‹ Chirurgie réparatrice et orthopédiqueChapitre 46 sur 257 · ALBERT MOUCHET · texte numérisé non relu

ALBERT MOUCHET

Les cals vicieux n'ont point au poignet le même inconvénient qu'au coude-pied et l'on voit des poignets très déformés par des « dos de fourchette » impressionnants, des mains fortement désaxées en baïonnette « à la Dupuytren » dont le fonctionnement est assez satisfaisant pour que le porleur n'ait même point l'idée d'aller consulter le chirurgien. Sa force de préhension et son adresse sont diminuées ; c'est peu de chose si les os du carpe n'ont pas été atteints (diastasis scapho-lunaire, fracture du scaphoïde, luxations carpiennes) et si la supination n'est pas compromise.

Les lésions carpiennes laissent des douleurs persistantes et des raideurs articulaires appréciables. Quant à la limitation de la supination, elle est pour les ouvriers une cause de gêne très notable. Dans la plupart des mouvements professionnels, le mouvement de rotation se trouve combiné avec la flexion ; c'est un des plus utiles aux ouvriers. « Dans l'action de visser, de limer, de percer, de forer, et même dans le geste du terrassier jetant la terre de côté, cette rotation est indispensable » (Rémy).

Il est hors de doute que la restauration fonctionnelle n'est pas en raison directe de la restitution anatomique et qu'on peut avoir des poignets souples avec une déformation très apparente.

Mais il n'est pas moins vrai que, dans un certain nombre de cas, c'est le déplacement des fragments qui empêche, par la compression des tendons, plus rarement des nerfs, la restitution fonctionnelle de survenir.

Le chirurgien doit donc réduire le déplacement d'une fracture du radius en vue de sauvegarder les fonctions de la main. D'ailleurs il doit toujours avoir le souci de la forme, et quand bien même le blessé consentirait par avance à garder un poignet déformé, pourvu qu'il fût souple, nous croyons que le chirurgien ne doit pas sacrifier de gaieté de cœur la forme à la fonction, et nous nous méfierions, pour notre part, du blessé qui accepterait si facilement d'être déformé ; nous ne serions point surpris d'entendre ses doléances le jour où, la fonction étant revenue, la forme défectueuse du membre retiendrait seule son attention. Peut-être même pourrait-on alors redouter chez lui une préoccupation trop exclusive à cet égard, susceptible d'engendrer cet état de pessimisme spécial aux sinistrés.

[A. MOUCHE T

Lorsque, par suite d'un défaut de réduction ou d'une réduction insuffisante, le fragment diaphysaire est resté saillant en avant (fig. 128), gênant le fonctionnement des tendons fléchisseurs ou causant de vives douleurs,

il faut remédier à cette consolidation vicieuse.

Deux cas peuvent se présenter: ou le cal est encore récent (quatre, cinq semaines) ou il est ancien.

a) Cal récent. — En raison de la petitesse du fragment inférieur, c'est perdre son temps que de chercher à obtenir une correction de la difformité, un assouplissement du cal, par l'extension continue ; on n'a pas assez de prise sur le fragment épiphysaire pour le ramener au bout du diaphysaire.

Mais on peut utiliser avec avantage Yostéoclasie, qui nous a donné de très beaux succès chez des adultes et chez des sujets jeunes (Jeanne et Mouchet).

b) Cal ancien. — En pareil cas, Y ostéotomie est de rigueur. Il faut abattre le ou les fragments saillants (la pointe du fragment diaphysaire, dans la fracture

Fig. 128. — Fracture classique vicieusement consolidée) ; il faut façonner,

extra-articulaire du , , , , •. , ,•

radius. Déplacement (( modeler » les extrémités osseuses par une resection postérieur. Subluxa- modelante économique.

tion du carpe. (Jeanne ; ,. ,,,... , j,. ,

et Mouchet.) Le lieu de 1 incision n a pas a importance ; on la

pratiquera là où le foyer est abordable.

Les sutures, vissages, agrafages sont à éviter. Jeanne (de Rouen) s'est bien trouvé dans un cas de l'emploi du tendon de renne pour rapprocher les fragments.

Le plus souvent, étant donnée la forme de l'extrémité inférieure du radius, le fragment diaphysaire pourra être en quelque sorte enchevillé dans le fragment épiphysaire, sans qu'il soit nécessaire de recourir à un moyen de contention spécial.

2° Complications nerveuses. — Ces complications nerveuses, atteignant — rarement d'ailleurs — le médian, et plus rarement encore le cubital, seront traitées par l'opération : libération du nerf, régularisation du cal.

On veillera à ce que le nerf ne soit plus en contact direct avec l'os, mais repose sur un « lit » musculaire. On le transposera s'il y a lieu.

3° Ankylose radio-cubitale et ankylose carpienne. — \J ankylose radiocubitale exigera le plus souvent une résection de l'extrémité inférieure du cubitus.

Fig. 129. — Fracture du pan interne du radius. Fracture de la styloïde cubitale. (Jeanne et Mouchet.)

[A. MOrCHET]

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