‹ Chirurgie orthopédiqueChapitre 14 sur 237 · CHAPITRE III CORSETS ORTHOPÉDIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III CORSETS ORTHOPÉDIQUES

Les exercices de gymnastique orthopédique seuls ou associés aux manipulations et aux manœuvres de redressement peuvent, dans certains cas, suffire à combattre une scoliose au début ou une scoliose peu accentuée ; le plus souvent la correction des déviations telle qu'on l'obtient par leur moyen est passagère et disparaît en grande partie avec leur emploi ; pour en retirer des effets durables, il faut, dans l'intervalle des séances de mobilisation et de redressement du rachis, maintenir le résultat obtenu en fixant le tronc dans la rectitude ou même dans la sur-correction obtenue par ces exercices. On se sert à cet effet d'appareils portatifs ou corsets, dont les uns sont façonnés par le chirurgien, dont les autres sont construits par le fabricant. Nous dirons tout à l'heure quelle règle il faut suivre dans leur emploi; leur construction n'en reconnaît qu'une seule qui soit applicable à eux tous et qui est celle-ci : c'est sur le tronc placé dans la correction maximum des déviations pathologiques dont il est atteint que doit être moulé l'appareil de soutien. Il faut donc, pour appliquer un corset, qu'un traitement orthopédique préalable ait permis d'obtenir la mobilisation et le redressement aussi complet que possible des courbures rachidienries. Les corsets, dont nous nous occupons actuellement sont tous amovibles; on trouvera plus loin la description des appareils inamovibles et l'indication de leur mode d'emploi.

§ 1. — Appareils faits par le chirurgien.

C'est au corset plâtré que l'on donne la préférence; les appareils en feutre et en celluloïd sont, peut-être à tort, d'un emploi moins répandu. Le corset plâtré amovible est actuellement encore fabriqué suivant les principes établis par Sayre, dont l'invention a marqué une ère nouvelle dans le traitement des déviations du rachis.

APPAREILS FAITS PAR LE CHIRURGIEN

Pour obtenir le redressement des courbures rachidiennes au moment de la construction du corset plâtré, il suffit le plus souvent, après un traitement orthopédique suffisant, de placer le sujet dans la suspension au moyen de l'appareil de Sayre ; il faut qu'il puisse supporter cette position pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure, temps nécessaire pour l'application et

Fie. 66. — Application du corset, premier temps : des bandes de toile fixées aux mons, corrigent les déviations avant l'application de la bande plâtrée (Mmo Nageotte- Wilbouchewitch).

la solidification des bandes plâtrées, et cela ne s'obtient pas sans des exercices préalables. La suspension se fera principalement par la tète ; elle ne peut donc pas èlre complète, et le poids du corps doit être en partie supporté par l'extrémité antérieure des métatarsiens et par les orteils, qui reposent sur le sol ; quelques manipulations modelantes pratiquées dans cette position auront pour effet de faire disparaître entièrement les derniers vestiges des courbures.

Dans les cas de scolioses invétérées ou très prononcées, pour déterminer

CORSETS ORTHOPEDIQUES

l'effacement complet des déviations, il faut ajouter à la suspension d'autres moyens de correction directs ou indirects.

L'un des plus simples est celui que l'on emploie dans le service de M. Brun, à l'hôpital des Enfants, et que recommande Mme Nageotte-Wilbouchewitch : l'enfant étant soumis à la suspension sous un portique, des bandelettes en toile, appliquées sur les convexités opposées de la région dorsale droite et

Fig. 67. — La bande plàlrée est appliquée par-dessus les bandes de toile qui maintiennent le redressement en laissant passer les cordons qui fixent celles-ci aux montants (M"' Nageotte-Wilbouchewitch). m

de la région lombaire gauche, viennent se rattacher par des cordons aux montants opposés du portique à la hauteur voulue (fig. 66j, et l'on exerce, à l'aide de ces cordons, sur les courbures rachidiennes et costales, une traction en sens inverse suffisante pour en amener la correction la plus complète. L'appareil plâtré est appliqué par-dessus ces bandelettes, qui y restent enfermées, lorsqu'après sa dessiccation on coupe les cordons qui les retenaient en place (fig. 67).

Lorsque la torsion du rachis est très prononcée, on peut, comme Hoffa

APPAREILS FAITS PAR LE CHIRURGIEN

le pratique, obtenir la détorsion du tronc par l'attitude même du malade, dont le bras gauche saisit le plus haut et le plus en arrière qu'il peut un montant vertical de l'appareil suspenseur, tandis que la main droite abaissée saisit en avant une autre tige verticale située à l'extrémité opposée du dia-

Fig. 68. — Altitude pour obtenir la détorsion du tronc (Hofla).

mètre oblique où est la première (fig. 68 et 69). Une barre transversale, bas placée, à laquelle est fixé le bassin, l'empêche de suivre le mouvement de rotation du tronc et oblige ce dernier à se tordre de droite à gauche.

Lorenz pense obtenir le même résultat au moyen d'une ou deux lanières de caoutchouc disposées en spirale et qui embrassent les convexités costale droite et lombaire gauche en les refoulant en sens contraire.

CORSETS ORTHOPEDIQUES

Avant de placer le sujet dans la suspension additionnée ou non de ces dispositifs spéciaux, on a eu soin de revêtir le tronc du tissu qui doit doubler l'appareil plâtré. Au lieu de ouate, qui se tasse, se déforme, s'imprègne de sueur et qui recèle bientôt toute espèce de malpropretés, on emploie

Fig. 69. — La même attitude, vue de dos.

actuellement un maillot collant, qui recouvre les épaules, les bras, le tronc, le bassin jusqu'aux plis fessiers. On donne la préférence à un jersey en grosse laine, tel que le portent les marins ; l'on peut, et ce doit être la règle pour les appareils inamovibles (Mme Nageotte-Wilbouchewitch), en mettre deux l'un sur l'autre, l'extérieur en grosse laine, l'intérieur en crépon ou en tissu plus fin, pour éviter les compressions. Il faut, comme Sayre l'a conseillé, appliquer au-dessous de ce jersey, au niveau des régions sous-ombi-

APPAREILS FAITS PAR LE CHIRURGIEN

licale et hypogastrique, une couche de ouate verticalement disposée, étroite, peu épaisse, que l'on retire après la dessiccation de l'appareil et qui permet de laisser un certain espace libre pour la dilatation du ventre pendant la digestion.

Il est bon, enfin, de placer dans l'intérieur de l'appareil, au niveau des épines iliaques et des aisselles, de petits coussins rembourrés de ouate qui,

Fig. 70. — Préparation à l'application du corset plâtré : le sujet revêtu du maillot avant la suspension.

chez les sujets maigres, préviennent les lésions par compression de la peau en ces endroits.

Ceci fait, le sujet est placé dans la suspension, les courbures persistantes sont corrigées rapidement par des pressions manuelles ou par l'application des appareils spéciaux que nous avons mentionnés ; on superpose alors, méthodiquement et le plus régulièrement possible, de haut en bas et de bas en haut, les tours circulaires de bandes de tarlatane saupoudrées de plaire et que l'on a tenues pendant quelques minutes immergées dans un bain d'eau froide, posées sur la tranche et non couchées horizontalement, jusqu'à ce que

Page 1