FRACTURES DE LA ROTULE
fiant celle-ci d'incomplète. Mieux vaut réserver pour ces cas-là le terme de raideur articulaire. Cette dénomination est d'autant mieux justifiée qu'elle s'applique en réalité aux cas qui sont avant tout justiciables de la physiothérapie.
Nous reviendrons dans un autre paragraphe sur les indications thérapeutiques que comportent ces raideurs et ces ankyloses. Disons seulement ici que les mouvements de 10 à 45° d'amplitude sont pratiquement inutilisables. Aussi, dans les cas où la musculature est bonne et où l'on n'a pas à redouter le réveil d'accidents infectieux, peut-il être indiqué de chercher à gagner davantage en mobilisant le genou sous anesthésie, en cherchant ensuite à garder le résultat acquis par une mécanothérapie bien comprise. Dans un grand nombre de cas, malheureusement, il persiste des séquelles d'arthrite traumatique ; parfois même, à la suite d'une lésion qui avait guéri simplement, des signes d'arthrite sèche sont apparus, et avec elle les douleurs et la limitation des mouvements : ce sont là précisément les cas dans lesquels le chirurgien doit savoir s'abstenir de toute intervention brutale. Par contre le traitement aux stations thermales de Bourbon-Lancy ,Bourbon- TArchambault, Bourbonne, Aix-les-Bains, etc., peut améliorer beaucoup l'état de ces blessés et, à la longue, on voit souvent les fonctions du genou tendre vers une certaine amélioration.
3° Ankyloses vicieuses. — Nous ne faisons que mentionner ici les ankyloses vicieuses ou plutôt lesattitudes vicieuses consécutives aux lésions de l'appareil rotulien. Elles résultent presque toujours d'un défaut d'immobilisation suffisamment prolongée. Leur mécanisme est facile à comprendre: étant donnés les phénomènes d'arthrite qui sont constants en pareil cas, le genou se met en flexion, et cette attitude vicieuse se fixe d'autant mieux que la rotule brisée ou enlevée, le tendon rotulien sectionné, empêchent le quadriceps de s'opposer à la rétraction des fléchisseurs. Nous avons vu cette déformation se produire après une résection du genou dans laquelle le tendon rotulien n'avait pas été suturé, et où on avait laissé le membre en gouttière métallique : letibia s'était subluxé en arrière ; la jambe formaitunangle obtus avec la cuisse. Il en est de même après certaines patellectomies mal surveillées. Enfin, on peut voir la déformation se produire lorsque le blessé commence à marcher, alors que l'arthrite est encore en évolution et l'ankylose incomplète.
Le traitement préventif de toutes ces lésions consiste donc à immobiliser le membre en bonne position jusqu'à ce que lankylose soit obtenue, et si celle-ci ne paraît pas assez rigide, à ne pas laisser marcher le blessé sans l'avoir muni au préalable d'une genouillère plâtrée ou orthopédique.
Une fois la déformation produite, il peut être nécessaire, pour la corriger, défaire la résection : nous reviendrons sur ce point dans un des chapitres suivants.
[G. COTTE
3/,8 CIimi'RGIE UÉP \H I TliICE ET ORTHOPÉDIQUE
2° — LAXITES ARTICULAIRES
Acôté des cas dans lesquelsl'inflammation aboutit àla limitation des mouvements par un processus d'arthrite plastique ankylosante, il en est d'autres où elle altère seulement les divers éléments de l'articulation, leur fait perdre leur élasticité et aboutit, en définitive, à une laxité plus ou moins grande de l'articulation. Au premier plan, il faut mettre évidemment les lésions de la capsule et des ligaments, dont les fibres élastiques sont remplacées par du tissu conjonctif, la persistance d'une hydarthrose, qui traduit l'inflammation chronique de la jointure, auxquelles viennent s'ajouter les lésions cicatricielles du tendon, lorsqu'il a été sectionné, de la capsule et l'atrophie du quadriceps qui est souvent considérable.
Ces différentes lésions peuvent être plus ou moins accentuées ; elles peuvent exister seules ou se superposer, ce qui explique qu'au point de vue clinique, aussi bien qu'au point de vue anatomique, les laxités articulaires consécutives aux lésions de l'appareil rotulien sont très variées.
Il y a d'abord toute une série de cas dans lesquels le genou a conservé l'intégrité de ses mouvements. Au repos, lorsque les muscles sont relâchés, on constate seulement quelques mouvements de latéralité de l'articulation ; mais ceux-ci disparaissent presque totalement lorsque le malade contracte ses muscles, et la marche est relativemeut peu gênée. Cela se voit fréquemment après les arthrotomies, surtout après ces arthrotomies larges avec section du tendon rotulien, où il est rare de ne pas constater un certain degré de laxité du genou dans les mois qui suivent l'intervention. Peut-être, à la longue, par l'exercice, le massage ou un traitement thermal bien compris, cette laxité est-elle susceptible de rétrocéder et de disparaître complètement. L'avenir nous dira seul ce que deviennent ces blessés.
A un degré déplus, la marche devient beaucoup plus incertaine. A chaque instant le blessé est exposé à de petites entorses du genou qui viennent aggraver les lésions existantes et il ne peut se dispenser dune canne. Souvent même pour avancer plus vite, il marche le genou raide en contractant énergiquement tous les muscles pour mieux immobiliser la jointure. La fatigue est beaucoup plus rapide, et s'il est obligé de faire de longs trajets, le malade ne peut se dispenser d'une genouillère orthopédique. Celle-ci devient indispensable lorsqu'au.!* mouvements de latéralité s ajoutent des mouvements d'hyperextension avec tendance au (( genu recurvaium ».
Nous avons supposé jusqu'ici que le genou atteint de laxité avait gardé tous ses mouvements. On comprend donc que chez de tels blessés il n'y ait pas lieu d'intervenir, et que la seule thérapeutique consiste à faire porter une genouillère, lorsque le membre est trop faible pour s'en passer.
Il s'en faut d'ailleurs que ce soient là les seules variétés de laxité articulaire, et quelque paradoxal que cela puisse paraître, on peut voir associées raideur et laxité, d'où l'existence d'impotences complexes dont
G. COTTE