CHAPITRE II
ANRYLOSES COMPLETES. RESECTION ORTHOPEDIQUE DE L'ÉPAULE
Pour restituer, dans les cas d'ankylose complète de l'articulation scapulohumérale, sa mobilité à cette articulation, on ne peut avoir recours qu'à la résection orthopédique de l'épaule.
Indications. — Il s'en faut de beaucoup que cette opération soil fréquemment justifiée. Nous avons dit que les résultats fonctionnels médiocres que donne la résection de l'épaule pratiquée pour la scapulalgie tuberculeuse, n'engagent pas à conseiller celle opération dans un but purement orthopédique et pour remédier aux ankylôs'és qui font suite à celle affection, et que si on recourt à la résection dans certains cas d'ankyloses scapulo-humérales dues aux tumeurs blanches, c'est bien plutôt afin de débarrasser le malade de lésions tuberculeuses encore menaçantes que pour créer une néarlhrose mobile.
Les ankyloses consécutives aux arthrites ankylosanles à marche rapide, telles que certaines arthrites rhumatismales et blennorragiques, aux arthrites suppurées, traumatiques ou non, fournissent à la résection des indications plus satisfaisantes et plus nombreuses ; et cependant, dans ces conditions mêmes, l'opération est souvent inutile : l'ankylose de l'épaule, en effet, est une infirmité gênante, mais qui permet parfois un bon fonctionnement du membre: la suppléance qui s'établit entre les mouvements que permet le déplacement de l'omoplate sur le tronc et les mouvements absents, rend au membre une par tnotablede son utilisation. Ces mouvements, qui se passent dans l'espace interscapulo-thoracique et que, par un traitement orthopédique bien dirigé, on arrive à augmenter beaucoup, suffisent pour permettre au malade de se servir de son membre non seulement pour les usages ordinaires de la vie, mais pour un très grand nombre de travaux professionnels même pénibles.
Il n'y a que les mouvements d'abduction et d'élévation au-dessus de l'ho-
ANKYLOSES COMPLETES DE L EPAULE îyi
rizontale, et les mouvements de rotation, pour lesquels la suppléance n'arrive jamais à se faire.
Certaines conditions sont nécessaires pour que la résection orthopédique de l'épaule donne un résultat utile. Il faut qu'il s'agisse de sujets jeunes, vigoureux, possédant encore l'intégrité de leurs masses musculaires. Cette considération, ainsi que le fait observer Ollier, domine toutes les autres dans l'établissement de l'indication ; il ne servirait à rien, en effet, de restituer la mobilité à une articulation qui serait privée de ses agents de mobilisation active.
S'il s'agissait de sujets jeunes, au-dessous de dix à quatorze ans, la résection ne serait autorisée qu'à la condition qu'elle ménageât le cartilage de conjugaison sinon, elle laisserait un membre atrophique,plus ou moins inutile pour la fonction.
Les conditions favorables à la résection se présentent encore dans certaines arthrites ankylosantes, telles que les arthrites consécutives à la variole, à la scarlatine, à la grippe ; dans les déformations articulaires dues à des fractures mal consolidées, ou bien avec éclatement et déformation de la tête hurAérale, ou dans ces fractures du col chirurgical de l'humérus, où l'ascension du fragment inférieur qui vient se mettre en contact avec le rebord de l'acromion forme une sorte de butoir qui arrête les mouvements d'élévation de l'épaule.
Manuel opératoire. — Deux conditions essentielles régissent l'exécution de la résection orthopédique de l'épaule.
Ce qu'on recherche par celte opération, c'est la constitution d'une néarlbrosc mobile ; il faut éviter à tout prix la reproduction d'une ankylose ; la stricte application de la méthode sous-capsulo-périostée d'Ollier n'est donc pas ici nécessaire ; elle pourrait môme être plus nuisible qu'utile dans certains cas où le retour des roideurs est parliculièrement à craindre, comme lorsqu'il s'agit d'une ankylose d'origine blennorragique et relativement récente encore.
D'autre part la mobilité delà léte numérale sur la glène n'existe plus ; tandis que dans la résection ordinaire de l'épaule on fait évoluer sous la ruginc ou le couteau l'extrémité supérieure de l'humérus de façon que les insertions internes ou externes de la capsule viennent se présentcrd'cllesmômes dans L'écartement des bords de l'incision très limitée qui a permis d'arriver jusqu'à l'articulation, dans la résection pour ankylose, la rotation de la tôle numérale est supprimée, cl pour atteindre les insertions internes, externes, postérieures de la capsule cl celles des muscles scapulaircs, il faut commencer par rompre les connexions qui unissent les surfaces osseuses numérale et scapulaire. La résection peut alors s'achever par les procédés ordinaires.