CORSETS ORTHOPÉDIQUES
les bulles d'air, cessant de se dégager de leur partie supérieure, indiquent qu'elles sont suffisamment imbibées jusqu'au centre. Les tours débande plâtrée doivent entourer le torse elle bassin depuis les régions trochantériennes jusqu'aux aisselles fig. 70 et 71'. Au moment où Ion confectionne la partie supérieure de l'appareil, il est souvent utile de joindre à la suspension cervicale un peu de suspension axillaire, afin que les aisselles prennent un point
Fie. 71. — La bande plâtrée est appliquée sur le maillot pendant la suspension.
d appui effectif sur le bord supérieur de l'appareil quand on aura relâché celui-ci. On peut comprendre, entre les tours de bande plâtrée, quelques petites attelles en zinc, que l'on dispose verticalement des deux côtés de la ligne médiane en arrière ; latéralement on y intercale aussi parfois des tiges en acier ou en fer qui supportent des béquillons destinés à soutenir les épaules ; enfin, plus souvent encore, on renforce l'appareil plâtré circulaire de quelques attelles en tarlatane pliées en plusieurs épaisseurs et imbibées de plâtre gâché à consistance liquide, comme celles dont on se sert dans le traitement des frac tares ; toutes ces additions allongent la pose de l'appareil
et alourdissent ce dernier; on n'y aura recours que dans des cas exceptionnels.
Dès que l'appareil plâtré est sec, on supprime la suspension ; il faut attendre au moins quelques heures pour rendre le corset amovible. On pratique une section verticale suivant sa ligne médiane antérieure; on ramène le tissu qui double le corset et on le rabat sur les surfaces de section, de même que sur les bords supérieur et inférieur de l'appareil ; on fixe également de chaque côté de la section antérieure deux bandelettes verticales de cuir sur lesquelles sont cousues des agrafes ou des crochets, qu'on rapproche ensuite, au moyen d'un lacet. Il n'est pas mauvais d'avoir préalablement recouvert la superficie de l'appareil d'une couche vernissée, silicate de potasse, collodion, ou de toute autre substance analogue qui empêche la surface plâtrée de se salir trop vite ou de s'émielter en poussière. Les corsets confectionnes de la sorte sont enlevés pour la nuit, les soins de toilette, les exercices gymnastiques et les massages ; avant de les remettre, il est bon de placer le sujet pendant quelques instants dans la suspension.
Ces appareils peuvent être renouvelés et modifiés suivant les nécessités du traitement; ils ne coûtent que la peine de les faire; ils sont d'un secours très précieux dans la clinique hospitalière et dans les policliniques réservées aux enfants des classes pauvres. Dans les premiers temps de leur application, ils remplissent bien leur office, mais ils contractent de l'odeur et se salissent; l'effort qu'on leur fait subir pour les ôferet les remettre les use, lesdéforme, les casse assez promptement; aussi faut-il tous les quelques mois les remplacer par un corset nouveau. Telles sont les raisons qui justifient la préférence que méritent, toutes les fois qu'on peut y avoir recours, les corsets construits par les fabricants.
| 2. — Corsets construits par les fabricants.
Nous ne décrivons ici que les modèles de corsets qui sont d'un usage courant et que nous conseillons d'employer :
i° Le corset à barrettes de Ducresson a été modifié et transformé en un appareil solide et léger par Iiessing.
C'est un corset en coutil, très exactement adapté à la taille, particulièrement aux hanches et à la base de la poitrine ; ce corset n'est ouvert et lacé qu'en avant, sur la ligne médiane ; un corset lacé en avant et en arrière ne pourrait, suivant Hoffa, présenter une solidité suffisante. Ce corset est baleiné cl façonné de manière à ne pas comprimer les seins et à laisser complètement libres l'inspiration et l'expiration.
CORSETS ORTHOPEDIQUES
La charpente de ce corset est constituée par deux arcs métalliques, qui épousent exactement les contours des crêtes iliaques droite et gauche ; l'extrémité antérieure de chacun de ces arcs métalliques descend jusqu'au dessous du niveau des épines iliaques anléro-supérieures; leur extrémité postérieure arrive jusqu'en arrière du grand trochanter. Deux lames d'acier partent du sommet de la convexité de chaque arc métallique auquel elles sont rivées ; ces lames servent d'attelles pour la sustentation latérale du tronc; elles supportent à leur extrémité supérieure des béquillons rembourrés.
La partie postérieure du tronc est soutenue par deux fortes lames d'acier,
Fig. 72. — Corset à barrettes de Rainai frères.
placées de chaque côté de la ligne des apophyses épineuses et qui s'étendent de la région trochantérienne postérieure jusqu'au-dessus de l'épine de l'omoplate; ces attelles postérieures sont trempées en ressort par leur extrémité supérieure, de manière à assurer à celle-ci une certaine élasticité et à les faire appliquer d'une manière étroite et constante sur les régions scapulaires (fig. 72).
L'essentiel, dans la construction de ce corset, est d'ailleurs l'adaptation parfaite de toutes ces pièces métalliques à la surface du corps; pour déterminer leur forme exacte, HolTa conseille de placer le sujet dans une suspension modérée et, dans cette situation, de façonner sur le corps des lames formées d'un alliage de deux tiers de plomb et d'un tiers de zinc ; ces lames,
très malléables, seront les patrons dont on se servira pour forger les pièces en acier de l'appareil ; mais des essayages faits dans la suspension sont indispensables pour modeler exactement sur les contours de la taille ces pièces en acier, dont on n'avait déterminé de la sorte que la forme et la disposition grossières. Des courroies terminent les béquillons; ramenées par-dessus les épaules, elles se croisent derrière le dos et vont s'attacher à des boutons que portent les arcs métalliques placés sur les crêtes iliaques; elles servent (comme dans le corset en cuir moulé que nous allons décrire) à empêcher les bras de passer par-dessus l'extrémité antérieure des béquillons. Deux autres paires de courroies, en se rattachant à des boutons métalliques, fixés sur les parties antérieures et postérieures de ces pièces métalliques, les réunissent transversalement en avant et en arrière, fixent le bassin et maintiennent le ventre. On peut, quand il s'agit de maintenir une scoliose droite très prononcée, ajouter à la contention obtenue par cet appareil un certain degré de traction élastique, au moyen d'une bande de caoutchouc qui, parlant du béquillon droit, passe derrière le dos pour aller se fixer sur l'arc métallique correspondant à la hanche gauche.
Cet appareil, qui, pour être efficace, doit être construit avec le plus grand soin et contrôlé par des essayages multiples, est léger, peu apparent sous les vêtements ; il ne porte pas d'entrave aux fonctions de la peau. Il peut, dans une certaine mesure, se prêter à l'accroissement de la taille, les lames métalliques dont il est pourvu se composant de pièces glissant les unes sur les autres et se fixant à la longueur voulue au moyen de vis ; c'est à lui que Hoffà donne la préférence, même dans les cas de scoliose invétérée. 11 ne saurait néanmoins être comparé, au point de vue delà fixation solide du tronc dans l'attitude rectifiée qu'on lui a donnée, aux corsets qui nous restent à décrire.
2° Corsets en cuir moulé. — Le principe de ces appareils est d'enfermer le tronc dans une enveloppe rigide façonnée sur un moulage du corps obtenu dans la correction complète et même exagérée de la difformité. Avant de procéder à la construction du corset, il faut donc que les courbures pathologiques aient été mobilisées de telle sorte qu'on puisse en obtenir momentanément le redressement parfait et même leur imprimer une déviation en sens opposé; lorsque ce résultat est atteint, l'on procède au moulage du tronc. Celui-ci est fait dans l'attitude de redressement, avec les mêmes pré' cautions que l'on prend pour appliquer l'appareil plâtré de Sayre. Le sujet est soumis à une traction verticale exercée sur la tète au moyen d'une suspension modérée; pour l'exécution du moulage, il vaut mieux que le sujet soit assis que debout; aussi a-t-on fabriqué des sièges destinés à cet effet, audessus desquels une potence supporte l'appareil suspenseur, moufle et mentonnière de (ilisson. Pour corriger les inllcxions latérales et les torsions on se sert de tractions exercées dans une direction perpendiculaire au moyen
80 CORSETS ORTHOPEDIQUES
delacs embrassant la convexité des courbures et les attirant en sens opposes. Quand la ligne desapophyses épineuses est rectiligne, et que les saillies costales droites et gauches sont revenues à une symétrie à peu près complète, on procède au moulage du tronc. Le moule creux que donne cette opération permet d'obtenir un moule positif en relief du tronc allant des aisselles à la partie inférieure du siège.
Quand la scoliose est très prononcée, ce moule, malgré le redressement, présente encore à droite, au niveau de la gibbosilé costale, une saillie notable. On y retrouve également le méplat qui correspond à la dépression des côtes gauches et, suivant les cas, un enfoncement plus ou moins prononcé soit au-dessus de la crête iliaque droite et dû à l'exagération du triangle de taille droit dans les cas récents, soit autour de la crête iliaque gauche dans les cas de déviation extrême et très invétérée. On abrase légèrement, à petits coups, ce que la saillie costale présente encore de trop accentué; avec un peu de plâtre gâché, on comble en grande partie les méplats en question, de manière à égaliser les deux côtés. On obtient de la sorte un moule rectifié du bassin et du tronc préalablement redressés.
C'est sur ce moule que se construit le corset : quand le plâtre est bien sec, on étale sur toute sa surface un cuir que l'on choisit en peau de vache de bonne qualité, sans défauts ; on l'a préalablement imbibé par immersion dans l'eau ; on en entoure le moule tout entier en le tendant fortement sur lui et en réunissant ses bords par une couture en lacet sur la ligne médiane antérieure. La dessiccation, en s'opérant, fait que ce revêtement en cuir reproduit et garde exactement la forme du moule dans tous ses détails, en acquérant une rigidité parfaite, jointe à une très grande élasticité. On enlève alors le cuir du moule et dans un premier essayage, en l'appliquant sur le corps du sujet, on s'assure qu'il s'adapte exactement à sa surface; on limite sa section inférieure qui, en avant, doit dégager le pli de l'aine assez pour que la flexion forcée des cuisses se fasse sans aucune gêne ; en arrière, elle atteint le bas des régions sacrée et fessière sans descendre assez pour que le bord des fesses puisse être pincé entre les bords du corset et le siège quand le malade s'assied ; sur les côtés, cette saillie coupe obliquement les régions trochantériennes. En haut, le bord supérieur de la cuirasse doit arriver jusqu'aux régions scapulaires, dégager les aisselles et en avant s'arrêter juste au-dessous du mamelon, de manière à laisser découverte la partie antérieure de la cage thoracique (fig. 7-3).
On obtient de la sorte une sorte de cuirasse en cuir durci, élastique et solide, cuirasse qui s'ouvre en avant sur la ligne médiane pour permettre de l'enlever et de la remettre et qui entoure le thorax, les régions abdominale et lombaire et le bassin. C'est sur elle que l'on adapte les pièces métalliques qui complètent le corset. Celles-ci se composent d'une ceinture qui embrasse la circonférence du bassin d'une épine iliaque antéro-supérieure
à l'autre, en suivant les crêtes iliaques et en passant sur le sacrum ; cette ceinture est interrompue en avant ; elle supporte, vers le milieu de la crête iliaque, de chaque côté, une forte branche d'acier qui s'élève sur la ligne axillaire en suivant exactement le profil du corset et qui porte à sa partie supérieure un béquillon ; celui-ci, fixé à une tige cylindrique qui pénètre dans une douille dont est creusée la tige verticale qui part de la ceinture, peut exécuter sur cet axe vertical une oscillation de quelques degrés pour se prêter aux déplacements du membre supérieur. Les branches d'acier latérales sont solidement fixées à la ceinture métallique par deux vis ; elles se composent chacune de deux lames d'acier qui peuvent glisser l'uue sur l'autre dans le sens de la longueur et que l'on fixe avec des vis, de manière à modifier à volonté le niveau du béquillon et à le placer à la hauteur voulue.
Une forte traverse en tôle d'acier réunit les deux branches métalliques à la hauteur de la pointe des omoplates ; elle passe derrière le dos en s'élevant un peu au niveau des régions scapulaires,de manière à donner un point d'appui solide aux omoplates ; cette traverse, au moyen de trous où s'engagent des vis qui la réunissent aux branches d'acier qui la supportent, peut être avancée ou reculée, élevée ou abaissée, de manière à correspondre exactement aux omoplates > fig. 74 et 75).
Toutes ces pièces métalliques sont forgées, ajustées sur le corset, essayées avant d'être trempées ; lorsqu'elles ont reçu leur forme délinitive, on les trempe et on les fixe à la cuirasse en cuir durci au moyen de clous rivés et
boulronnôs. La cuirasse est pourvue en avant, de chaque côté de la fente médiane qu'elle présente, d'une série d'œillcts ou de crochets que l'on rapproche avec un lacet. Sa surface externe a été safranée ; sa face interne est entièrement doublée de peau de chevreau. Enfin, les béquillons sont soigneusement rembourrés et pourvus, à leur extrémité antérieure, d'une courroie qui, passant par-dessus l'épaule et se croisant derrière le dos avec la courroie opposée, vient se fixer à un bouton que porte la ceinture métallique.
On ajoute le plus souvent à ce corset une plaque intérieure concave en
BEIlOEn ET BANZF.T. G
Fig. 73. — Corset en cuir moulé. pourvu de béquillons mobiles, fixés sur des branches d'acier, qui se rattachent à la ceinture métallique et qui sont réunies par une traverse dorsale. Plaque exerçant une pression élastique sur l'omoplate droite.
Appareil vu de face (Gollin).
CORSETS OHTHOPEDIOIKS
métal recouvert de peau ; celte plaque, qui correspond à la gibbosité costale, dont la concavité, par conséquent, pour une scoliose dorsale droite, embrasse la partie postérieure et supérieure de la région thoracique droite et l'omoplate, se termine en arrière et en avant, c'est-à-dire en dedans et en dehors, par deux courroies qui, se réfléchissant dans les mortaises dont est percée la traverse dorsale du corset, peuvent être plus ou moins tendues de ma-
Fig. 74- — Corset en cuir moulé, vu de dos (Coilin).
Fig. 70. — Fixation de la traverse dorsale aux montants latéraux.
nière à faire saillir en avant la plaque et à exercer une pression d'arrière en avant sur la gibbosité (fig. 74 et 75) ; ces courroies se fixent à la distance voulue à des boucles ou à des ardillons dont est pourvue chacune des deux mortaises où elles s'engagent.
Quand le corset est terminé, dans un dernier essayage, on règle la hauteur des béquillons, le niveau et la saillie de la traverse dorsale, la tension plus ou moins grande de la plaque de pression dorsale. Le corset est appliqué sur un maillot en soie, en crépon ou en tricot de laine ou de coton, sans interposition d'autre vêtement pour éviter les plis : la chemise doit se placer au dessus.
Il est bon, au bout de quelques jours, de vérifier la situation du corset, qui sTest un peu enfoncé sur les hanches, de relever les béquillons, de rapprocher
des omoplates la traverse dorsale, parfois d'en élever le niveau, de resserrer la plaque à pression.
On donne souvent le conseil de porter le corset nuit et jour ; c'est une pratique qu'il faut rejeter : le corset n'est fait que pour être porté dans la position verticale. Dans la position horizontale, il ne correspond plus à la forme du corps, et les béquillons notamment gênent les aisselles ; de plus, il s'altère trop rapidement par la transpiration. Nous verrons bientôt à quels appareils il faut avoir recours pour fixer le tronc, quand il est nécessaire d'y avoir recours pendant la nuit. Le mieux, quand il n'y a pas de nécessité absolue, est de laisser l'enfant se reposer pendant son sommeil du port du corset, pour le lui faire reprendre dès qu'il se lève. Le corset, bien entendu, doit être supprimé pendant les exercices gymnastiques. Une minutieuse propreté doit être entretenue chez les sujets qui sont soumis à l'application de ces appareils ; elle est réalisée par le traitement hydrothérapique, par les affusions froides quotidiennes complétées de bains pris de temps à autre. Avant de remettre le jersey, après chaque lavage, on saupoudre de talc, de fécule ou d'amidon les aisselles et les hanches. En appliquant le corset, on doit avoir soin de ne pas serrer en arrière les courroies qui se rattachent aux béquillons, mais de les laisser un peu flottantes ; ces courroies ne sont pas destinées à attirer les épaules en arrière, la disposition des béquillons y suffit, mais à empêcher dans les mouvements d'élévation, des bras, ceux-ci de passer par-dessus l'extrémité antérieure des béquillons.
3° Autres variétés de corsets. — Nous venons de décrire le corset tel que M. Collin en a réglé la construction; il est adopté et fabriqué avec quelques modifications par tous les constructeurs français. Mathieu a eu l'idée de le faire plus léger et de faciliter la transpiration cutanée en criblant d'une infinité de trous percés à l' emporte-pièce la cuirasse en cuir durci qui en est la parlie essentielle. D'autres fabricants le font remonter plus ou moins haut en arrière, modifient la disposition des plaques dorsales, de la ceinture métallique, des béquillons.
Une mention spéciale nous parait devoir être réservée aux corsets métalliques que l'on fabrique à l'étranger, particulièrement aux corsets en aluminium que construit Eschbaum (de Bonn). La plaque d'aluminium qui les constitue est forgée et repoussée sur un moulage en plaire du Ironc placé dans l'attitude corrigée. Ces corsets sont élégants, légers et solides.
Dans certains cas de scoliose extrême avec translation en totalité du tronc dans le sens de la courbure vertébrale principale (scoliose au troisième degré), MM. Rainai frères ont eu l'idée ingénieuse d'exagérer l'action correctrice du corset moulé en le rectifiant de la manière suivante :
Le moulage du tronc étant fait dans le redressement maximum que l'on puisse obtenir, on le coupe par une section transversale passant environ par
CORSETS ORTHOPEDIQUES
le milieu de la région lombaire, au niveau du sommel de la courbure lombaire de compensation, puis on fait glisser la partie supérieure de la section sur l'inférieure de la droite vers la gauche, jusqu'à ce que l'axe vertical de ces deux segments se corresponde et que la ligne verticale inlerscapulaire tombe sur la ligne verticale médiane du sacrum; on corrige également ce qui reste de torsion du moule primitif en imprimant à la partie supérieure
Fig. 7O et suivantes. — Rectification du moulage par une section passant par la ceinture (système Rainai; : la figure 76 représente le moulage obtenu pendant la suspension.
Fig. 77. — Section du moulage passan par le sommet de la courbure lombaire et déplacement de la partie supérieure du moulage.
de ce moule une torsion calculée de droite à gauche; on soude avec du plâtre les deux moitiés du moule ainsi redressé, on aplanit ce qui reste de la gibbosité, on comble les méplats asymétriques avec du plâtre et, sur le moule rectifié de la sorte, on étale et on fait durcir le cuir qui doit servir à la confection de la cuirasse (fig. 76 à 80). Nous avons observé quelques bons effets de cette innovation très intéressante, mais trop récente encore pour être appréciée en parfaite connaissance de cause.
Nous passons sous silence divers dispositifs plus ou moins ingénieux simples ou compliqués, inventés dans le but d'exercer une pression mécanique sur la déviation vertébrale par l'intermédiaire de la gibbosité costale : telle la ceinture à inclinaison de Hossard et d'autres appareils qui n'ont plus qu'un intérêt historique. On peut faire varier beaucoup les systèmes par
lesquels le corset exerce sur la gibbosité une action continue et progressive
Fig. 78. — Moulage rectifié.
Fie 7D Fig. 80.
Application du cuir sur le moulage. Corset achevé.
dans le sens du redressement; la figure 81 représente un corset construit
CORSETS ORTHOPEDIQUES
par MM. Rainai, corset présentant une fenêtre correspondant à la gibbosité dorsale droite et au travers de laquelle une plaque, dont la pression est réglée par le jeu d'une vis, exerce sur celle-ci une pression graduée.
On peut enfin combiner avec le port du corset l'application de bandes ou de lacs élastiques exerçant sur les convexités dorsale et lombaire une action opposée cl permanente qui tend à en redresser la courbure. La
Fie. 81. — Corset présentant une plaque mobile, correspondant à la gibbosité costale et exerçant une pression graduée sur celle-ci, au moyen d'une vis de rappel (Rainai).
Fig. 82. — Appareil élastique de Banvell pour le redressement de la scoliose.
figure 82 montre le dispositif adopté par Barwell pour corriger une scoliose à convexité dorsale droite primitive, avec inflexion consécutive en sens opposé de la colonne lombaire.
4° Efficacité et mode d'action des corsets. — Les corsets sont donc employés comme moyen de redressement ; quelle est à cet égard leur efficacité? C'est ce qu'il est difficile de dire, et il serait aussi faux d'exagérer les résultats que l'on peut en attendre à ce point de vue et de les considérer comme le principal moyen de traitement de la scoliose, que de contester leur utilité et d'en rejeter l'emploi, comme Schulthess a voulu le faire.
Il est des scolioses dont on peut obtenir la correction par le régime et par la gymnastique orthopédique seuls ; ce sont certaines scolioses au début, des scolioses peu prononcées, qu'on pourrait désigner sous le nom de
scolioses d'attitude, déviations dont on obtient la disparition temporaire par une légère extension pratiquée sur le rachis, aidée de quelques pressions exercées en sens inverse des déplacements vertébraux ; ce sont surtout les scolioses dans lesquelles, au bout de quelque temps d'exercices soutenus, on voit l'enfant arriver à corriger lui-même sa déviation par la mise en jeu de ses forces musculaires. Mais l'effet des exercices orthopédiques et des manipulations est le plus souvent trop passager pour ne pas disparaître en grande partie, d'une séance de gymnastique à la suivante, si on ne maintient le résultat obtenu par le port d'un appareil de soutien, alors même qu'un traitement par la gymnastique et les manœuvres de redressement a donné en quelques mois un résultat des plus satisfaisants, et pour ne pas se perdre tout à fait quand l'enfant s'éloigne de la surveillance du chirurgien pour retourner à ses études. Comment espérer qu'il résistera aux causes qui ont jadis favorisé le développement de la déformation, si on ne maintient pas la rectitude du tronc par un moyen mécanique qui lutte contre la reproduction des déviations?
Il ne faut donc considérer les corsets que comme le complément du traitement des scoliotiques par la gymnastique et les exercices orthopédiques, mais comme leur complément nécessaire dans la grande majorité des cas. Mobiliser les courbures anomales, les faire disparaître par les exercices et les manœuvres de redressement, amener l'enfant à les corriger lui-même par la rectification de ses attitudes, par l'attention servie par un appareil musculaire régénéré par la gymnastique et devenu en quelque sorte conscient du rôle qu'il joue dans le maintien de l'équilibre du tronc, tel est le premier acte du traitement; le second est de soutenir le squelette, dont l'insuffisance dans son rôle de sustentation est manifeste, jusqu'à ce qu'il ait acquis la force nécessaire pour le remplir, et c'est au corset qu'est dévolue cette tâche. Combien de temps convient-il d'en continuer l'emploi dans la scoliose essentielle ? Tant que les causes de déformation persisteront, que l'accroissement normal du rachis n'aura pas fait disparaître l'asymétrie des corps vertébraux, tant que l'appareil ligamenteux du rachis n'aura pas repris la force et l'élasticité nécessairespourmainlenir en équilibre les pièces osseuses auxquelles il s'insère ; c'est dire que l'emploi des corsets doit le plus souvent être très prolongé. Ce n'est guère que lorsque le développement de la taille est achevé qu'on peut s'en affranchir sans aucune espèce d'arrière-pensée, c'est-à-dire vers la dix-septième, dix-huitième ou dix-neuvième année. Cela dépend d'ailleurs beaucoup du degré [que présentait la déviation, de l'âge qu'avait le sujet au moment où il est entré en traitement, de la facilité plus ou moins grande que l'on a eue à obtenir le redressement, enfin et surtout de la manière dont paraît se maintenirle résultat du traitement gymnastique : il y a des enfants qui peuvent se passer entièrement de corsets pendant le cours du traitement; chez d'autres, il peut suffire de dix-huit mois ou deux
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ans de contention par ces appareils pour les considérer comme en sécurité; pour la majorité, l'usage du corset doit être prolongé jusque fort tard.
Le corset a des inconvénients : il transparaît toujours plus ou moins sous les vêtements, surtout au niveau des épaules, où la saillie des béquillons est difficile à dissimuler, et au niveau delà ceinture, où la taille semble épaissie; il communique à tous les mouvements du tronc une certaine raideur et un air d'emprunt ; il détermine sur les points de pression une modification chronique de la peau, qui prend une teinte brunâtre ou ardoisée, mais celle-ci s'eil'ace peu après la suppression du corset ; on lui reproche surtout, et non sans quelque raison, de gêner dans une certaine mesure la respiration et le développement de la poitrine; les soins donnés à la confection de ces appareils permettent d'éviter ou d'atténuer ces côtés fâcheux, qui n'ont d'ailleurs qu'une importance secondaire, quand on les compare à la nécessité de ne pas laisser la déformation rachidienne s'invétérer. Il faut savoir, en matière de scoliose, que si l'on n'est jamais sûr de regagner ce que l'on a perdu, on peut presque toujours s'opposer à ce que les déviations s'accroissent, et ce sont les appareils de soutien qui nous donnent cette garantie.
Les moyens qui viennent d'être décrits suffisent pour le traitement d'une très grande majorité des scolioses; il en est quelques autres que l'on tient en réserve pour les cas où les premiers se montrent inefficaces. Parmi ces moyens nous avons d'abord à mentionner :
g 3. — Les corsets plâtrés inamovibles.
Ceux-ci sont employés dans certaines variétés de scoliose dont il sera question plus tard, dans certaines scolioses dorsales supérieures dans lesquelles il est nécessaire que la tête et le cou soient immobilisés par l'appareil, dans certaines scolioses lombaires primitives (bandage-ceinture plâtré).
Pour nous en tenir au traitement des scolioses dorsales, l'appareil inamovible y trouve son application dans les deux cas suivants : c'est d'abord lorsque le corset amovible ne maintient pas suffisamment le redressement obtenu par la mobilisation, et que la déviation se reproduit avec tousses caractères dès qu'on enlève ce dernier : on peut espérer qu'une contention plus prolongée et surtout plus continue fixera la colonne vertébrale dans l'attitude de correction qu'on lui donne.
Viennent ensuite les cas où la mobilisation des courbures rachidiennes résiste aux efforts tentés par les moyens ordinaires; pour redresser ces courbures, certains chirurgiens ont recours au redressement forcé, et celui-ci doit être immédiatement suivi de l'application d'un appareil contentif inamovible qui maintienne d'une manière absolue le résultat obtenu. Sans même user
CORSETS PLATRES INAMOVIBLES
des actions mécaniques violentes que nécessite le redressement forcé, on peut, dans les cas de ce genre, porter par les manipulations et les pressions manuelles le redressement aussi loin qu'il est possible de le faire et fixer alors le corps dans l'attitude partiellement corrigée qu'on a pu obtenir au moyen d'un corset inamovible qu'on laisse quelques semaines en place ; on l'enlève alors, on soumet le sujet à une nouvelle séance de redressement qui permet de pousser plus loin encore la correction de la déviation et qui est suivie de l'application d'un nouvel appareil plâtré. De séance en séance on parvient de la sorte à un résultat qui se rapproche de plus en plus du but à atteindre et qui est toujours assuré par l'application immédiate du moyen de contention permanent et rigide : c'est le redressement par étapes auquel nous conseillons d'avoir recours quand le traitement par les mouvements de mobilisation ordinaires, la gymnastique orthopédique, les corsets amovibles, tarde trop à donner une amélioration.
Que ce soit dans l'un ou l'autre de ces cas d'application, le corset inamovible plâtré s'applique comme le corset plâtré amovible, mais avec les modifications que voici :
«) Comme le sujet doit rester des semaines et des mois enfermé dans cet appareil, il faut que les soins de propreté préalables soient minutieux et poussés jusqu'à ce que l'on obtienne presque l'asepsie de la peau, pour éviter que l'appareil ne s'infecte rapidement et ne prenne de l'odeur.
6) La pression sur les points saillants du squelettesefaisanlloujours sentir aux mêmes endroits pendant tout le temps du port de l'appareil, il est nécessaire de protéger davantage ces points en matelassant l'appareil au moyen de petits coussins disposés à cet effet dans son intérieur ; il est prudent surtout de revêtir l'enfant d'un jersey double avant d'appliquer les tours de bande plâtrés ; c'est également dans le corset inamovible que l'on place, ainsi que Sayre l'a recommandé, une couclie épaisse de ouate sur les régions hypogaslriques et sous-ombilicales, au moment où on
Fig. 83. — Grand appareil plâtré, inamovible, comprenant le cou et fixant la tète (Redard).
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applique l'appareil ; en enlevant ce coussin après la dessiccation du corset, on laisse au niveau de ces régions un espace libre suffisant pour permettre l'ampliation de l'abdomen pendant la digestion.
c) Le grand appareil plâtré entoure le cou, le maxillaire inférieur et l'occiput ; il prend sur ces derniers points un point d'appui qui s'oppose aux déviations de la colonne cervicale ; pour appliquer cette partie de l'appareil, on entoure la tète d'un passe-montagne épais ou doublé d'une couche de ouate, et, l'enfant étant placé dans la suspension verticale modérée, la traction s'exerçant uniquement sur la tête au moyen de bandes qui remplacent la mentonnière ordinaire de l'appareil de Sayre, on entoure le cou et la tête jusqu'aux oreilles de tours superposés de bandes plâtrées qui passent en sautoir sur les épaules en s'entre-croisant sur la ligne médiane du cou et de la nuque : on renforce ces couches circulaires au moyen d'attelles plâtrées ; il faut veiller à ce que les épaules soient dégagées, mais ne pas trop échancrer l'appareil au niveau des aisselles, qui doivent prendre sur lui un point d'appui (fig. 83).
d) On peut, sur ce corset plâtré, pratiquer au niveau de la gibbosité une fenêtre de dimensions suffisantes, pour exercer sur celle-ci une pression directe au moyen de pelotes ou de coussins ou de plaques superposées de feutre sur lesquels on agit au moyen d'une bande élastique. Cet artifice ôte à l'appareil quelque chose de la rigidité qui est la condition même de son efficacité.
e) Le principe même de la contention par un corset inamovible exige que celui-ci soit placé sur le tronc dans l'état maximum de correction que l'on peut obtenir ou môme dans la sur-correction des difformités existantes ; c'est dire que cet appareil doit toujours être appliqué dans la suspension verticale, dont l'effet sera complété par des tractions exercées en sens inverse de ces déviations par les moyens que nous avons indiqués (1).
(1) Certains chirurgiens, comme Brun, pour employer un redressement plus énergique et plus complet, ont recours au chloroforme et placent l'appareil plâtré sur l'enfant endormi dans la suspension et redressé par des pressions directes. Mme Nageotte-Wilbouchewitch fait observer que, dans ces cas, le réveil est pénible, que l'enfant reste cyanose pendant plusieurs heures et que la gêne est si grande qu'il faut souvent le surveiller pendant des jours entiers ; le petit malade finit cependant par se faire à sa carapace et il la supporte le plus souvent fort bien, sans que les fonctions essentielles en soient entravées ; mais c'est dire avec quelle réserve il faut recourir à un mode d'application du corset qui entraine de semblables inconvénients immédiats.