TRAITEMENT DE LA LUXATION PARALYTIQUE DE L EPAULE
Quand les muscles moteurs de l'épaule seuls sont atteints, deltoïde, muscles scapulaires, le mieux est de faire supporter le poids du membre supérieur par un appareil prenant un point d'appui solide sur le tronc, au moyen d'une sorte d'anneau en cuir durci, bien rembourré, qui se moule sur la circonférence de la région scapulaire. Cet anneau supporte une gaine en cuir, lacée, où le bras se trouve fixé ; cette gaine est rattachée à la portion thoracique de l'appareil au moyen d'une tige métallique articulée, permettant au membre d'exécuter tous les mouvements passifs.
Tel est l'appareil deCollin, que nous figurons ici (fig. 187).
Schûssler a eu recours à un dispositif plus simple encore (fig. i38) : c'est un anneau en caoutchouc qui s'applique tout autour de l'épaule, où il est fixé par un système de sangles entourant le tronc; cet anneau recouvre et maintient appliqués contre le
Fig. 137. — Appareil de Collin pour les luxations fréquentes de l'épaule.
Fi(i. i3S. — Appareil de Schûssler pour les luxations paralytiques de l'épaule.
tronc trois coussins ;'i insufflation, don) l'un correspond à la partie antérieure du moignon de l'épaule, l'autre à la région scapulaire postérieure, le troisième, plus volumineux, triangulaire, à l'aisselle. La distension de celui-ci, produite par l'insufflation, refoule en haut le membre supérieur en sup-
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portant la plus grande partie de son poids, sans exercer de pression fâcheuse sur les vaisseaux et les nerfs du creux axillaire. Saisi et soutenu par cet appareil, le membre supérieur est absolument libre et n'est fixé par aucune espèce de gaine.
Quand l'emploi de ces appareils ne suffit pas à donner quelque stabilité à l'articulation flottante et à rendre le membre capable de quelque usage (et l'on sait que, dans les paralysies infantiles de l'épaule, l'impotence du membre s'accroît souvent avec l'âge), et lorsque les autres parties de l'appareil moteur sont dans un état d'intégrité à peu près complète, on peut, comme dernière ressource, recourir à une sorte d'arlhrodèse. Il est inutile, dans les cas de ce genre, d'obtenir une soudure osseuse véritable de la tète numérale avec la glène : il suffit de rendre les connexions de ces deux os assez étroites pour rendre ceux-ci solidaires, et pour que les mouvements puissent se transmettre de l'un à l'autre. On y arriverait peut-être par une opération analogue à celle que Ricard a préconisée et pratiquée pour les luxations récidivantes de l'articulation scapulo-humérale; celle-ci consiste dans un rétrécissement delà capsule articulaire dont les parties relâchées sont enroulées en une sorte de pli ou de bourrelet que l'on fixe par une suture en capiton au catgut. Le resserrement de la capsule, obtenu par ce moyen, peut être porté aussi loin que l'on veut et immobilise presque complètement l'humérus sur l'omoplate ; l'opération en question est d'ailleurs très simple, et il suffit pour l'exécuter d'une incision longitudinale du deltoïde, incision qui permet de découvrir la capsule articulaire, de l'attirer, d'en enrouler la partie exubérante et de la fixer en cet état par quelques points de suture. Celte opération a l'avantage de ne pas ouvrir l'articulation ; en la pratiquant on n'a point à se préoccuper du muscle deltoïde qui est atrophié, ni du nerf circonflexe qui est paralysé.
Si la paralysie spinale n'est pas trop ancienne, on s'appliquera à entretenir, par un traitement électrique convenable, la nutrition des muscles, et on attendra pour intervenir d'une façon quelconque que la difformité acquise et l'impotence fonctionnelle qui la double puissent être considérées comme définitives.
Lorsque des troubles paralytiques notables du côté des autres groupes musculaires du membre supérieur frappent celui-ci d'une impotence totale, il n'y a qu'à s'abstenir. Dans un cas analogue où à l'atrophie et à l'arrêt de développement du membre supérieur s'ajoutaient des irradiations névralgiques très douloureuses, P. Segond dut avoir recours à l'amputation intradelioïdienne du bras.
ARTICLE II