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CHAPITRE PREMIER L'HYGIÈNE DES SCOLIOTIQUES

L'hygiène est le traitement prophylactique de la scoliose; elle prévoit les causes qui amènent ou qui accroissent la déformation et elle les supprime.

Quelque idée que l'on se. fasse de la nature intime du processus qui produit la scoliose et de ses origines réelles, il n'est personne qui ne reconnaisse l'influence qu'ont sur la production et sur l'aggravation des déviations :

La surcharge de la colonne vertébrale par le poids de la tête et des membres supérieurs ;

Les attitudes vicieuses qui tendent à devenir permanentes par le fait de l'éducation scolaire ou professionnelle, ou par mauvaise habitude, ou par le fait de la maladie elle-même ;

L'affaiblissement delà nutrition générale qui résulte d'une alimentation, d'une aération insuffisantes, mais surtout du surmenage physique et intellectuel;

Enfin, dans certains cas, l'on peut incriminer, jusqu'à un certain point, le costume, la gêne apportée au développement normal parles vêlements, etc.

L'hygiène doit s'attacher à ces causes pour les supprimer ou les combattre et pour mettre l'enfant dans de bonnes conditions de résistance à leur égard.

Pour supprimer les effets de la surcharge que le rachis supporte, il faut remplacer le plus possible la position verticale par la position horizontale; le décubitus dorsal, dans une attitude symétrique, sur un matelas plat et dur, esU'altitude la plus favorable. Ce n'est qu'exceptionnellement néanmoins que l'on est obligé de traiter la scoliose par le séjour au lit, et, dans les cas où il faut le faire, on a généralement recours à des lits orthopédiques, appareils complexes, pourvus de dispositifs destinés à agir par pression directe ou indirecte sur les courbures vertébrales ; on verra plus loin quelles sont les rares indications de ce mode de traitement cl quels sont les modèles usuels de lits auxquels on doit donner la préférence.

I);ins les cas ordinaires, pour maintenir le plus longtemps possible l'enfant

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dans la position horizontale sans interrompre complètement son existence physique et intellectuelle, il convient de porter au maximum la durée du séjour au lit la nuit; de coucher les enfants de bonne heure, de les faire lever tard, de leur faire consacrer onze et môme douze heures au sommeil. On tâchera de leur faire prendre l'habitude de dormir couchés sur le dos, avec un seul oreiller très mince, sans traversin ; le matelas sera dur, peu épais, et portera sur un sommier résistant et bien horizontal.

Il faut, en outre, après le repas du milieu du jour, faire faire aux enfants, sans les déshabiller, une station d'une heure et demie ou deux heures dans le décubitus dorsal sur une couchette plane, telle qu'une banquette, une planche recouverte d'une couverture pliée en plusieurs épaisseurs. Pour compléter le nombre d'heures pendant lesquelles la position couchée doit être maintenue, après chaque heure d'exercices, d'étude, de leçon ou de promenade, on fera coucher l'enfant pendant cinq ou dix minutes sur la couchette en question, alternant ainsi constamment entre la station, la marche, la position assise et la position couchée. Le nombre d'heures pendant lesquelles celle-ci doit être observée, dans le traitement d'une scoliose d'intensité moyenne au début, ne doit pas être inférieure à quinze ou seize.

Les heures de leçon el d'éludé alterneront ainsi avec les heures d'exercice

Fig. i. — Plan incliné de Kirmisson avec appareil à suspension (Mathieu).

ou de promenade : on ne doit jamais prolonger plus de trois quarts d'heure ou d'une heure la durée d'un exercice, d'une leçon ou d'une promenade. Les leçons seront réglées de telle sorte que l'enfant puisse les suivre le plus possible dans la position couchée.

Au lieu, dans ces intervalles de repos, de mettre l'enfant dans la posilion

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horizontale, on peut le faire coucher sur un plan légèrement incliné ; pour l'empêcher de glisser et de reposer de tout son poids sur la petite planchette disposée sur la partie inférieure de ce plan de manière à servir de support à ses pieds, on fixe la tête à la partie supérieure du plan au moyen d'une mentonnière de Glisson ou d'un appareil à suspension analogue (fig. 1). L'enfant est ainsi placé dans une sorte de suspension oblique; mais cette attitude, qui agit efficacement pour le redressement des courbures vertébrales, est plus fatigante et moins facilement supportée que le décubilus dorsal sur un plan horizontal.

Exercices physiques. — Les exercices de gymnastique orthopédique doivent, au moins au début du traitement, remplacer presque tous les autres exercices. Seule la promenade, nécessaire pour que l'enfant prenne le grand air, sera conservée ; deux courses à pied de trois quarts d'heure environ, une le matin, une le soir, suffisent le plus souvent ; elles seront toujours suivies d'un court repos horizontal. On évitera le plus possible les sorties en voiture, et celles-ci ne seront utilisées que pour permettre d'atteindre rapidement un endroit favorable à la promenade à pied. La course, par contre, peut être permise et même conseillée, à la condition qu'elle ne soit pas trop prolongée ; elle réalise toutes les conditions d'un excellent exercice respiratoire ; elle ne doit jamais être poussée jusqu'à l'essoufflement ou à la fatigue ; une très bonne pratique consiste, après chaque heure de travail assis, à faire faire à l'enfant un tour de course rapide autour d'un jardin ou dans une allée, avant de le faire reposer pour une dizaine de minutes.

La natation est également un exercice de choix pour les scoliotiques, malheureusement d'un emploi trop rare et trop difficile à réaliser. On peut permettre ou conseiller à ceux-ci, quand ils sont vigoureux cl que la déviation n'est pas trop prononcée, le canotage à la rame, à condition qu'ils gardent en rainant une altitude toujours exactement symétrique.

Ce n'est que dans les degrés les plus légers de la scoliose, et avec beaucoup de réserve même, qu'on peut autoriser d'autres sports, I'équitation, la paume ou le tennis, le crocket ou le golf; l'équitation, surtout chez les jeunes filles, non seulement favorise le tassement vertical des pièces qui constituent la colonne vertébrale, mais elle entraîne presque toujours une altitude vicieuse consistant en une torsion du bassin avec propulsion en avant île la moitié droite de celui-ci ; elle doit donc être proscrite ; il en est de même de la bicyclette, dont l'influence nuisible sur les courbures dorsales ne saurait être contestée. L'escrime peut être parfois utilement employée, mais elle est trop fatigante et ses effets sont difficiles à contrôler : les leçons de danse, la danse elle-même, peuvent être plutôt utiles que nuisibles, pourvu que l'on exige des enfants une régularité d'attitudes parfaite.

l'hygiène des scoliotiques

Exercices scolaires, leçons, études. — L'attitude vicieuse prise par l'écolier en écrivant, si même elle n'est pas la cause première de la déviation vertébrale, est un des facteurs principaux de sa production en l'aggravant et en la fixant. Aussi faut-il tenir à ce que, en écrivant, l'enfant soit toujours régulièrement et symétriquement placé ; le tronc ne doit prendre d'appui que le moins possible sur les membres supérieurs, et toujours sur l'un et l'autre également ; il faut obtenir que le corps soit dans une rectitude complète, que les deux coudes collés au corps soient placés en arrière de la table à écrire sur laquelle reposent uniquemen es avant-bras et les mains. Toute inclinaison du tronc, toute rotation du bassin, doit être surprise et

P"ir.. 2. — Station unifessière (Mmc Nageotte-Wilbouchewitch).

Fig. 3. — Altitude vicieuse en écrivant : torsion du tronc conduisant à la scoliose lombaire gauche et dorsale droite (Mm° Nageotte-Wilbouchewitch).

corrigée sans relâche ; la station unifessière gauche, si communément adoptée par les écoliers qui écrivent en appuyant le coude gauche sur la table et qui conduit à la scoliose lombaire à convexité gauche (fig. 2), — la déviation du corps vers la droite, qui s'observe lorsque l'enfant s'appuie sur le coude droit placé sur la table, le coude gauche tombant le long du corps, position qui favorise la courbure à convexité dorsale droiteffig. 3), réclament unealtention spéciale ; il en est de même de l'inclinaison latérale de la face qu^ souvent l'enfant adopte en écrivant ; celle-ci peut tenir à la mauvaise direction donnée au papier sur lequel il écrit ; parfois elle est due à des troubles de la réfraction, inégale pour les deux yeux, et dont la correction par des verres appropriés est alors nécessaire. On doit surveiller aussi la manière dont les jeunes -filles en s'asseyant disposent sous elles leurs jupes, dont les plis peuvent élever une des moitiés du bassin plus que l'autre.

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Il est certain que la direction oblique à droite des jambages de l'écriture anglaise est une des causes des attitudes mauvaises que l'on prend en écrivant; pour remédier à cet inconvénient, on donne au papier une inclinaison telle que les traits principaux de l'écriture soient exactement antéro-poslérieurs ; il faut donc que le bord inférieur de la page sur laquelle on écrit, fasse avec le bord postérieur de la table un angle de 3o° environ, ouvert vers la droite; mieux vaudrait encore adopter l'écriture droite ou bâtarde.

Pour obtenir cette correction d'attitude, une appropriation du mobilier scolaire est indispensable. L'enfant doit écrire sur un pupitre, placé à la distance de vision distincte sans effort d'accommodation. Ce pupitre doit être fixé au siège, de telle sorte que le bord postérieur de la tablette vienne presque au contact du corps. Le siège lui-même doit être pourvu' d'un dossier, qui soutienne le dos jusqu'aux épaules ; ce dossier doit épouser la forme du dos, présenter un bombement léger correspondant à la région lombaire ; le siège doit être assez long pour que, l'enfant étant assis bien à fond, la face postérieure des cuisses repose dans presque toute sa longueur sur lui. Comme le dossier, il doit se mouler sur les formes, présentant à cet effet une excavation légère pour recevoir la saillie des régions fessières. Enfin, il est essentiel que siège et dossier présentent une inclinaison légère en arrière, de telle façon que, par son poids, le dos de l'enfant repose sur le dossier et que, dans cette attitude, le corps fléchi à angle droit n'ait pas de tendance à glisser en avant. Une inclinaison de i5° environ, donnée au dossieretau siège, suffit; la tablette du pupitre doit avoir la même inclinaison ou même une un peu supérieure. La distance verticale qui sépare le siège du pupitre doit être telle que, l'enfant étant assis, prêt à écrire, les coudes au corps et les avant-bras fléchis, ceux-ci reposent sur la tablette du pupitre, sans qu'il soit nécessaire d'élever les épaules ou d'infléchir le Ironc en avant.

Pour adapter récarlement du pupitre aux divers degrés de corpulence des enfants, on peut faire glisser sa tablette dans des coulisses qui permettent d'enrapprocherou d'en écarter le bord postérieur. Lorenz a très

clairement établi les conditions que doit remplir le mobilier des installations publiques ou privées dans son travail intitulé : Die heutige Schulbankfrage (fig. 4)- En Suisse, comme en Allemagne, on trouve partout de bons modèles de fables et de sièges rationnellement construits, qu'on pourrait appeler sièges à réclinaison ; il n'en est pas ainsi chez nous, malheureusement; la table

Fig. ',.

Pupitre et chaise de Lorenz.

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