CONSÉCUTIFS AUX TRAUMATISMES DU TARSE
ET DU MÉTATARSE.
[PA UL DESFOSSES]
Un grand principe domine toute la chirurgie du pied tions chirurgicales du pied, quelles soient traumatiques ou non, il ne faut pas être trop conservateur.
A la main, le moindre moignon de doigt, la moindre partie de l'éminence thénar ou de la paume de la main peut rendre de précieux services au blessé :
le chirurgien doit être conservateur à outrance.
Au pied, au contraire, le chirurgien ne doit pas perdre de vue que le moignon laissé par le traumatisme est destiné à supporter le poids du corps ; il ne doit pas hésiter, s'il y a lieu, à sacrifier les parties saines pour obtenir une bonne base de sustentation.
Le chirurgien saura sup-
dans les affec-
Fig. 363. — Lignes de force de la jambe sur le pied, architecture générale du calcanéum et de l'astragale. La ligne pointillée verticale passe par l'axe de rotation du pied La pyramide triangulaire des lignes de force du tibia aboutit au sommet de la courbure astragalienne et représente les points de pression normaux sur l'astragale (Destot).
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primer le pied tout entier plutôt que de pratiquer, sur un pied laissé difforme par un accident, une retouche à visées esthétiques, qui donnera un moignon incapable de servir à la marche. Tout travailleur, tout homme d'action préférera un bon moignon d'amputation basse de jambe à une opération qui, après guérison, l'obligera à un repos de plusieurs heures par jour. La question de la conservation à tout prix du pied ne se posera que pour des considérations d'ordre moral, par exemple, pour des femmes jeunes désireuses de sauvegarder l'intégrité de leur personne.
Néanmoins la chirurgien saura également qu'après un traumatisme du pied, après un broiement osseux, accompagné ou non de déchirures de la peau, le pied, d'abord douloureux au moindre contact pendant quelques mois, finit par s'adapter à de nouvelles conditions statiques et devient parfaitement utilisable.
Donc le chirurgien doit être conservateur, mais pas trop conservateur.
Le pied peut être divisé en deux portions : pied postérieur , pied antérieur.
Le pied postérieur est le principal appui dans la situation verticale et
dans la marche plantigrade. Le calcanéum est l'os le plus considérable et le plus important : il porte sur son dos le poids entier du corps par l'intermédiaire de l'astragale ; il se tient en équilibre sur ses tubercules postérieurs en formant
Fig. 364. — Cette figure montre que l'astragale n'occupe H-inrirnn nn nntflp
pas le sommet de l'arc interne du pied, mais se trouve avec ) Horizon un angle
sur la culée postérieure de l'arche. L'astragale ne forme qui détermine à la fois la pas la clef de voûte (Destot). *. . , u j
y voûte et la cambrure du
pied (fig. 364).
Le cinquième métatarsien reposant sur le sol par toute sa longueur forme le pilier antérieur de cette voûte du pied dont le cuboïde est la clef. L'arc ainsi constitué soutient l'astragale, le scaphoïde dans ses deux tiers externes et le troisième cunéiforme. Le système du gros orteil forme une colonne à part, destinée à soutenir le devers interne (Destot).
L'astragale n'est pas la clef de voûte du pied, il se trouve en superstructure sur l'arche postérieure ; c'est un intermédiaire, un joint ; sa suppression n'entraîne pas l'effondrement de la voûte du pied, au contraire la voûte tend à s'exagérer après l'astragalectomie. Le rôle de l'astragale est double : a) il répartit sur le calcanéum le poids du corps dans la station et la marche normale ; b) dans la course, le saut, la montée, la descente, il transmet par le scaphoïde, les cunéiformes et les trois premiers méta-
[DESFOSSE'S]
TRAUMATISMES DU TARSE ET DU METATARSE
tarsiens le poids du corps directement en avant sur les têtes de ces os.
Destot considère le système du gros orteil comme une jambe de force qui évite le déversement interne de la voûte du pied dans les conditions de station et de marche normale et qui devient le principal ressort dans la course et le saut.
Le pied peut être considéré comme un trépied possédant trois points de soutien essentiels à sa stabilité : les tubérosités du calcanéum et les têtes des premier et cinquième métatarsiens (fig. 365).
Avec ces points d'appui intacts, le pied repose sur une base triangulaire et l'activité musculaire nécessaire au maintien de l'équilibre est minime. Avec un point de support en moins, l'équilibre devient difficile, mais la surface de soutien peut être agrandie par des chaussures spéciales ; si deux points d'appui viennent à manquer, l'équilibre est encore plus difficile à maintenir et la question de l'amputation du pied se pose.
En réalité, dans la marche normale, toutes les têtes des métatarsiens portent sur le sol ; les têtes du premier et du cinquième, outre leur rôle d'appui dans le sens antéro-postérieur, ont un rôle de soutien dans le maintien de l'équilibre transversal.
Fig. 365. — Les trois points d'appui principaux du pied sont marqués par des croix.
Le pied postérieur est le pied de la station et de la marche taligrade ; c'est le pied indispensable.
Le pied antérieur est le pied de la marche digitigrade, de la course, du saut ; c'est le pied utile.
Les traumatismes du temps de paix sont de deux ordres principaux : chute sur les talons d'un lieu élevé, voilà pour le pied postérieur ; écrasement de l'avant-pied par une roue de voiture, la chute d'un corps pesant, torsion du pied dans un faux pas, voilà pour le pied antérieur.
Les tranmatismes du temps de guerre ont été infiniment variés, en raison de la nature infinie des conditions résultant de la diversité des projectiles, de leur volume, de leur direction, de leur force vive ; en raison de cet autre agent physico-chimique : le froid combiné avec l'humidité.
Pour les suites éloignées des traumatismes du pied d'origine guerrière, nous avons, avec M. Tuffier, procédé à l'examen des dossiers des blessés pensionnés, gratifiés, mis en réforme, pour traumatismes du pied, soit par projectiles, soit par gelures : En 1918,1e nombre de ces blessés dépassait 8.000; sur 2.Ô00 de ces blessés, des interventions avaient déterminé des modifications importantes du squelette du pied. Nous avons été également à même de profiter des observations fournies par les divers centres français de physiothérapie et d'appareillage."
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