à empêcher dans les mouvements d'élévation, des bras, ceux-ci de passer par-dessus l'extrémité antérieure des béquillons.
3° Autres variétés de corsets. — Nous venons de décrire le corset, tel que M. Collin en a réglé la construction; il est adopté et fabriqué avec quelques modifications par tous les constructeurs français. Mathieu a eu l'idée de le faire plus léger et de faciliter la transpiration cutanée en criblant d'une infinité de trous percés à l'emporte-pièce la cuirasse en cuir durci qui en est la partie essentielle. D'autres fabricants le font remonter plus ou moins haut en arrière, modifient la disposition des plaques dorsales, de la ceinture métallique, des béquillons.
Une mention spéciale nous paraît devoir être réservée aux corsets métal- Hques que l'on fabrique à l'étranger, particulièrement aux corsets en aluminium que construit Eschbaum (de Bonn). La plaque d'aluminium qui les constitue est forgée et repoussée sur un moulage en plâtre du tronc placé dans l'attitude corrigée. Ces corsets sont élégants, légers et solides.
Dans certains cas de scoliose extrême avec translation en totalité du tronc dans le sens de la courbure vertébrale principale (scoliose au troisième degré), MM. Rainai frères ont eu l'idée ingénieuse d'exagérer l'action correctrice du corset moulé en le rectifiant de la manière suivante :
Le moulage du tronc étant fait dans le redressement maximum que l'on puisse obtenir, on le coupe par une section transversale passant environ par
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le milieu de la région lombaire, au niveau du sommet de la courbure lombaire de compensation, puis on fait glisser la partie supérieure de la section siu' l'inférieur'^ de la droite vers la gauche, jusqu'à ce que l'axe vertical de ces deux segments se corresponde et que la ligne verticale interscapulaire tombe sur la ligne verticale médiane du sacrum ; on corrige également ce qui reste de torsion du moule primitif en imprimant à la partie supérieure
Fin. 7G el piii\;uitcs. — Hcclification du moulage par une section passant i)ar la ceinture (système Rainai] : la figure 76 représente le moulage obtenu pendant la suspension.
FiG. 77. — Section du moulage passan par le sommet de la courbure lombaire et déplacement de la partie supérieure du moulage.
de ce moule une torsion calculée de droite à gauche; on soude avec du plâtre les deux moitiés du moule ainsi redressé, on aplanit ce qui reste de la gibbosité, on comble les méplats asymétriques avec du plâtre et, sur le moule rectifié de la sorte, on étale et on fait durcir le cuir qui doit servir à la confection de la cuirasse (fig. 76 à 80). Nous avons observé quelques bons effets de cette innovation très intéressante, mais trop récente encore pour être appréciée en parfaite connaissance de cause.
Nous passons sous silence divers dispositifs plus ou moins ingénieux simples ou compliqués, inventés dans le but d'exercer une pression mécanique sur la déviation vertébrale par l'intermédiaire de la gibbosité costale : telle la ceinture à inclinaison de Hossard et d'autres appareils qui n'ont plus qu'un intérêt historique. On peut faire varier beaucoup les systèmes par
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lesquels le corset exerce sur la gibbosilé une action continue cl progressive
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par MM. Rainai, corset présentant une fenêtre correspondant à la gibbosité dorsale droite et au travers de laquelle une plaque, dont la pression est réglée par le jeu d une vis, exerce sur celle-ci une pression graduée.
On peut enfin combiner avec le port du corset l'application de bandes ou de lacs élastiques exerçant sur les convexités dorsale et lombaire une action opposée et permanente qui tend à en redresser la courbure. La
FiG. 81. — Corset présentant une plaque mobile, correspondant à la gibbosité costale et exerçant une ])ression graduée sur celle-ci, au moyen d'une vis de rappel (Kainali.
FiG. 82. — Appareil élastique de Barwell pour le redressement de la scoliose.
figure 82 montre le dispositif adopté par Barwell pour corriger une scoliose à convexité dorsale droite primitive, avec inflexion consécutive en sens opposé de la colonne lombaire.
4° Efficacité et mode d'action des corsets. — Les corsets sont donc employés comme moyen de redressement ; quelle est à cet égard leur efficacité? C'est ce qu'il est difficile de dire, et il serait aussi faux d'exagérer les résultats que l'on peut en attendre à ce point de vue et de les considérer comme le principal moyen de traitement de la scoliose, que de contester leur utilité et d'en rejeter l'emploi, comme Schulthess a voulu le faire.
Il est des scolioses dont on peut obtenir la correction par le régime et par la gymnastique orthopédique seuls; ce sont certaines scolioses au début, des scolioses peu prononcées, qu'on pourrait désigner sous le nom de
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scolioses d'attitude, déviations dont on obtient la disparition temporaire par une légère extension pratiquée sur le rachis, aidée de quelques pressions exercées en sens inverse des déplacements vertébraux ; ce sont surtout les scolioses dans lesquelles, au bout de quelque temps d'exercices soutenus, on voit l'enfant arriver à corriger lui-même sa déviation par la mise en jeu de ses forces musculaires. Mais l'effet des exercices orthopédiques et des manipulations est le plus souvent trop passager pour ne pas disparaître en grande partie, d'une séance de gymnastique à la suivante, si on ne maintient le résultat obtenu par le port d'un appareil de soutien, alors même qu'un traitement par la gymnastique et les manoeuvres de redressement a donné en quelques mois un résultat des plus satisfaisants, et pour ne pas se perdre tout à fait quand l'enfant s'éloigne de la surveillance du chirurgien pour retourner à ses études. Comment espérer qu'il résistera aux causes qui ont jadis favorisé le développement de la déformation, si on ne maintient pas la rectitude du tronc par un moyen mécanique qui lutte contre la reproduction des déviations ?
Il ne faut donc considérer les corsets que comme le complément du traitement des scolioliques par la gymnastique et les exercices orthopédiques, mais comme leur complément nécessaire dans la grande majorité des cas. Mobiliser les courbures anomales, les faire disparaître par les exercices et les manœuvres de redressement, amener l'enfant à les corriger lui-même par la rectification de ses attitudes, par l'attention servie par un appareil musculaire régénéré par la gymnastique et devenu en quelque sorte conscient du rôle qu'il joue dans le maintien de l'équilibre du tronc, tel est le premier acte du traitement; le second est de soutenir le squelette, dont l'insuffisance dans son rôle de sustentation est manifeste, jusqu'à ce qu'il ait acquis la force nécessaire pour le remplir, et c'est au corset qu'est dévolue celte tâche.
Combien de temps convient-il d'en continuer l'emploi dans la scoliose essentielle ? Tant que les causes de déformation persisteront, que l'accroissement normal du rachis n'aura pas fait disparaître l'asymétrie des corps vertébraux, tant que l'appareil ligamenteux du rachis n'aura pas repris la force et l'élasticité nécessairespourmaintenir en équilibre les pièces osseuses auxquelles il s'insère ; c'est dire que l'emploi des corsets doit le plus souvent être très prolongé. Ce n'est guère que lorsque le développement de la taille est achevé qu'on peut s'en affranchir sans aucune espèce d'arrière-pensée, c'est-à-dire vers la dix-septième, dix-huitième ou dix-neuvième année. Cela dépend d'ailleurs beaucoup du degré 'que présentait la déviation, de l'âge qu'avait le sujet au moment où il est entré en traitement, de la facilité plus ou moins grande que l'on a eue à obtenir le redressement, enfin et surtout de la manière dont paraît se maintenirle résultat du traitement gymnastique : il y a des enfants qui peuvent se passer entièrement de corsets pendant le cours du traitement; chez d'autres, il peut suffire de dix-huit mois ou deux
CORSETS ORTHOPÉDIQUES
ans de contention par ces appareils pour les considérer comme en sécurité ; pour la majorité, l'usage du corset doit être prolongé jusque fort tard.
Le corset a des inconvénients : il transparaît toujours plus ou moins sous les vêtements, surtout au niveau des épaules, où la saillie des béquillons est difficile à dissimuler, et au niveau de la ceinture, où la taille semble épaissie; il communique à tous les mouvements du tronc une certaine raideur et un air d'emprunt ; il détermine sur les points de pression une modification chronique de la peau, qui prend une teinte brunâtre ou ardoisée, mais celle-ci s'elTace peu après la suppression du corset; on lui reproche surtout, et non sans quelque raison, de gêner dans une certaine mesure la respiration et le développement de la poitrine; les soins donnés à la confection de ces appareils permettent d'éviter ou d'atténuer ces côtés fâcheux, qui n'ont d'ailleurs qu'une importance secondaire, quand on les compare à la nécessité de ne pas laisser la déformation rachidienne s'invétérer. Il faut savoir, en matière de scoliose, que si l'on nest jamais sûr de regagner ce que l'on a perdu, on peut presque toujours s'opposer à ce que les déviations s'accroissent, et ce sont les appareils de soutien qui nous donnent cette garantie.
Les moyens qui viennent d'être décrits suffisent pour le traitement d'une très grande majorité des scolioses; il en est quelques autres que l'on tient en réserve pour les cas où les premiers se montrent inefficaces. Parmi ces moyens nous avons d'abord à mentionner :
§ 3. — Les corsets plâtrés inamovibles.
Ceux-ci sont employés dans certaines variétés de scoliose dont il sera ({uestion plus tard, dans certaines scolioses dorsales supérieures dans lesquelles il est nécessaire que la tête et le cou soient immobilisés par l'appareil, dans certaines scolioses lombaires primitives (bandage-ceinture plâtré).
Pour nous en tenir au traitement des scolioses dorsales, l'appareil inamovible y trouve son application dans les deux cas suivants : c'est d'abord lorsque le corset amovible ne maintient pas suffisamment le redressement obtenu par la mobilisation, et que la déviation se reproduit avec tousses caractères dès qu'on enlève ce dernier : on peut espérer qu'une contention plus prolongée et surtout plus continue fixera la colonne vertébrale dans l'altitude de correction qu'on lui donne.
Viennent ensuite les cas où la mobilisation des courbures rachidiennes résiste aux efforts tentés par les moyens ordinaires; pour redresser ces courbures, certains chirurgiens ont recours au redressement foi-cé, et celui-ci doit être immédiatement suivi de l'apphcation d'un appareil contenlif inamovible qui maintienne d'une manière absolue le résultat obtenu. Sans même user