OPÉRATIONS
§ 3. — Opérations.
1° Estcision de l'oignon. — Celte opération, conseillée par Dolbeau, nous a donné quelques succès ; elle est, à proprement parler, plutôt dirigée contre l'inflammation de la bourse séreuse, qui complique la déviation en hallux, que contre cette déviation elle-même.
Pour la pratiquer, on circonscrit la saillie de l'oignon par deux incisions légèrement courbes, antéro-postérieures, se regardant par leur concavité et se rejoignant par leurs extrémités antérieure et postérieure (fig. 483) ; on
FiG. 483. — Hallux valgus : excision de l'oignon par une double incision elliptique.
enlève de la sorte une tranche de téguments, comprenant jusqu'à la paroi de la bourse séreuse épaissie que l'on excise avec la peau ; quelques points de suture terminent cette intervention, qui ne doit être pratiquée qu'avec les précautions de l'asepsie les plus rigoureuses, car parfois la bourse séreuse que Ton ouvre communique avec l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil. Le pansement stérilisé dont on recouvre la réunion, est compris dans un appareil plâtré, qui fixe l'orteil dans le redressement et qu'on laisse jusqu'à guérison complète de l'incision.
Il y a le plus souvent avantage à compléter cette opération par la résection de la saillie que la tête du premier métatarsien porte, sous forme
TRAITEMENT DE l'hALLUX VALGUS
d'exoslose, sur sa l'ace interne au niveau de la bourse séreuse en question. Cette résection se fait d'un seul coup de cisaille (fig. 484)-
2° Résection de la tête du métatarsien. — Celte opération, qui s'exécute très simplement en mettant à découvert la tèle métatarsienne par une incision longitudinale, en la faisant tomber d'un coup de cisaille, et en appliquant un appareil pour maintenir l'orteil dans la rectitude, présente un très grand inconvénient. Les malades présentant un hallux valgus
Fig. 484- — Hallux valgus : résection de l'exoslose par l'incision qui a servi ;i l'excision de l'oignon.
sont généralement atteints de pied plat, la rcseclion de la tête du métatarsien augmente encore cette difTormité, et l'on a vu (Riedel) un malade, après l'avoir subie, présenter une impotence fonctionnelle beaucoup plus marquée qu'auparavant.
M. Mauclaire a été plus heureux en pratiquant la résection de l'extrémité postérieure de la première phalange, que l'on peut combiner avec l'excision de l'exostose située sur la tète du métatarsien et à laquelle est due en partie la saillie anormale de l'articulation.
3° Résection cunéiforme du col du premier métatarsien. — Celte opération, à laquelle on doit donner la préférence, a été proposée en i888 par Jacques Reverdin au Congrès médical international de Londres.
OPÉRATION DE REVERDIN
Voici comment Reverdin en a réglé le manuel (fig. 4^5) :
TEMPS. — L'incision est faite sur la face dorsale du premier métatarsien, à un centimètre en dedans du tendon de l'extenseur propre. D'abord rectiligne et parallèle au tendon, cette incision, arrivée au niveau de la tête
Fig. 485- — Hallux valgus ; procédé de Reverdin : disposition des sections osseuses : abc, coin osseux supprimé par une résection cunéiforme, pour permettre le redressement de la tète du métatarsien M et de la phalange Ph, après l'excision de l'exosloseEx de la tète du métatarsien par la section antéro-postérieure de.
métatarsienne, se recourbe en dedans et vient se terminer à la limite de la face dorsale et du bord interne du pied, dans le sillon qui sépare l'exoslose de l'interligne articulaire.
2® TEMPS. — Le périoste, incisé du même coup, est détaché de l'os à la rugine ; l'exostose étant mise à nu par la dissection du lambeau, un ciseau est appliqué à sa base sur le sillon qui la sépare de la tête du métatarsien et
TRAITEMENT DE l'iIALLUX VALGUS
on la fait sauter d'un seul coup de maillet ou de cisaille, en nivelant ainsi le bord interne du pied (fig. 486).
3'^ TEMPS. — On taille dans le métatarsien un coin osseux dont la base, •tournée en dedans, correspond à la surface osseuse mise à nu par Tablation de Texostose (fig. 487) ; cette résection cunéiforme est limitée par deux seclions faites au ciseau ou à la pince coupante, dont l'antérieure est située à un centimètre et demi ou 2 centimètres de la surface articulaire. Ce
Fici. 586. — Procéilé de J. Reveidin : excision de l'exoslose.
coin étant enlevé, on redresse l'orteil et la tête du métatarsien sans avoir intéressé Tarticulalion ; si la tension de l'extenseur propre du gros orteil menace de ramener le déplacement, on pratique la ténotomie de ce tendon.
On peut enfin fixer les surfaces osseuses au contact avec un point de suture osseuse au catgut fort (fig. 488) ; .après avoir fait la réunion des parties molles, on maintient la correction obtenue par l'application d'un appareil plàli'é.
Ces interventions opératoires, comme toutes celles qui se pratiquent sur les orteils, doivent être précédées d'une préparation aseptique minutieuse et prolongée; rien n'est plus difficile que d'obtenir l'asepsie du pied, cl bon
OPÉRATION DE UEVEBDIN
ic. 488. — Procédé de J. Revei'din : redressement de l'orleil par la suture osseuse réunissant les deux surfaces de section du métatarsien.
TRAITEMENT DE L IIALLUX VALGUS
nombre de suppurations et d'insuccès consécutifs sont dus au peu de soin qu'on apporte à nettoyer complètement la région sur laquelle doit porter 1 opération; il faut que les ongles de tous les orteils aient été coupés et passés à la lime, que les espaces inlerdigilaux aient été débarrassés à plusieurs reprises, par des lavages et dSs frictions, des accumulations épidermiques dont ils sont le siège ; les nettoyages préalables doivent être entrepris deux jours au moins avant l'opération.
L'intervention chirurgicale proprement dite doit être réservée aux cas de hallux invétérés, avec déviation considérable entravant la marche d'une manière absolue. Les cas les plus embarrassants sont ceux qui correspondent à ces déviations d'intensité moyenne, mais s'accompagnant de douleurs vives qu'on observe chez les gens du monde, principalement chez les femmes qui ne veulent pas s'astreindre à changer la forme de leurs chaussures, et que les exigences de leur position sociale obhgent à être constamment sur pied ; chez ces personnes, il n'est pas rare que tous les moyens de traitement soient inapplicables ou insuffisants.