‹ Chirurgie réparatrice et orthopédiqueChapitre 48 sur 257 · RADIUS CURVUS [ALBERT MOUCHET · texte numérisé non relu

RADIUS CURVUS [ALBERT MOUCHET

Le terme de radius curvus nous paraît assez mal choisi pour désigner la déformation qui résulte de certaines consolidations vicieuses des fractures de l'extrémité inférieure du radius. Sans doute il peut arriver que des cals vicieux simulent le radius curvus, mais cette dénomination doit rester Tapanage dune malformation spéciale du poignet, malformation acquise, observée chez des adolescents et appelée souvent maladie de Madelung. On a voulu en faire une malformation congénitale, ce qui est au moins exagéré, car il semble bien qu'elle doive être, avant tout, imputable, comme le genu valgum, à cet état dystrophique spécial du squelette qu'on appelle rachitisme tardif sans en connaître exactement la nature (Duplay, Pierre Delbet, Kirmisson).

Gomme il peut se faire cependant que, dans un certain nombre de cas — plus grand peut-être qu'on ne l'admettait jusqu'ici — un traumatisme de l'enfance soit à l'origine de cette malformation, nous croyons devoir dire quelques mots du radius curvus.

Le radius curvus a été désigné sous les noms les plus variés : subluxation sDontanée du poignet (Madelung), rachitisme tardif du poignet (Duplay), luxation progressive du poignet chez les adolescents (Kirmisson), radius curvus (Destot), carpus curvus (Pierre Delbet), suhluxation congénitale du poignet (Estor), carpo-cyphose (Robinson).

La multiplicité même des dénominations prouve bien qu'aucune d'elles n'est pleinement satisfaisante ; la plupart sont insuffisamment précises ; beaucoup sont inexactes, voire même absolument défectueuses. Nous adoptons ici celle de radius curvus.

Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a pas le plus souvent de luxation vraie du carpe ; il y a seulement une apparence de luxation. Dans l'articulation radio-cubitale inférieure, le déplacement du cubitus est très fréquent.

Il n'y a pas dans le radius curvus une lésion anatomique univoque : il y a des modalités anatomiques comme il y a des modalités cliniques.

L'un des caractères anatomiques essentiels, mais qui n'est peut-être pas la clef de la malformation, comme l'ont voulu certains, consiste dans une incurvation de l'extrémité inférieure du radius à concavité antérieure, incurvation étendue au moins au tiers inférieur. D'où changementde direction de la surface articulaire inférieure du radius, qui regarde très fortement en avant : le rebord postérieur du radius est saillant, comme épaissi, et le carpe glisse en avant sans se luxer, sa première rangée est enfoncée comme un coin entre le radius et le cubitus.

[A. MOUCHET

RADIUS CURVUS

L'incurvation du radius à concavité postérieure a été exceptionnellement décrite (type inverse).

L'extrémité inférieure du radius est épaissie ; elle présente parfois des exostoses, sa cavité articulaire avec le cubitus est remontée (Pilatte).

Son cartilage jugal est dirigé obliquement de haut en bas, d'avant en arrière ; plus épais en arrière qu'en avant et en dedans.

Le cubitus est luxé plus ou moins en arrière ; son extrémité inférieure est augmentée de volume et quelquefois incurvée en avant comme celle du radius.

Il y a parfois une notable laxité de l'articulation radio-carpienne.

Fig. 132. — Radius curvus.

En résumé, il semble bien que le plus souvent l'affection dénommée radius curvus soit caractérisée par l'incurvation du radius, mais certaines formes sont caractérisées par la luxation en arrière de la tête du cubitus, sans qu'il y ait incurvation osseuse ; voire même exceptionnellement par une vraie subluxation en avant du carpe.

Le début du radius curvus est lent, insidieux : il s'annonce par de la fatigue locale, par des douleurs articulaires simulant le rhumatisme.

La déformation s'installe progressivement. Lorsqu'elle est constituée, elle se caractérise par deux signes essentiels :

1° Le déplacement de la main en avant du plan passant par l 'avant-bras (fig. 132). Le plan de la face postérieure de l'avant-bras prolongé en bas laisse en avant de lui toute la région carpienne et métacarpienne sans la toucher. Le talon de la main est saillant, les fléchisseurs quelquefois tendus. Le radius dans tout son tiers inférieur est courbe à concavité antérieure. On dirait parfois que le carpe est luxé en avant du radius,

[A. MOUCEET]

CllllilliClE RÉPARATRICE ET ORTHOPEDIQl E

2° L'énorme saillie dorsale de la tôle cubitale, saillie réductible par la pression en touche de piano, et se reproduisant aussitôt après (fig. 132 et 133).

La main peut se trouver en même temps déviée soit en dedans (manus vara) soit en dehors (manus valga), et de profil on note une grande épaisseur du poignet, surtout quand on regarde le bord cubital.

Ces deux signes primordiaux, saillie dorsale de la tête cubitale luxée, déplacement de la main en avant du plan de l'avant-bas, peuvent exister à l'exclusion l'un de l'autre et « la même apparence clinique peut être donnée par une série de lésions qui vont du simple relâchement ligamentaire sans lésion osseuse jusqu'au radius curvus » (Poncet et Leriche). La subluxation cubitale de Madelung et l'inflexion du

Fig. 133. - Radiographie de radius de Duplay

radius curvus (de profil). sont les deux modalités cliniques principales — quelquefois coexistantes — d'une même affection de l'adolescence.

La radiographie fournit sur cette malformation des renseignements fort intéressants dont on ne doit pas se passer (fig. 133 et 134).

Les troubles fonctionnels du radius curvus consistent en douleurs (surtout dans les mouvements), en diminution de la force de préhension des objets, en diminution de l'extension du poignet (à cause du changement d'orientation de la surface articulaire inférieure du radius).

Le radius curvus progresse en général d'une façon lente, tant que le sujet continue à travailler avec son poignet pendant la période de la croissance. Quelquefois l'évolution se fait par poussées successives.

En général, la déformation cesse d'augmenter quand la croissance est achevée, vers la 20e année, parfois avant.

Le pronostic doit rester toujours un peu réservé, dès que la malformation est constituée.

Fig. 13-4. — Radiographie de radius curvus (de face Gasne).

[A. MOCCHET]

RADIUS CURVUS i5g

Traitement. — Le traitement est prophylactique et curatif.

Prophylactique, il est assuré par le repos du poignet, par le massage des muscles de lavant-bras, par l'électrisation des extenseurs, parle port d'un gantelet de cuir moulé.

Lorsque la malformation existe, il faut d'abord tenter le traitement palliatif ; le curatif, qui ne peut être que chirurgical, étant trop aléatoire dans ses résultats pour être recommandé en première ligne.

Ce traitement palliatif s'inspire des mêmes préceptes que le prophylactique : repos, massage, balnéation locale chaude, électrisation des muscles. Par-dessus tout, faire porter au sujet un gantelet de cuir moulé immobilisant le poignet en laissant aux doigts leur entière mobilité, avec un coussinet mobile portant sur la saillie du cubitus et que l'on peut serrer à volonté.

On n'aura recours à Y intervention sanglante que si les fonctions sont très troublées ou les douleurs très vives.

\j ostéotomie linéaire du radius, préconisée par Duplay, paraît être l'opération de choix. Mais, au lieu de faire l'incision à la face antérieure de l'avant-bras, en dehors du tendon du grand palmaire, nous conseillons une incision de deux centimètres sur le bord externe du radius en commençant à un bon travers de doigt au-dessus de son extrémité inférieure ; après avoir récliné les tendons radiaux, on dénude 1 os, puis on le sectionne avec l'ostéotome que l'on dirigera non pas transversalement, comme leconseillait Duplay, mais obliquement de haut en bas et de dehors en dedans. La section une fois achevée, la réduction de la déformation est possible. Suture de la peau sans drainage. Application d'une gouttière plâtrée qu'on laisse pendant un mois en ayant soin de vérifier la réduction aux rayons X dans les jours qui suivent l'opération.

Les résultats de l'intervention opératoire sont bons quand le cubitus n'est pas déformé et surtout pas trop disloqué dans son articulation inférieure.

Contre cette dislocation, nous sommes désarmés : l'ostéotomie ne la supprime pas, et l'arthrodèse radio-cubitale inférieure qui la supprimerait aurait le gros inconvénient de priver le sujet de ses mouvements de pronation et de supination.

A. MOUCHET

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LUXATIONSETFRACTURESANCIENNESDESOSDU CARPE

[ALBERT MOUCIIET]

La luxation radio- carpienne vraie, la luxation totale du carpe avec laquelle on confondait si souvent autrefois — avant Pouteau et Dupuytren — la fracture de l'extrémité inférieure du radius, est extrêmement rare : elle a lieu surtout en arrière.

La conduite à tenir en présence d'une luxation ancienne de ce genre est dictée par l'état fonctionnel du blessé. Si celui-ci est peu gêné, il n'y faut

Fig. 135, 136, 137. — Le mécanisme de la luxation subtotale du carpe rétrolunaire (ses 3 étapes). (Jeanne et Mouchet.)

pas toucher ; s'il est atteint de troubles trophiques qui rendent définitivement son membre inutile, l'abstention est encore de rigueur. Dans d'autres circonstances, on pratiquera la résection du carpe par l'incision dorsoradiale classique.

Les soins ultérieurs devront être très minutieux : il faut prendre garde à l'ankylose, si la résection a été trop parcimonieuse ou si la mobilisation est intempestive ou trop tardive.

En pratique, la seule luxation carpienne observée est la luxation du carpe que nous avons dénommée, Jeanne (de Rouen) et moi, au Congrès de chirurgie de 1919, luxation subtotale du carpe rétro-lunaire et qui a été

[,t. MOUCHET]

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