‹ Chirurgie réparatrice et orthopédiqueChapitre 56 sur 257 · ANKYLOSES DES DOIGTS [ALBERT MOUCHET · texte numérisé non relu

ANKYLOSES DES DOIGTS [ALBERT MOUCHET

Lesankyloses des doigts qui relèvent de l'acte chirurgical sont presque exclusivement des anl^loses traumatiques (plaies infectées des doigts,

écrasements, fractures fermées ou ouvertes compliquées de tissures articulaires, etc.).

Il est exceptionnel qu'elles ne s'accompagnent pas de lésions tendineuses ou aponévrotiques au niveau de la main ou de l'avant-bras.

Le chirurgien n'a pas à intervenir en présence des ankyloses des doigts dues au rhumatisme goutteux ou au rhumatisme infectieux ; ordinairement plusieurs jointures sont prises à la fois et les lésions sont uniquemen justiciables de la thermothérapie, de la cure par les boues médicamenteuses, du traitement interne, etc.

Au pouce, l'ankylose est à respecter en principe, parce que la conserva-

Fig. 147. - Ankylose in- tion doit y être terphalangienne et con- poussée aussi loin solidation vicieused'une .. . -., ..

fracture de la première que possible. D ailphalange du pouce si- le si l'ankylose mutant une luxation m ^

(profil). esten extension, elle

est à peine gênante à l'articulation métacarpo-phalangienne, elle l'est peu à l'articulation phalanginophalangettienne.

Où l'ankylose peut devenir fâcheuse, c'est quand elle est en flexion, surtout à l'articulation interphalangienne. Une flexion légère a peu d'importance (fig. 147),

mais une flexion à 45°, par exemple, gêne beaucoup la préhension. En pareil cas, plutôt que d'amputer dans l'articulation ankylosée (comme il y

[A. MOUCHET

Fig. 148. — Ankylose interphalangienne et déviation en valgus du pouce par consolidation vicieuse d'une fracture de la première phalange (radiographie de face).

DIFFORMITÉS ACQUISES DES DOIGTS 17a

aurait lieu de le faire s'il s'agissait d'un autre doigt que le pouce), il vaut mieux réséquer l'articulation phalangino-phalangettienne et mettre le pouce en extension. Le résultat fonctionnel est de beaucoup préférable.

Une ankylose du pouce avec déviation latérale, qu'elle soit métacarpophalangienne ou interphalangienne, peut être difficilement compatible avec le travail manuel, si la déviation latérale est assez accentuée. (Le sujet de la fîg. 148 a trop peu de déviation latérale en valgus pour en ressentir l'inconvénient.) On se trouvera ainsi obligé de recourir à l'amputation ; mais comme il s'agit du pouce, on devra veiller à conserver le plus de longueur possible au moignon tout en évitant la cicatrice palmaire.

Aux doigts, il n'y a pas lieu de pousser la conservation aussi loin qu'au pouce, mais on devra cependant se montrer aussi économe que possible L'ankylose avec déviation latérale, étant presque toujours incompatible avec un métier manuel, doit être traitée par l'amputation. Celle-ci sera pratiquée selon les règles classiques de la médecine opératoire, toutes les fois qu'on le pourra, en évitant la cicatrice palmaire et la cicatrice terminale. U1 ankylose sans déviation latérale peut être en flexion ou en extension L'attitude en flexion est presque toujours gênante, elle l'est plus à la phalange métacarpienne qu'à la phalangine et à la phalangette. Mais il y a certaines professions où la gêne est peu marquée et où le blessé ne réclame pas le secours du chirurgien.

Si la flexion permanente du doigt empêche le travail, il faut amputer dans l'articulation ankylosée. Réséquer l'article et mettre le doigt en extension, comme nous l'avons conseillé pour le pouce, serait ici une manœuvre peu recommandable, car l'ankylose en extension d'une phalange métacarpienne ou d'une phalangine ne vaut pas beaucoup mieux pour l'ouvrier que la flexion : un doigt en extension gêne le travail, accroche les objets au passage et devient douloureux.

Dans certains écrasements de la vie civile ou dans les blessures de guerre, les lésions sont souvent si complexes (cicatrices cutanées adhérentes, pertes de substance des tendons ou du squelette) que la conservation n'est pas possible.

Page 1