HANCHE A RESSAUT [A. MOUCHET
La hanche à ressort, mieux dénommée selon nous hanche à ressaut (schnellende ou schnappende Hiïfte des Allemands, snepping hip des Anglais) est une affection curieuse dont le sj^mptôme le plus frappant consiste en un claquement sec et bref, suffisamment intense pour être entendu à distance et se produisant au niveau de la hanche soit pendant la marche, soit au repos dans une attitude spéciale du sujet.
La dénomination de hanche à ressort est mauvaise, parce qu'il ne s'agit pas ici d'un mouvement arrêté après avoir été commencé et terminé brusquement après ce temps d'arrêt comme dans le doigt à ressort ; il s'agit d'un ressaut et le nom de hanche à ressaut devrait être seul employé.
On doit admettre deux variétés de hanche à ressaut.
1° La hanche à ressaut articulaire, variété la plus rare, la moins caractéristique, consistant dans une subluxation intermittente de la tête fémorale, observée dans la coxa vara (Albert Mouchet), dans des cas particuliers de dystrophie ostéo-ligamenteuse (Ombrédanne), dans des cas de laxité ligamenteuse accompagnant la paralysie infantile (Kirmisson). Walther croit qu'une distension ligamenteuse permet la mobilité de la tête fémorale dans un cotyle agrandi, sans qu'il y ait issue hors de ce cotyle.
Le claquement qui accompagne la subluxation se produit aussi bien dans les mouvements communiqués que dans les mouvements volontaires.
2° La hanche à ressaut périarticulaire, la plus fréquemment observée, la seule vraie, disent avec exagération Rieffel, Kirmisson, le ressaut fessier trochantérien de Morel-Lavallée, de Ferraton, est caractérisée par le fait que le ressaut est produit en dehors de l'articulation par le passage brusque sur le grand trochanter d'une bande musculaire ou fibreuse (bord antérieur du grand fessier ou bandelette de Maissiat). Ce passage s'effectue avec un choc, un déclanchement plus ou moins marque pendant un mouvement de flexion, d'extension ou de rotation coxo-fémoraies, que ce soit le fémur ou le bassin qui représente le point fixe du mouvement. Il se voit, se sent au palper et s'accompagne d'un « cloc » caractéristique. (Fig. 258 et 259.)
La hanche à ressaut est bien plus fréquente qu'on ne l'a dit ; en quelques années nous en avons vu neuf cas.
Observée le plus souvent chez les hommes, surtout aux environs de la vingtième année, et chez des hommes musclés, la hanche à ressaut affecte indifféremment le côté droit ou le côté gauche ; elle est quelquefois bila-
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térale. Les étudiants en médecine et les soldats sont ceux qui offrent le plus d'exemples de hanches à ressaut ; la raison en est dans leur aptitude à développer une prédisposition congénitale par pur dilettantisme ou dans le but d'obtenir des congés de convalescence et des renvois anticipés.
On doit reconnaître deux variétés cliniques de hanche à ressaut périarticulaire :
1° La variété volontaire, dite encore congénitale. C'est la variété la plus
Fig. 258 et 259. — Hanches à ressaut périarticulaires.
fréquente dans laquelle une disposition anatomique congénitale, encore mal connue, favorise le ressaut sur la face externe du grand trochanter de la bandelette de Maissiat. Cette disposition au ressaut est développée plus ou moins inconsciemment par les sujets qui l'ont remarquée sur eux et s'en étonnent ; ils deviennent des « artistes » en leur genre (Rieffel), et un beau jour, si l'occasion s'en présente, des « simulateurs » (Mouchet).
La hanche à ressaut devient une sorte de « truc », parfois même de « tic » ou mouvement d'habitude qu'exploitent des militaires désireux de se faire réformer ou des accidentés du travail avides de rente.
2° La variété de hanche à ressaut traumalique ou acquise, qui serait consécutive à un traumatisme plus ou moins grave (chute, coup, etc.), déter-
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minant des lésions de la bourse séreuse du grand fessier (hématome, adhérences, etc.), des épaississements de la partie antérieure du tendon du grand fessier, des arrachements de l'insertion de grand fessier, etc.
Le ressaut se produirait indépendamment de la volonté du patient et s'accompagnerait de douleurs plus ou moins notables, de troubles de la marche, d'une légère claudication, tous accidents pouvant justifier une intervention chirurgicale.
Cette variété de hanche à ressaut traumatique est rare, mais elle ne peut pas, croyons-nous, être contestée, et Pierre Delbet en a présenté une observation récente à la Société de chirurgie.
Il est certain que, dans beaucoup de cas, le traumatisme est peu important ; il a pu être seulement l'agent révélateur ou l'agent d'aggravation dune aptitude naturelle au ressaut trochantérien qui n'avait causé jusquelà aucune gêne fonctionnelle au porteur.